Editorial Il y a urgence: Un million de signatures avant le 21 janvier 2001!Au moment où il faut de plus en plus redouter que ce ne soit le gouverneur du Texas, George W. Bush Junior, qui devienne le prochain président de la super-nation du monde, on ne peut pas se taire devant cette ignominie qui devient pour ainsi dire quotidienne maintenant: les exécutions à la chaîne, en particulier dans les deux Etats où les Bush font la loi, le Texas, précisément, et la Floride où règne Jeb, le frérot. Le 9 novembre, donc immédiatement après les élections, pour lesquelles le grotesque continue de friser le sinistre, trois exécutions de condamnés à mort ont eu lieu en 24 heures, en Caroline du Nord, en Arizona et au Texas, – naturellement! Etait-ce précisément en raison de la campagne électorale que la machine à tuer s’était enrayée ? Il faut le croire. Car, on a soigneusement voulu éviter de trop mettre en vitrail ce sujet. Il aurait pu risquer de devenir une vraie question de débat, les deux principaux candidats, Bush, mais aussi, – ne nous trompons surtout pas sur lui! –, Al Gore, étant de fervents défenseurs de la peine de mort. Faut-il rappeler qu’au cours de la campagne de 1992, le locataire actuel de la Maison Blanche, Bill Clinton, était lui aussi revenu en hâte dans «son» Etat, l'Arkansas, pour y signer la mise à mort d'un condamné… débile qui n’avait plus que la moitié de son cerveau et le Q.I. d'un enfant de 12 ans? Il avait bien appris la leçon du passé, le cher Bill: C’était en grande partie à cause de ses positions abolitionnistes que, quatre ans auparavant, le candidat démocrate Michael Dukakis avait perdu les élections au profit de George Bush, le papa de sinistre mémoire. D’ailleurs Bill Clinton n’en démord pas. Récemment, à la question si le moment n’était pas venu de faire une pause et de regarder où les USA en étaient dans l'application de la peine de mort, il a répondu: « Je ne sache pas que les Américains aient changé de position sur ce sujet (…). Moi, en tout cas, je n'ai pas changé. Question suivante?» Exécution suivante, plutôt, car ce n’est pas fini. Cela commence seulement. Cette semaine, sept mises à mort sont prévues en quatre jours et dix autres sont encore programmées jusqu’à la fin de l’affreuse année 2000! Actuellement, plus de 3.700 condamnés à mort attendent dans les prisons américaines leur exécution. Parmi eux, il y a des mineurs, des malades mentaux, des innocents. Le pire est donc à
craindre, surtout si Bush est effectivement désigné comme
futur locataire de la Maison Blanche. Ce ne sera alors plus seulement
sur le territoire du Texas que la machine à exterminer
accroîtra la cadence, mais elle risque de le faire dans le pays
entier, et il n’y aura plus aucun espoir d'un moratoire, car ce
président-là nommera sûrement à la Cour
suprême de nouveaux juges conservateurs et partisans du
châtiment ultime. Un récent cas de mise à mort l’a montré de façon flagrante: Bien que d'autres témoignages l’aient innocenté et que son avocat ait été d'une inqualifiable incompétence, Gary Graham, condamné sur la foi d'un seul témoignage oculaire, a été exécuté le 22 juin dernier. Citation: «Le défenseur de Gary Graham faisait partie de ces avocats commis d'office qui, dans la plupart des comtés du Texas, sont appointés par des juges avec qui ils entretiennent les meilleures relations. Sur les 22 juges du tribunal criminel du comté de Harris, qui sont élus comme c'est souvent le cas aux Etats-Unis, 16 ont reçu des contributions pour leur campagne électorale émanant d'avocats qu'ils avaient choisis pour assurer la défense de potentiels condamnés à mort. Lesquels avocats ont souvent la reconnaissance du ventre: l'avocat de Gary Graham a été choisi pour assurer la défense d'au moins 10 autres candidats à la peine capitale – tous ont été expédiés dans les couloirs de la mort ». A cela, il n’y a rien à ajouter. Ou si: Ce sinistre avocat-là travaillait à temps partiel seulement, faisant profession de patron de bar le reste du temps… Il y a d’ailleurs eu récemment deux études qui, pour la première fois dans une Amérique indifférente aux exécutions, ont connu un retentissement certain, car elles ont montré que l’injustice sociale et la discrimination raciale «rendent la justice pénale américaine encore plus inacceptable pour un Etat de droit» (Jean Daniel). La première, du «Chicago Tribune», démontrait que la moitié des jugements dans l'Illinois connaissaient des vices de procédure et de forme, tels la défense des condamnés par des avocats incompétents, le recours à des délateurs, la constitution de jurys blancs à 100% pour des accusés noirs. La seconde, par un professeur de Columbia University, montrait qu’entre 1973 et 1995, les deux tiers des condamnations à mort avaient été annulées en appel, le plus souvent à la suite d'une défense incompétente, d'une police trop empressée ou de procureurs qui avaient dissimulé des éléments à décharge. En fait, même au Texas, 57% des habitants sont persuadés qu’on a déjà exécuté des innocents, et pourtant, ils demeurent favorables à la peine de mort. Et là, Al Gore vient emcore au secours de son rival, le «serial killer»: «Si l'on aborde ce débat de façon honnête, on est bien forcé de reconnaître qu'il se produira toujours un petit nombre d'erreurs en la matière.» Nous voilà prévenus. Aussi, une campagne européenne de signatures a-t-elle été lancée: «Ensemble contre la peine de mort aux Etats-Unis» avec comme but de réunir un million de signatures d’ici l’investiture du nouveau président, le 21 janvier 2001, et de sensibiliser ainsi les Américains pour qu’ils regardent en face leur système pénal. Les faits sont là, incontournables: Les Etats-Unis se retrouvent dans le cercle des pays les plus ignominieux, ceux qui pratiquent la peine de mort à grande échelle. Ils partagent ce funeste privilège avec la Chine, l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Afghanistan… Comment l’Amérique peut-elle encore prétendre être un modèle pour les autres, alors qu’elle est la dernière démocratie à exécuter des condamnés? Or, étant donné que la peine de mort est «la clé de voûte et le symbole d'une justice inhumaine», il faut qu’elle devienne un enjeu majeur de la vie politique américaine, pour qu’à court ou moyen terme, elle soit abolie partout dans le monde, à commencer par les USA, ou du moins pour qu'un moratoire universel soit décrété immédiatement. Il y va tout simplement du respect de la personne humaine tellement bafouée au cours d’un millénaire qui s’achève dans la désolation. Guy Wagner Voici la pétition: « Chers Américains, Vous êtes la première puissance mondiale et prétendez souvent au rang de modèle pour l'humanité. Nous nous adressons à vous en tant que peuple ami, proche et critique comme sait l'être tout ami sincère. La peine de mort est le symbole d'une justice archaïque, de surcroît une peine non dissuasive. Avec son abolition, ou au moins un moratoire immédiat, vous permettrez à de nombreux condamnés de bénéficier enfin d'un procès équitable et éviterez à des innocents de mourir. Vous ferez entrer les principes de votre Déclaration d'indépendance dans les prisons américaines. Américains, faites comme les autres démocraties civilisées: abolissez la peine de mort! » Cette pétition est à retourner à ECPM, 21ter, rue Voltaire, F-75011 Paris. Pour ceux qui sont reliés
à l’Internet: www.ecart-type.com.
Il est possible de signer en ligne.
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© Guy Wagner, kulturissimo (Tageblatt) - 06.12.2000 Retour articles de presse... |
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