Le peintre de la sensualité
Le 75e anniversaire
du décès de Pierre-Auguste Renoir
| Pierre-Auguste
Renoir est né, le 25 février 1841 à Limoges.
Sa famille s’installera en 1844 à Paris dans la cour
du Carrousel, de sorte que le jeune homme put visiter régulièrement
le Louvre. Il manfesta d’ailleurs tôt son talent artistique,
devenant apprenti décorateur sur porcelaine à l’âge
de 13 ans. En 1857, il se décida à pratiquer la
peinture en artiste et en 1862 il devint l’élève
du peintre suisse Charles Gabriel Gleyre (1808-1874) qui eut comme
autres disciples Claude Monet (22 ans à l’époque),
Alfred Sisley (23) et Jean-Frédéric Bazille (21,
comme Renoir). Ils deviendront amis et seront rejoints plus tard
par Paul Cézanne (19) et Camille Pissarro (32). Leur amitié
avait aussi un but artistique: Ils voulaient changer le canon
formel que les créateurs devaient suivre à l’époque
et de montrer dans leurs oeuvres un reflet de la société
dans laquelle ils vivaient. Mais surtout, ils n’acceptaient
plus que le salon officiel decidât quelles toiles méritaient
d’être exposées et vendues. Ainsi, il arrrivait
à Renoir de se voir accepté une année et
refusé une autre. |

Renoir vers 35 ans |
| Encore une fois refusé
en 1874, Renoir organisa avec ses amis la première exposition
de l’„Association anonyme des artistes peintres,
sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs“
dans l’atelier désaffecté du photographe Nadar,
à la suite de laquelle, sur la base de la toile de Monet:
„Impression, soleil levant“, la critique, dans
„Le Charivari“ conféra au groupe l’étiquette
d’„impressionnistes“. Renoir y exposa „La
Loge“. |

La loge (1874)
|
| Deux peintres l’influençaient
considérablement à l’époque: Claude
Monet dans sa façon de traiter la lumière, et Eugène
Delacroix pour le traitement de la couleur. L’année
suivante, Renoir organisa une vente de ses oeuvres à l’hôtel
Drouot, sans cependant trouver d’acheteurs. Dans son style
particulier qui mettait l’accent non sur la touche divisée,
mais sur une superposition de couches minces et transparentes,
il continua à produire, à côté de paysages
purs qui l’intéressaient moins, des portraits et
des scènes de société, montrant des foules
qui se divertissaient, comme dans le célèbre „Moulin
de la Galette“ (1876). Il réussit magistralement
à rendre à la fois l’irisante interaction
entre la lumière et la couleur sur des surfaces, ce qui
était le principal but de l’impressionnisme, et une
fascinante sensualité sous-jacente. |

Bal du moulin de la galette (1876) |
|
Renoir, entretemps
avait fait la connaissance de l’éditeur Georges
Charpentier qui rassemblait autour de lui l’élite
de la société intellectuelle, avec Zola, les Goncourt
et Daudet, et qui lui commanda des portraits de sa famille et
lui organisa une exposition personnelle en 1879.
Deux ans plus tard,
Renoir épousa Alice Charigot. Ils eurent trois fils,
dont deux deviendront célèbres, Pierre, l’acteur
(1885-1952) et Jean, le cinéaste (1894-1979) qui apparaissent
souvent dans ses peintures. |

Aline et Pierre (1887) |
| En 1882, il entreprit
un grand voyage en Algérie, en Italie et en Provence, à
la suite duquel, il commença à peindre d’une
manière plus disciplinée et plus classique, étant
notamment influencé par les fresques de Pompéi et
les oeuvres de Piero della Francesca et de Raphaël à
Rome. Renoir renonça à peindre en plein air et fit
du nu féminin qui était jusque-là absent
de sa peinture, son sujet principal, tandis que sa palette se
réduisit à la gamme des terres et au bleu cobalt.
Le chef-d’oeuvre de cette période, dite „aigre“,
est „Les grandes Baigneuses“ (1885). |

Les Grandes Baigneuses
(1884 - 87) |
La
consécration dans l’infirmité
Cette
période „terrestre“ ne dura pas longtemps,
car elle ne correspondait guère au tempérament
du peintre et à sa prédilection pour une peinture
douce, légère, séduisante, mais à
cette époque, il établit définitivement
sa réputation en France par une exposition personnelle
à la Galerie Durand-Ruel et gagna la notoriété
internationale avec de grands succès à Bruxelles,
Londres et New York.
En 1890,
commença sa période „nacrée“:
Renoir travaillait alors par touches allongées qu’il
entremêlait souplement pour aboutir à une délicatesse
extrème dans le rendement du modelé. Des couleurs
brillantes et des figures aux formes splendides, font de ces
toiles des oeuvres inégalées.
Quatre
ans plus tard, il commença de souffrir pour la première
fois d’une arthrite qui ne le lâchera plus. Quand
son mal s’aggrava, il partit avec sa famille dans le Sud
de la France et s’établit en 1901 à Cagnes
où il acquit la propriété des Colettes.
Il ne la quittera plus que pour aller en été à
Essoyes, le lieu de naissance de Gabrielle Renard, l’amie
d’enfance de sa femme qui deviendra la gouvernante des
enfants, mais surtout l’opulent modèle pour les
toiles des dernières années du peintre où
domineront les tonalités rouge et dorée et un
style rythmé d’une force toujours croissante.
|

Gabrielle à la rose (1911) |
A
partir de 1910, Renoir ne pouvait plus marcher qu’à
l’aide de béquilles. En 1912, il dut se résoudre
à attacher son pinceau entre le doigt et l’index.
En 1914, il entra de son vivant au Louvre. Il perdit sa femme
en 1915 et s’éteignit quatre ans plus tard, le
17 décembre 1919, il y a ainsi soixante-quinze ans.
Ses
dernières toiles, toutes aériennes, qu’il
a arrachées à son infirmité révèlent
son extraordinaire faculté et facilité de rendre
sensuellement la couleur et la texture de la peau humaine et
de conférer à un sujet une expressivité
poétique et une plasticité remarquables. Renoir
était grand parce qu’il était capable de
peindre des „aspects de la vie“, des tranches de
vie, des „sujets simples“, comme il disait lui-même,
et de leur conférer profondeur et signification avec
des moyens purement picturaux, et ces moyens, il les a utilisés
avec tant de goût et de sensibilité, mais aussi
de puissance, que le résultat fait comprendre que ce
peintre était décidément mû par un
immense amour pour les beautés de la vie.
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Femme nouant ses lacets (1916) |
.
© Guy Wagner, Tageblatt - 17.12.1994
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