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Festival de Wiltz: «Abirkalabim»

En définitive, un spectacle «clin d’œil» sur l’amour


Le Festival de Wiltz fêtera son 50e anniversaire. Tous nos vœux pour le prochain demi-siècle et reconnaissance à tous ceux qui en ont fait un symbole de culture, en particulier à Fernand Koenig devenu au fil des années l’âme de l’entreprise.

C’est en 1953, qu’une poignée de Wiltzois, a eu idée de créer le festival, d’ailleurs le premier au Grand-Duché de Luxembourg.

Initialement consacré au théâtre, il s’est tourné rapidement vers la musique – le classique aussi bien que le jazz – et actuellement il est pleinement multidisciplinaire.

Nous aimerions relever plus particulièrement un spectacle inédit pour enfants «Abirkalabim», – une nouvelle création de Claire Lesbros, sa compagnie et les «Tournesols» pour le Festival de Wiltz, en association avec Guy Rewenig; costumes de Marie-Josée Kerschen –, qui sera présentée les 9 et 10 juillet à 14.30 heures sur les fameux tréteaux et n ous avons, au préalable, voulu nous en entretenir avec les principaux responsables.

 




Guy Rewenig
(Photo: Claire Lesbros)

Questions à Guy Rewenig

 

kulturissimo: Comment la collaboration avec Wiltz a-t-elle commencé?

Guy Rewenig : Par la présentation de «Tschirkolorado», il y a quelques années. Ce fut un spectacle musical pour jeunes, pour lequel Camille Kerger oeuvrait en tant que compositeur. Côtoyés par des actrices et acteurs professionnels, plus d’une centaine d’enfants de l’école primaire d’Ettelbruck, sous la direction de Jacqueline Van Dyck-Poos, avaient participé à la performance.

k.: Est-ce qu’entre-temps une relation privilégiée s’est établie entre l’auteur et les responsables du festival?

GR: Non. Je refuse d’ailleurs toute sorte de privilèges dans le contexte de mon travail d’auteur. Il s’agit de convaincre, et non de faire jouer des «relations particulières».

k.: En ce qui concerne «Abirkalabim», s’agit-il d’un spectacle qui repose plutôt sur un texte ou sur une vision scénique?

GR: Il s’agit d’un spectacle de danse. J’ai donc essayé, en écrivant le scénario, de me figurer les approches chorégraphiques. Ainsi, le texte n’est pas littéraire au sens strict, mais simplement stimulateur pour la démarche de Claire Lesbros

k.: La parole a-t-elle son mot à dire? Et en quelle langue?

GR: Le texte a été littéralement transfiguré, transféré épisode par épisode en «pas de danse». Donc: il parle toujours, mais par mouvements et par expression corporelle. Le choix de la langue est celui du langage chorégraphique, forcément international.

k.: Sachant que l’auteur est un des plus engagés que connaisse le pays et que le regard qu’il jette sur ses concitoyens et les institutions demeure d’une ironie critique des plus sympathiques, sachant plus particulièrement encore que son engagement pour les enfants et les jeunes est sans faille, nous voudrions connaître en peu plus en détail le(s) thème(s) qu’il aborde dans son nouveau spectacle.

GR: «Abirkalabim», au niveau du pur récit, est ironique, bien sûr, vu que les enfants apprécient beaucoup cette forme complexe de raconter la vie. L’ironie, à mon sens, n’est autre qu’un mélange de tristesse et de tendresse, et par là répond parfaitement à la manière des enfants d’assimiler tout ce qu’ils vivent.

Le grand thème d’«Abirkalabim» est celui de la séparation: Célestine, l’héroïne principale du spectacle, devrait abandonner son chat préféré Maximou qui n’a pas le droit de voyager en avion. A ce moment là, Célestine préfère «disparaître» avec son chat aimé, plutôt que de se faire octroyer un congé de luxe par ses parents.

L’autre thème qui se greffe dessus, est celui de la ruse: en effet, Célestine, contrainte à un choix douloureux, invente mille subterfuges pour se soutirer à la volonté des adultes.

