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„De la musique avant toute chose...“

Le centenaire de la mort de Paul Verlaine


Né à Metz, le 30 mars 1844, Paul Marie Auguste Verlaine fut le fils d’un militaire, ce qui l'entraîna dans plusieurs lieux, avant que son père ne puisse se fixer à Paris en 1851.

Le jeune Paul fit de brillantes études classiques et après son baccalauréat, il s’inscrivit pour des cours de droit, mais ce furent moins les cours qu’il fréquentait que les cafés et les poètes de son époque.

Verlaine était passionné par la poésie de Victor Hugo, de Charles Baudelaire, de Théophile Gautier, et commença lui-même à écrire. Son ami Louis Xavier de Ricard publia un de ses sonnets: „Monsieur Prudhomme“, en 1863, dans sa revue „L'Art“.

„L'inflexion chère des voix qui se sont tues.“

En 1864, Verlaine renonça à ses études et trouva une place à la mairie du IXe arrondissement. L'année suivante, son père mourut après une longue maladie.

La même année, Verlaine écrivit ses „Poèmes saturniens“ qu’il publia à compte d'auteur. Leur originalité ne fut pas reconnue, sauf par Mallarmé. Par rapport aux Parnassiens s’y ajouta une émotion vraie, un sens pour la sonorités des voyelles, un art du rythme qui conduisit le poète à assouplir jusqu’à l’alexandrin et à „préférer l’impair...“.

En 1867, mourut sa cousine Élisa Moncomble, qui avait été son seul véritable appui dans la famille, et Verlaine, depuis son enfance victime d’une mère dominatrice qui l’avait toujours gâté pour l’attacher à elle, sombra dans la douleur et l'alcool. Il publia cependant encore à son compte, les „Fêtes galantes“ en 1869, qui évoquent les peintures de Watteau, mais dont la thématique propre sont la nuit, la mélancolie, l’aspect fantômatique de la vie: „L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir“.

„Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, / De ta jeunesse?“

Un an plus tard, en août 1870, Verlaine se maria avec Mathilde Mauté de Fleurville, qui avait dix-sept ans à l’époque, et ce seront ce qu’on a pudiquement qualifié de „malentendus conjugaux“ (Castex & Surer). Pendant la guerre de 1870-71, il fut garde mobile et reprit ses vieilles habitudes. Il se solidarisa avec la Commune, ce qui lui fit perdre son emploi. Quelques mois plus tard, il reçut les premières lettres de Rimbaud, dont il devint le „compagnon d'enfer“ au moment où naquit son fils Georges (30 octobre 1871).

En juillet 1872, les deux amants partirent ensemble pour la Belgique et l’Angleterre, tandis que Mathilde, en octobre, demandait la séparation d’abord, le divorce ensuite. En juillet 1873, à Bruxelles, ce fut le drame: Sous l’emprise de l’alcool, Verlaine tira deux coups de revolver sur Rimbaud. Enfermé à la prison de Mons pour deux ans, il y apprit que sa femme avait obtenu la séparation. L’ébranlement subi, suscita sa conversion, et la religion devint pour lui une nouvelle sagesse. Mais ce retour à la foi „semble avoir été le fruit d’une pieuse conspiration familiale“ (Jean Richer). Toutefois cette „conversion“ devint à ce moment-là une „lumière“ pour lui et lui permit de saisir sa poésie antérieure comme un „masque“ („Sagesse“, 1880).

En fait, autant dans sa vie affective que dans sa façon d’être, Verlaine ne faisait qu'hésiter, qu’être indécis. Sa vie et sa démarche poétique ne furent qu’un perpétuel va-et-vient. Une fois, il croyait trouver la lumière du côté de sa femme et d’une vie sociale réglée, bientôt après, il aspirait à la sauvagerie de Rimbaud, et à chaque fois, il considérait ce qu’il rejetait comme un masque, soit celui de la bonne conscience, soit celui du leurre de l’ivresse des sens.

A la „Bonne chanson“ qu’il avait composée en 1870 pour sa femme, succédèrent les „Ariettes oubliées“ (1872) et les „Romances sans paroles“ (1874) destinées à Rimbaud.

„... Le mouvement de va-et-vient qui caractérise l'indécision de Verlaine entre société et ivresse, sagesse et sens, Mathilde et Rimbaud, caractérise aussi sa démarche poétique qui oscille entre le Je et l'Autre sans parvenir à se projeter tout entière d'un côté ou de l'autre...“ (cf. Encyclopédie Bordas).

„Et je m'en vais / Au vent mauvais...“

Expulsé de Belgique, Verlaine rejoignit Rimbaud à Stuttgart. Cette rencontre se termina par une bagarre au bord du Neckar. Il partit alors pour l’Angleterre où il resta jusqu’en 1879, occupant plusieurs postes d’enseignant.

Pendant cette période, il se lia d’une amitié passionnée avec son élève Lucien Liéthinois qui mourut en 1883 à 23 ans seulement d’une fièvre typhoïde. Retiré aurpès de sa mère à Coulommes, Verlaine continuait son oscillation, menait une „existence scandaleuse“, retournait périodiquement à sa vie de cabaret et passait un mois à la prison pour avoir tenté d’étrangler sa mère dans un accès de fureur. A la mort de celle-ci, le 21 janvier 1886, Verlaine était cloué au lit par une hydarthrose. Il ne s'arrêta pas pour autant: il errera de l'hôpital au garni, de l’hôtel mal famé à l’hôpital („Mes hôpitaux“, 1892), ayant rapidement dilapidé l’héritage familial.
„Prends l'éloquence et tords-lui son cou!“

Il multiplia pourtant les publications de textes où s’exprimait à la fois son être sensuel et voluptueux et son esprit anxieux et tourmenté („Mémoires d'un veuf“, 1886; „Amour“, 1888; „Bonheur“, 1891), des poèmes qui libéraient le vers français de ses carcans par la variations des rythmes et des mètres, (en gardant cependant la rime, essentielle aux yeux de Verlaine), et lui conféraient une musicalité qu’il n’avait encore jamais connue.
Quitte alors à ce que la veine poétique de Verlaine se tarît lentement sous l’alcool, ce fut au moment où il fut sur le point de mourir de faim en 1888, que Jules Lemaitre attira l'attention sur lui et les „Poètes maudits“, et si la fin de sa vie, ce furent encore des va-et-vient, des oscillations, des voyages, des liaisons avec des prostituées (la „Princesse Roukhine“) et des homosexuels, ce fut cependant aussi, enfin, la consécration: une aide du ministère de l’Instruction publique et le couronnement comme prince des poètes, en août 1894, à un auteur qui nous a laissés des vers qui comptent parmi les plus beaux et les plus mélodieux de la langue et littérature française.

Paul Verlaine mourut, rongé, miné de l’intérieur, au 39, rue Descartes à Paris, le 8 janvier 1896, il y a donc tout juste cent ans.



© Guy Wagner, kulturissimo (Tageblatt) - 8.1.1996

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