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Editorial

L’absence de toute concrétisation montre que rien n’a (encore) changé


V.

Revenons sur l’affirmation dans la déclaration gouvernementale que des « projets artistiques et culturels seront proposés en collaboration avec les communes dans les écoles du primaire et du secondaire: ateliers de peinture, ateliers de théâtre, animation musicale, lectures d'auteurs… », car elle le mérite.

Après tant de luttes et de combats, tant de désillusions sur une ouverture des écoles, de l’Ecole, vers le monde de la culture et de la création, peut-on valablement s’imaginer que les choses aillent changer? Honnêtement, qui parmi ceux qui ont œuvre, lutté, combattu pour l’introduction d’activités culturelles dans les programmes scolaires ou pour l’introduction comme branches à option d’ateliers tels que ceux qui sont énumérés ci-dessus, est encore prêt à croire de telles assertions? Qui aurait encore une imagination aussi débridée pour seulement admettre que tel puisse être le cas?

Mais la déclaration gouvernementale ne s’arrête pas là. Elle en rajoute encore:

« Un programme "culture pour les jeunes" sera développé qui comprendra, notamment, des semaines où les institutions culturelles seront présentes dans les écoles pour développer, avec les services éducatifs des instituts, une sensibilisation à l'art et à la culture scientifique. Les collaborations avec la radio socioculturelle ainsi qu'avec les autres médias seront renforcées. »

J’offre la tournée générale quand la première semaine de manifestations dans le cadre de ce programme «culture pour les jeunes» aura lieu, n’importe où dans le pays.

Non, mais, veut-on vraiment nous faire gober ça?

Et tout d’abord: Qu’on nous dise une fois ce que l’on entend par «culture pour les jeunes»! Qu’on nous définisse cette culture-là et qu’on la mette dans le contexte d’une politique globale pour les jeunes et avec les jeunes! N’a-t-on pas précisément entendu encore ces derniers jours les doléances des délégués et des organismes représentatifs des jeunes sur le manque de dialogue qui perdure?

Décidément, la poudre aux yeux commence à brûler…

Il est quand même bien que les auteurs de ces propos lénifiants se rappellent qu’on a un organisme capable de diffuser des actions socio-éducatives et socioculturelles, à savoir la radio qui porte ce nom. Et dire que l’actuelle ministre de l’éducation nationale n’avait qu’une seule visée: celle de détruire cette radio honnie! Peut-on donc faire foi à des assertions dont la mise en pratique constituerait par la même occasion une mise en valeur de cette radio?

Et quelles seraient les collaborations (remarquez le pluriel!) qu’on entend renforcer? Du concret, s’il vous plaît, car jusqu’à présent pareille collaboration (au singulier!) a été plus que timide, constatons-le.

Par ailleurs, quels sont les autres médias qu’on impliquerait? Tant de vague cause du vague à l’âme.

Mais continuons jusqu’au bout notre lecture édifiante:

« 7. Le Gouvernement est décidé à examiner de nouveaux modes d'intervention du Fonds culturel national afin de promouvoir le mécénat et de créer de nouveaux mécanismes financiers pour aider les industries de la culture. Une attention particulière sera accordée aux demandes de renseignements en statistiques culturelles. »

Il nous faut nous répéter: Du concret, s’il vous plaît! Qu’entend-on, concrètement, par là? Qu’est-ce qu’un mode d’intervention? Et plus précisément, à quels nouveaux modes d’intervention pense-t-on?

Cela signifierait-il qu’on voudra faire davantage encore intervenir le secteur privé, alors qu’il est un devoir de l’Etat de soutenir et de promouvoir les activités culturelles. Qu’il a tout simplement et tout banalement l’obligation vis-à-vis des citoyens d’œuvrer pour leur bien-être, et celui-ci n’est pas seulement matériel.