Et le thème sous-jacent est celui de l’amour sous tous ses aspects. Oui, en définitive, je dirais que c’est un spectacle «clin d’œil» sur l’amour.

k.: Comment le spectacle est-il conçu, afin que les thèmes «passent»?

GR: J’étais très curieux de voir comment Claire Lesbros allait transposer un texte somme toute sommaire, ou indicatif. Et maintenant, je suis très admiratif: son «récit dansé» est truffé de trouvailles et d’inventions subtiles et spectaculaires.

k.: Quel est donc pour l’auteur Rewenig le rôle de la danse et de la chorégraphie dans ce travail théâtral?

GR: La danse est évidemment au centre, le scénario, dans ce cas, n’est qu’une sorte d’aide-mémoire, une proposition, pas plus.

 

Questions à Claire Lesbros

 

k.: Comment les contacts se sont-ils établis entre Rewenig et Claire Lesbros et comment la collaboration entre eux s’est-elle faite?

Claire Lesbros: Nos contacts se sont établis en plusieurs temps; nous nous sommes vus d’abord lors de rencontres littéraires où j’accompagnais mon mari, Lambert Schlechter, puis Rewenig a vu et apprécié mes dessins, notamment dans le supplément Livres/Bücher du tageblatt – puis un jour il a été question de trouver quelqu’un qui écrirait le scénario pour une chorégraphie destinée à un jeune public… J’aime partir sur des mots et des images, et le choix était vite fait: ce serait lui.

k.: Y a-t-il eu des divergences d’approche ou un terrain d’entente a-t-il pu être trouvé rapidement?

CL: L’entente? Immédiate. Dès le premier entretien, il y a eu connivence entre nous, j’ai rencontré quelqu’un qui connaissait la danse contemporaine, il avait vu des créations de tous les chorégraphes qui comptent, nous partagions les mêmes goûts musicaux, et surtout, il a derrière lui, comme moi, une longue expérience de contact et de communication avec les jeunes et le scolaire. Peu de temps après notre premier échange de vues, il m’a soumis un texte qui m’a beaucoup plu – et c’était parti.

k.: S’agit-il d’un spectacle qui repose plus spécialement sur un texte ou sur une vision scénique? Est-il en premier lieu du «théâtre» ou un «spectacle de danse»?

CL: Notre spectacle, c’est de la danse, rien que de la danse, une danse qui traduit en gestes et en rythmes l’histoire et les personnages d’«Abirkalabim»; il faut dire aussi que nous avons eu pas mal de travail à remanier notre histoire, puisque nous n’avons obtenu qu’un tiers du budget initialement prévu – une bonne quinzaine de personnages ont dû être ramenés à six interprètes, dont un quatuor de danseurs, trois filles et un garçon, avec lesquels j’avais déjà fait la création «Dérobade», et qui sont vraiment le noyau et l’âme de ma compagnie, ils sont formidables et je n’ai jamais eu autant de plaisir à chorégraphier: je le fais avec eux et pour eux. Et ils sont là, présents, entiers, sacrément doués et pleins d’enthousiasme. Le bonheur de danser en eux s’incarne.

k.: Quelle est la démarche de Claire Lesbros, sachant qu’elle a un don particulier pour s’adresser par la chorégraphie et la danse aux jeunes spectateurs?

CL: Ma démarche cette fois-ci a eu ceci de spécial qu’au fil des semaines il y a eu une intense collaboration, avec Guy Rewenig d’abord, dans de nombreux entretiens, puis lors du travail de répétitions avec les danseurs, puis aussi avec Marie-Josée Kerschen, la créatrice des costumes, et Philippe Barbier qui a élaboré des éléments du décor. Nous avons travaillé, ensemble, dans un grand bonheur, et nous espérons que le plaisir que nous avons éprouvé à créer notre spectacle se communiquera à notre public.

k.: Y a-t-il un message «spécifique» que la chorégraphe veut transmettre et si oui, quel est-il?

CL: Ceux qui connaissent Rewenig savent qu’à la base il y a toujours chez lui comme une pédagogie libertaire, un plaidoyer pour l’émancipation, un pamphlet contre l’étroitesse d’esprit et la bêtise: la danse dans «Abirkalabim» est un hymne à l’imagination d’une enfant qui veut arriver à ses fins, Célestine, à l’amour qui la lie à son chat Maximou, aux ruses qu’elle invente pour déstabiliser la rigueur du monde des adultes.

