Editorial De si belles promesses et intentions qu’on ne peut être que sceptiqueIV. Continuons donc notre lecture, en nous frottant les yeux! «En ce qui concerne l’histoire nationale, il fera élaborer un manuel d’histoire sur l’histoire récente du pays; il fera aménager une version adaptée et actualisée de l'exposition sur l'identité luxembourgeoise (exposition 150 ans d'indépendance du Luxembourg). Le Gouvernement hâtera les travaux de réaménagement du «Musée national de la Résistance» d’Esch-sur-Alzette ainsi que de l’aménagement du «Centre de documentation sur la 2e guerre mondiale» à Luxembourg (Villa Pauly).» Ces intentions sont louables, sans aucun doute, et qui ne serait pas d’accord avec des projets pareils? Cependant, se pencher sur le passé est seulement une première étape. La deuxième doit être la réflexion sur ce passé et la troisième, l’enseignement qu’on doit en tirer. Et dans ce contexte, il n’est pas inutile de rappeler que si l’on veut sérieusement réfléchir sur l'identité luxembourgeoise, il faut d’abord la définir valablement, en particulier en relation et en rapport avec toutes celles et tous ceux qui peuplent également le territoire national sans être luxembourgeois, mais qui contribuent à cerner cette fameuse identité, dans laquelle coule avant tout actuellement notre présent européen et notre passé douloureux qui a permis à l’«accident de l’Histoire» (Robert Krieps) qu’est notre minuscule patrie d’affirmer son droit à une identité et à l’indépendance. Le gouvernement veut, tout à son honneur, faire des efforts sérieux pour maintenir allumée la flamme du souvenir. Plus jamais ça! Evidemment. Encore faut-il agir en conséquence et œuvrer à ce que les démons ne ressortent pas des entrailles d’un sol encore fertile, et même, hélas! plus fertile que jamais. Il ne suffit donc pas d’«élaborer un manuel d’histoire sur l’histoire récente du pays», il faut que dans nos écoles, les programmes du cours d’histoire soient aménagés de telle façon que cette histoire y soit effectivement traitée. Les disciples de Hitler sont plus redoutables et néfastes que notre ancêtre Cro-Magnon ou Neandertal. « 5. Dans le cadre de sa politique d'animation culturelle régionale et décentralisée, le Gouvernement déposera un projet de loi portant création du service d'animation culturelle régionale et établissant un programme quinquennal d'équipement de l'infrastructure culturelle régionale. » Le Gouvernement, et en particulier le Ministère de la Culture, sait très bien que l’animation culturelle régionale ne fonctionne pas par elle-même, mais seulement par ceux et celles qui s’engagent pour elle. Une des grandes réussites des dernières législatures a été la création de deux postes d’animateurs culturels régionaux pour le Sud et le Nord du pays, auquel s’est ajouté, il y a un peu plus d’un an, un poste identique pour l’Est. Mais pourquoi peut-on parler de réussite? Parce que les animateurs font un travail tout simplement admirable, avec un dévouement à toute épreuve, une compétence évidente et surtout une volonté permanente d’être sur le terrain et d’œuvrer dans un dialogue constant avec les édiles communaux et les acteurs culturels locaux, ce qui n’est pas toujours une sinécure, et il est bien évident que seule une réflexion de longue haleine et des projections d’avenir peuvent insuffler vie à une action pareille et en maintenir la dynamique. D’où, bien évidemment, la nécessité d’établir des programmes d’équipement et de perfectionnement de l’infrastructure. Cependant, il faut se demander s’il ne faudrait pas établir prioritairement un programme quinquennal pour le ministère responsable lui-même, programme bien structuré, bien ficelé, aussi pour ce qui est de son financement. Pareil plan est d’autant plus nécessaire que les travailleurs culturels en ont assez de la politique actuelle du coup par coup, de la répartition de la manne financière par «arrosage sporadique» favorisant les «bien-pensants» en