Editorial C’est une question d’honneur: Les promesses faites, il faut les tenirI. Nous essayerons de répondre à cette attente, d’autant plus que le programme du gouvernement déterminera dans une large mesure la vie culturelle dans les cinq années à venir, cinq ans essentiels pour que notre pays soit aussi un pays à vocation culturelle, – une vocation qu’il s’est découvert seulement depuis une quarantaine d’années. Nous commençons par une interrogation. Que signifie la phrase suivante : « 2. Pour garantir un meilleur accès de tous à la culture, le gouvernement actualisera la loi du 28 décembre 1988 concernant les instituts culturels de l'Etat. Les six sections de l'Institut grand-ducal, prédécesseurs des instituts culturels, y trouveront leur place. » ? Qu’est-ce qu’on entend par « instituts culturels de l’Etat » ? Quels sont-ils ? N’aurait-on pas dû les énumérer, – tous ! De quelle façon, les sections de l'Institut grand-ducal sont-elles les prédécesseurs de ces instituts ? Où trouveront-elles leur place ? Et pour faire quoi au juste ? Nous pensons plutôt que si les instituts culturels et les sections de l'Institut grand-ducal veulent effectivement trouver une place dans la dynamique de la vie culturelle, ils doivent s’ouvrir vers l’extérieur, au lieu de travailler partiellement en vase clos. « Les activités du Centre national de littérature et celui du Casino Luxembourg/Forum d’art contemporain sont confirmées. » Cela n’est que justice. Depuis 1995, le Casino Luxembourg/Forum d’art contemporain, la dynamique et la clairvoyance de ceux qui le gèrent, ont été largement couronnées de succès. La petite équipe a fait un grand travail qui mérite notre reconnaissance et nos respects. Ce n’est qu’à travers ces efforts que l’approche de l’art contemporain si difficile pour tant de gens, peut conduire à une compréhension de ce que sera le futur « Musée Pei », n’en déplaise aux démagogues poujadistes de l’ADR qui n’ont toujours rien compris à rien en matière de culture. Quant au Centre national de littérature, c’est encore grâce aux responsables qu’il a pu devenir en très peu de temps, un lieu où la parole écrite se trouve bien chez elle. Cette reconnaissance officielle par l’accord gouvernemental doit leur faire chaud au cœur. « Le gouvernement favorisera la collaboration avec d'autres instituts culturels nationaux et internationaux et aidera à décentraliser leurs activités en vue d'une meilleure sensibilisation du public à l'art et à la culture scientifique. » Incroyablement vague, tout ceci ! Quels sont donc les « autres instituts culturels nationaux » ? Question d’autant plus évidente qu’on ne sait pas non plus qui sont les premiers (cf. supra) Par contre, on peut bien être d’accord avec la stipulation suivante, d’autant plus qu’on peut constater dans tant de villes de notre Europe envahie par le marketing américain, à quel désastre sont réduits les lieux envahis par les réclames criardes qui, en général, sont d’une laideur affligeante, – de l’affreux Coca-Cola au dégueulasse Mac-Do… : « Il est décidé de faire adopter dans les meilleurs délais le projet de loi portant adaptation de la loi du 18 juillet 1983 concernant la conservation et la protection des sites et monuments nationaux et qui apportera une nouvelle réglementation de la publicité. » Pareille réglementation s’impose effectivement d’urgence, même si peu de nos sites et monuments nationaux peuvent concurrencer avec ceux des voisins. « 3. Au niveau des infrastructures, une priorité sera accordée par le gouvernement à la construction d'une salle de concerts de 1500 places (avec une salle de musique de chambre de 300 places) à Luxembourg-Kirchberg. » Ouf ! Nous voilà bien soulagés, d’autant plus que ce projet est prioritaire. Nous avons suffisamment souligné avant les élections dans les colonnes du « kulturissimo » l’impérieuse nécessité culturelle que constitue la construction d’une salle pareille, et pas seulement du fait qu’elle est