Les danseurs dans notre pièce veulent emmener les spectateurs petits et grands pour une heure au pays de Célestine.

k.: Comment une réalisatrice fêtée en France se retrouve-t-elle dans un Luxembourg qui a tendance dans un certain nombre de domaines à se replier sur lui-même et qui, surtout, est toujours prompt à jalouser des créatrices et créateurs qui sortent des sentiers battus?

CL: Les débuts, à Luxembourg, pendant les premières années, n’étaient pas faciles; après vingt ans d’activité en France, j’avais parfois l’impression de devoir recommencer à zéro; on ne m’a pas fait de cadeaux. Mais avec le temps j’ai rencontré ici des personnes avec lesquelles je retrouve ce qui m’a toujours animée: mise en synergie des passions, des qualités et des possibilités de chacun à porter un projet, à faire éclore une création à partir d’une idée et lui donner réalité dans la forme, la couleur et l’espace, –des personnes comme Guy Rewenig, ou Marie-Josée Kerschen, ou encore Carole Bouschet, –et cela compense largement les déboires et les déceptions que j’ai pu subir. Je suis confiante pour l’avenir, je ne sens plus seule. Et les projets pour 2003 sont déjà en chantier…

 

Questions à Marie-Josée Kerschen

 

k.: Comment l’artiste sculpteur Marie-Josée Kerschen a-t-elle été impliquée comme costumière dans le spectacle Abirkalabim, la nouvelle création de Guy Rewenig pour le Festival de Wiltz, réalisé en association avec Claire Lesbros?

Marie-Josée Kerschen: J'ai été impliquée dans le projet "par hasard", comme c'est presque toujours le cas dans les meilleurs moments de la vie.

Claire et Lambert sont passés me voir un jour à Vianden, et en bavardant de tout ce qu'on a déjà fait dans la vie, la question de Claire venait toute seule: Dis, est-ce que tu n'aurais pas une petite envie de me faire les costumes pour Abirkalabim?

k.: Est-ce parce que sa maman était déjà célèbre comme couturière pour le théâtre ou encore que dans les projets avec Willem Bouter où elle a déjà été en charge des costumes que tu as accepté?

MJK: Cela m’a fait grand plaisir d'accepter, puisque la danse était mon premier rêve de jeune fille et en tant que sculpteur figuratif, je connais très bien l'anatomie humaine. En plus je sais coudre, ce que j'ai appris de ma mère qui faisait les costumes pour le "Liewensfrou" à Esch, et qui m'a fait découvrir aussi le monde fascinant du théâtre. D'ailleurs pour les deux grands projets "Le Mariage de Pythagore" et "Ikarus' Lustige Witwe", j'étais responsable pour les costumes, à côté de la prise en main de l'organisation, et puis… la création est mon métier.

k.: Quel rôle les costumes jouent-ils dans le spectacle? Qui les a conçus, Claire ou Marie-Josée ou l’ont-elles fait ensemble? Est-ce que chacune y a apporté son grain de sel? Si oui, lequel?

MJK: Ensemble avec Claire on a discuté sur la couleur, l'atmosphère des costumes, et on est allé ensemble à Maastricht pour acheter les tissus. Le reste vient de moi.

k.: Comment Marie-Josée Kerschen voit-elle le texte, le scénario de Guy Rewenig et le message qu’il véhicule? Comment voit-elle sa «transposition scénique»? Qu’a-t-elle pu y apporter par ses costumes?

MJK: En plus de la danse, les costumes définissent les personnages, ainsi que leurs rôles à jouer, puisque le texte n'est que le support pour tout ce qui ce passe sur scène: il y a l'aéroport, les vacances, les couleurs du ciel et l'envol, mais surtout la petite révolte de Célestine contre le monde trop rigide des grands… Et c'est ce que j'aime beaucoup chez Rewenig.

k.: Nous aussi, nous aussi!

Propos recueillis électroniquement par Guy Wagner


kulturissimo mensuel (Tageblatt) - N°10. Juillet 2002

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