conformité avec une politique culturelle qui n’en a que le nom. « Il créera, dans le cadre de l'Agence Luxembourgeoise d'Action Culturelle, un service de la programmation culturelle qui permettra une meilleure coordination des manifestations culturelles; il étendra la billetterie centrale au pays entier et fera élaborer un calendrier culturel national. » Mieux vaut tard que jamais, est-on tenté de dire. Quatre ans plus tard, on revient ainsi à une carence absolue que l’année culturelle ‘95 n’avait, certes, pas révélée, mais qu’elle avait mise en évidence: l’absence totale de coordination pour les manifestations culturelles. Saura-t-on résoudre ce problème maintenant que les libéraux qui dirigent la ville de Luxembourg font également partie du gouvernement et que la notoire querelle des cheftaines des deux partis actuellement au pouvoir a dû céder la place à la coopération? Toujours est-il que pour le moment, la situation est tout simplement grotesque. Il y a des jours où on ne sait pas quoi choisir, et il y a des semaines où rien ne se passe, absolument rien. Cela vaut en particulier pour toutes les périodes des vacances scolaires. La tâche qui attendra le service à créer de la programmation culturelle dans le cadre de l'Agence Luxembourgeoise d'Action Culturelle sera rude, mais elle est indispensable. Comme ce serait bien, en effet, d’avoir à notre disposition, suffisamment de temps à l’avance, un «calendrier culturel national»! On pourrait faire un choix conscient et délibéré! Reconnaissons cependant que les efforts faits par la capitale, en particulier avec son «Rendez-vous» et son «Vade Mecum» sont méritoires et montrent que la Ville a tiré de façon bien plus intelligente les conséquences de l’année culturelle que ne l’a fait le ministère. Pour ce qui est de l’extension de la billetterie centrale au pays entier, je demeure plus que sceptique, du fait déjà que Luxembourg et Esch ont deux systèmes de billetterie incompatibles. Aussi, cette idée, intelligente en elle-même, aurait dû être mise en pratique quand les deux villes se sont dotées d’un système électronique, donc, il y a sept ans. « 6. Des projets artistiques et culturels seront proposés en collaboration avec les communes dans les écoles du primaire et du secondaire: ateliers de peinture, ateliers de théâtre, animation musicale, lectures d'auteurs… ». A lire ceci, les larmes finissent par venir! Depuis combien de temps, dans tous les domaines de la création et de l’expression artistique, théâtrale, littéraire, musicale, n’a-t-on pas plaidé pour une nouvelle approche de la culture dans les différents systèmes scolaires. Que de difficultés rencontre-t-on si on veut faire une action culturelle dans le milieu scolaire, même si, sur place, on a des interlocuteurs! Et combien peu de moyens financiers sont à disposition des intéressés quand ils veulent prendre des initiatives! Combien de fois ne s’est-on pas heurté à des refus quand on a plaidé pour l’introduction d’activités culturelles dans les programmes scolaires ou pour la concrétisation de tels «ateliers» comme branches à option. Et nous n’en sommes qu’au début. Ne faut-il pas, avant de faire des proclamations pareilles, faire avancer d’abord la coopération avec les instances communales, l’inspectorat, les délégués scolaires dans le primaire, et, dans le secondaire, voir quelle est l’attitude de la nouvelle ministre et l’entendre se prononcer en faveur de ces activités et de leur financement raisonnable? Mais on le sait: Il y a tant à faire dans le domaine de l’éducation nationale et de la formation professionnelle que l’on peut déjà faire le pari que ce point-ci de la déclaration se retrouvera tel quel dans la prochaine, rien n’ayant pu être réalisé entre-temps, la culture n’étant pas prioritaire quand tout le reste est en train de s’écrouler.
Guy Wagner |
© Guy Wagner, kulturissimo (Tageblatt) - 24.11.1999 Retour articles de presse... |
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