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Pour m’être pris à Bush, Sharon et Wolfowitz, je me retrouve au ban de la société que représente M. Francis Herman, président des «Amis d’Israël Luxembourg».
Que M. Herman prenne la défense d’un président américain, dont le grand-père a été un des financiers d’Hitler et qui a fait son fric sur le dos des victimes du régime nazi, a déjà de quoi étonner.
Que pour ce faire, il me situe (citation:) «dans la droite ligne de ‘Je suis partout’, de Brasillach (fusillé à la Libération), de Drieu, de Céline, pour ne citer que quelques écrivains français, admirateurs de l’idéal aryen», en dit long. Non sur moi, mais sur M. Herman et ses méthodes.
Que pour se justifier, il joue ensuite au falsificateur de l’histoire, n’en est alors qu’un autre aspect.
Le plan Morgenthau a, en effet, bel et bien existé. Comment M. Herman ne le saurait-il pas? Le très sérieux Simon Wiesenthal Center, auquel on ne pourra décidément pas reprocher d’être antisémite, écrit à son propos: «A potential American policy toward postwar Germany had been formulated in a draconian plan advanced in 1944 by Roosevelt's influential Secretary of the Treasury, Henry Morgenthau Jr. Morgenthau argued that the only way to prevent Germany from going to war yet another time was to level its factories, destroy its mines and make the country forever a pastoral state. The German leaders must be tried and hanged as soon as they were captured and the people reduced to a race of peasants and swineherds living no more than a basic existence off the land.» … Monsieur Herman serait-il donc révisionniste?
Enfin, faut-il vraiment que le président des «Amis d’Israël Luxembourg» défende un Paul Wolfowitz qui, à Singapour, s’en est pris au petit Luxembourg, le qualifiant, ainsi que la France, d’«isolés» sur la scène internationale (v. «T» du 2 juin)?
Faut-il alors que M. Herman tire de mes réflexions des conclusions qui ne sont pas les miennes? (Citation:) «Les Etats-Unis au service du sionisme. Hussein, victime du complot juif, ourdi par le puissant lobby juif américain. Oui, oui, je n'invente rien.»
Si, si, Monsieur, vous inventez! Ce n’est pas moi qui ai écrit cela, mais vous!
Pis, comme «preuve» de VOTRE affirmation vous continuez ensuite à vous référer à moi de la manière suivante (citation:) «Paul Wolfowitz est par ailleurs co-président de... 300.000 dollars, consultant de... 6.000 dollars et consultant de... 6.000 dollars». (Vous oubliez d’ailleurs la BP Amoco avec 10.000 dollars annuels!) Cependant, pourquoi ne mentionnez-vous pas les firmes que j’ai énumérées et qui accordent des honoraires si lucratifs à ce monsieur? Ne feraient-elles pas partie du «puissant lobby juif»?
Vous ne manquez évidemment pas, en guise de reproche, de rappeler que je suis le premier récipiendaire du Prix Oppenheimer. Sachez que j’en suis aussi fier que le jour où je l’ai obtenu et que si j’en avais encore les moyens, je continuerais à agir comme du temps où j’ai dirigé le Théâtre d’Esch et où j’ai obtenu cette distinction.
Je vous assure aussi que je ne cesserai pas de lutter contre l’oubli et d’attaquer la bête immonde là où elle relève la tête.
Mais je défends également de manière farouche ma liberté de critiquer ce qui, selon moi, doit l’être, et la politique des deux derniers gouvernements israéliens, d’un Sharon en particulier, qui a utilisé la provocation pour exaspérer les Palestiniens et pour arriver au pouvoir, est à mes yeux inqualifiable, intolérable et inadmissible.
Non, Monsieur, vous ne trouverez pas d’antisémitisme dans mes écrits, à moins que vous ne fassiez l’équation en amalgame usuelle: antigouvernemental = anti-israélien = antisioniste = antisémite.
Par contre, je dois constater, à mes dépens, que pour critiquer la politique de Sharon et d’une extrême droite au pouvoir en Israël qui compte parmi les plus radicales au monde, il semble qu’il faille être, soit citoyen de ce pays, soit membre de la communauté juive. Plus personne d’autre n’a apparemment le droit de le faire. C’est comme du temps de l’URSS: On était automatiquement anticommuniste si on s’en prenait à Staline, Brejnev ou au régime en place.
Pour clore, je reprends au sujet de M. Herman ce qu’il écrit me concernant: «Tout cela est très triste et très inquiétant», et j’ajoute pour lui: Parce que d’une mauvaise foi totale.
Guy Wagner,
coordinateur de «kulturissimo»
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