L’éducation, la culture n’est pas une faveur que l’Etat ou les communes offrent aux habitants, mais un devoir auquel ils ne peuvent se dérober. Or, en s’appuyant sur le mécénat privé, ils se soustraient déjà partiellement à cette obligation, et cela est d’autant plus grave que le culturel n’est rentré de façon consciente dans les mentalités et les prises de conscience que depuis deux, trois décennies, et que depuis ce temps seulement, la culture est devenue partie intégrante de la politique.

La preuve: Depuis quand existe-t-il un ministère de la culture? Depuis quand les débats sur le phénomène de la création et de l’expression culturelle ont-ils commencé? Depuis quand le Conseil de l’Europe a-t-il fait bouger les choses par ses programmes et ses grandes réflexions?

Et déjà, on veut de nouveau se débarrasser de ses obligations, en faisant de plus en plus et partout, pas seulement chez nous, appel au mécénat privé, aux sponsors.

On peut presque crier au scandale devant une telle attitude… Mais restons «cool», car le Gouvernement est seulement «décidé» (!) à «examiner» (!) de «nouveaux modes d'intervention du Fonds culturel national». On a donc tout le temps.

« 8. Au niveau international, le Gouvernement renforcera les efforts de promotion de nos artistes à l'étranger: le Ministère de la Culture continuera, dans le cadre des accords culturels bilatéraux, à envoyer des artistes luxembourgeois aux différents festivals et autres manifestations culturelles. »

Ah, tiens! Voilà encore une de ces revendications que les acteurs culturels, – et en particulier le LSV, l’association des écrivains luxembourgeois –, ont répétée à longueur d’année. Toutefois, entre la parole et l’action, entre la théorie et la pratique, il y a ici encore, un énorme hiatus.

Mais supposons une fois que le Ministère de la Culture veuille bien et bien davantage renforcer la promotion des «artistes» – dans tous les domaines de la création et de l’expression – à l’étranger. A ce moment-là se posent de nouvelles exigences de transparence sur les critères de sélection des artistes qu’on veut promouvoir. Qui établit ces critères? Et qui fait la sélection des artistes?

« Le Ministère de la Culture continuera de négocier, de signer et d'exécuter, en collaboration avec le Ministère des Affaires étrangères, les programmes de coopération des accords culturels bilatéraux. Le Gouvernement examinera les possibilités d'adapter les accords existants à la nouvelle donne européenne tout en prévoyant de nouveaux accords avec de nouveaux pays. »

Très bien, mais demandez une fois combien il est et demeure difficile d’avoir du soutien quand on veut réaliser des activités dans le cadre de ces accords.

Par ailleurs, adapter ces accords signifie donc aussi adapter les moyens financiers à la nouvelle donne européenne. Tel est-il le cas?

Le Budget du Ministère de la Culture ne montre pour 2000 pas d’augmentation significative des crédits. Les subsides sont au même niveau qu’en 1999 : 15 millions, et les frais divers sont estimés à 6,5 millions par rapport à 5,9 en 1999 et à 8,239 millions en 1998 (compte provisoire).

Et parlons, finalement, de 2000!

« 9. Il sera élaboré un programme de manifestations pour la célébration de l'an 2000 et l'avènement du 3e millénaire. »

Au moment où paraissent ces lignes, nous sommes tout juste à deux petites douzaines de jours du fameux passage à l’an 2000.

A part un logo chic et choc, comme il y en a maintenant des milliers, et à part un slogan qui vaut ce que valent en général les slogans, on n’a encore rien appris de ce que nous réservent les papas et les mamans de cette programmation.

Ils sont si peu pressés de présenter leur bébé qu’on peut s’interroger s’il n’y a pas eu fausse couche ou un avorton si mal formé qu’on n’ose pas en parler, alors qu’il coûtera à la communauté, selon l’article 33.019 du Budget du Ministère de la Culture, 20 millions (1999) plus 115 millions (2000), «crédit non susceptible de transfert à d’autres articles»!…

Guy Wagner



© Guy Wagner, kulturissimo (Tageblatt) - 8.12.1999

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