indispensable pour les musiciens. Nous le constatons bien : Les conditions de travail de l’Orchestre Philharmonique sont indignes d’une institution culturelle de sa valeur, et il en est de même de celle des Solistes Européens. D’autre part, il faut constater – et on n’a qu’à prendre l’Arsenal de Metz en témoin – qu’une vraie dynamique culturelle ne se développe que là où les conditions matérielles optimales sont remplies. Est-il besoin, en plus, de souligner dans ce contexte, que la ville de Luxembourg ne dispose pas d’une seule salle pour la musique de chambre, alors qu’il y a tant de formations diverses de valeur qui s’adonnent à cette musique particulièrement précieuse ? « Le projet du nouveau Centre national de l'audiovisuel, ensemble avec un centre culturel régional et une école régionale de musique à Dudelange, sera finalisé. » Très bien ! « Le projet de l’annexe à la Bibliothèque nationale sera réalisé ainsi qu’une restructuration du siège central boulevard Roosevelt/rue Notre-Dame. » Nous n’allons pas nous ingérer ici dans la pénible affaire de la BN, mais force est de constater que le manque de place, l’exiguïté, l’impossibilité de faire les stockages requis… n’ont pu qu’envenimer la situation. « Les travaux de réaménagement du Musée d’art moderne Grand-Duc Jean, du Musée de la forteresse et du circuit culturel Vauban, du Centre culturel de rencontre Neumünster seront menés à bon terme. » Il serait lamentable s’il en était autrement. Toujours est-il que nous nous interrogeons de plus en plus sur la finalité du Centre culturel de rencontre Neumünster, surtout que les nouvelles qui nous parviennent sont alarmantes. Les nouveaux projets de structuration et de gestion ne parlent plus guère de « rencontres » entre les associations, dont une vingtaine avait été pressenties pour animer ces lieux, afin de leur donner une vraie ouverture, source de dynamique et de progrès culturel. Finie, la culture « d’en-bas ? » Pour qui donc le CCRN ? Pour le secrétariat Saar-Lor-Lux ? Pour le Goethe Institut et le Centre Culturel Français qui, sous réserve de la véracité de nos informations, travailleraient quand même chacun pour soi et qui auraient tout juste une cafétéria en commun ? Ainsi donc, l’ancienne prison se refermerait de nouveau sur elle-même et deviendrait un ghetto, au lieu d’être un espace multiculturel ouvert et généreux. Nous aimerions bien le savoir, d’autant plus que le projet nous préoccupe depuis des années déjà et que nous en avons beaucoup parlé ici-même. Qu’en est-il d’un « concept d’ensemble », – concept dont on parle ci-dessous à propos des hauts fourneaux à Esch/Belval ? « Le gouvernement fera analyser les possibilités de donner une vocation culturelle aux rotondes CFL à Bonnevoie, dans le cadre d’un concept d’urbanisation à réaliser de concert avec la Ville de Luxembourg. » Voilà une idée nouvelle. Eh non, elle n’est pas tellement nouvelle, puisqu’elle avait déjà été avancée par les Verts et notamment, l’infatigable Robert Garcia. Que le nouveau gouvernement la reprenne à son compte, ne peut que nous satisfaire, car ces rotondes sont vraiment au cœur d’une infrastructure urbaine ouverte et dynamique : dans ce quartier, les gens passent, s’arrêtent, causent ensemble, font leurs courses. Les rotondes, bien aménagées et surtout bien ouvertes sur le quartier, seront à coup sûr, une attraction originale où de nombreuses formes d’activités et d’expressions culturelles pourraient se développer au mieux et où les « rencontres » qui étaient censées se faire à Neumünster, pourraient quand même avoir lieu. Et, ô miracle, ce qui, toutes ces années était impossible, devient tout naturel : une coopération entre le Ministère de la Culture et la Ville de Luxembourg : Il faut seulement la « bonne » coalition gouvernementale. On aura compris ! Guy Wagner |
© Guy Wagner, kulturissimo (Tageblatt) - 06.10.1999 Retour articles de presse... |
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