
Sculpture de René Weyland
Coll./Photo: GW
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Nous nous sommes connus quand le Théâtre d’Esch ouvrait ses portes. Cela fait donc quarante ans. René Weyland en était l’«âme technique», celui qui faisait tout, qui savait tout faire.
Nous nous sommes retrouvés quand j’ai pris le Théâtre en main. Cela fait maintenant dix-sept ans. René, à l’époque, avait pris sa retraite, mais il passait souvent dans ces lieux où perdurait sa présence, et malgré les fameux panneaux «Défense de fumer», il avait presque toujours la cigarette à la bouche.
«Ah, si nous avions pu travailler ensemble, répétait-il, on aurait cassé la baraque!»
Nous l’avons encore fait à plusieurs reprises, et il a notamment réalisé l’affiche et les décors de mes deux pièces: «Hänk dech dach nëmmen op!» et «Dës Kéier kraacht et», et je le vois encore construire avec de minces bâtons l’imitation d’un… radiateur. Il avait l’esprit tellement inventif.
Et surtout, surtout, il était un esprit libre. Il était franc, intègre et vivait pleinement sa vie. La liberté avait signifié pour lui, il y a soixante ans, le maquis en France, et le béret qu’il aimait porter, était un signe de la francophilie qui était la sienne. Et combien il aimait utiliser son meilleur français quand il parlait en ami avec Pierre-Olivier Scotto et Martine Feldmann! A chaque retour à Esch de cet duo mordu de théâtre, René était là, discret et pourtant tellement présent.
René n’était pas seulement l’artisan, le bricoleur, l’homme à tout faire. Il était aussi un artiste, un vrai, qui s’adonnait en particulier à l’aquarelle et à la sculpture avec le même savoir-faire, le même bonheur, mais toujours aussi discret. Si discret qu’il ne pouvait presque pas croire que les deux expositions que j’avais organisées pour lui, remportaient un réel succès. «Ah, si nous avions pu travailler ensemble», dit-il encore. Ah, si…
Oui, et le voir partir, me rend triste.
Guy Wagner |