Editorial Pourris comme l’étéA combien de jours de soleil et de chaleur sommes-nous donc arrivés en cet été 2002? De ces journées où l’on pouvait se détendre chez soi, déjeuner ou dîner sur la terrasse, prendre des réserves de chaleur pour l’hiver à nos portes? De ces journées où il était possible de se promener en vêtements légers ou même aller dans une piscine en plein air? On peut les compter sur les doigts de deux mains. Alors qu’il y avait les vacances, on s’interrogeait plus d’une fois sur ce qui se tramait, là-haut. Des milliers de gens l’ont appris à leur dépens quand des déluges se sont abattus sur l’Europe centrale, mais aussi sur Mallorca et des rivages réputés cléments. Force était de constater encore combien l’homme est impuissant devant une nature si souvent violentée et devant des eaux déchaînées. Le feu, on peut le combattre par l’eau, mais contre l’eau, on ne peut décidément rien. Dans toutes les tragédies individuelles et collectives que nous avons pu vivre pour ainsi dire en direct, à quelque chose malheur était bon, car dans les pays touchés, les inondations ont chamboulé les données politiques. Schroeder a pu prouver qu’il savait manager et maîtriser des situations de crise, alors que cela apprendra au FDP de jouer aux amuseurs publics et que nous n’avons pas à subir le gris-gris Stoibeuuuh et son: «Marche arrière, toutes!» Mieux encore: les inondations ont eu raison de la coalition autrichienne et de l’abominable Ötzi-Haider de Carinthie, tandis que Schüssel, celui qui a été, avec le Berlusconnard, parmi les premiers à accorder une respectabilité aux soi-disant «populistes de droite», auxquels il faudrait carrément donner leur vrai nom de «néofascistes», n’a pas seulement perdu son nœud papillon, mais aussi son honneur. Autant en emporte l’eau. Chez notre voisin français, même Supersarko n’a pas pu empêcher les pluies diluviennes d’endeuiller le Gard et le Vaucluse, mais il est évidemment bien plus facile d’arrêter des gosses de treize ans que les flots. De la matière à rire, il n’y en a pas tant eu, mais heureusement, le «Canard Enchaîné» ne cesse de nous en raconter sur le locataire de l’Elysée – le miraculé de l’élection présidentielle passé de 19% à 82% – ! et sur sa noble épouse qu’appeler «rombière» vous voit signifier une procédure pour «outrage à personne dépositaire de l’autorité publique». Ah bon! On ne savait pas que la descendante du baron Chodron de Courcel était dépositaire de l’autorité publique, mais on en apprend tous les jours… Même que cette illustre personne s’est précipitée récemment, au péril de sa vie, dans la rue quand un cri a déchiré la nuit, rue de l’Elysée, cri poussé par une gardienne de la paix stagiaire titillée à plusieurs reprises aux hanches par un collègue du sexe opposé. Reste à déterminer avec le docteur Knock si la pauvre a été plutôt chatouillée ou davantage gratouillée… A part ça, sous l’effet du somnifère Raffarin, la douce France continue à ronronner dans la torpeur de son indolence. Le réveil se fera-t-il vraiment avec un cocorico tonitruant? La question est d’autant plus pertinente qu’en matière de football, il faudrait, après le championnat du monde, plutôt aller faire des stages au Sénégal. Quant à nous, que rappeler de toutes les émotions qui ont été les nôtres durant ces derniers mois? Une banque qui annule une exposition la veille de son vernissage, selon la devise: «Cachez ce sang que je ne saurais voir». Décidément, on préfère les billets verts aux photos rouges! Un greffier qui joue la majesté lésée? Un Premier ministre qui en fait de même face aux écologistes et qui donne des conseils au socialistes pour leur tête de liste de 2004 plutôt que de s’occuper des hurluberlus proches de son parti se réclamant de l’auteur d’une muselière entrée dans les mythes de l’histoire du pays et de nombreuses gaffes avant, pendant et après la seconde guerre mondiale, notamment celle d’avoir refusé qu’une université soit créée au pays? Selon Joseph Bech – c’est, en effet de lui qu’il s’agit et autour de qui les «nouveaux penseurs en cercle» s’agitent –, cela aurait risqué de troubler la quiétude bien-pensante des années ’50, et maintenant on a toutes les peines du monde à doter le pays d’un véritable enseignement supérieur. On peine d’autant plus qu’une nième offensive éducative vient d’être lancée, dont on ignore encore si grâce à Sainte Anne et/ou au Saint Esprit, elle accélérera le mouvement à reculons… «back to basics». A propos Saint Esprit: les nostalgiques de notre passé sont en deuil, suite à une intervention de la pelleteuse sur le Plateau du même nom, alors que sur un autre plateau, le revêtement d’un musée en construction est devenu pierre d’achoppement nationale. Voilà donc quelques-uns de nos problèmes tels qu’ils se présentent au moment où le sinistre et redoutable Junior est en train de peaufiner sa guerre contre le monde entier, avec les glapissements approbateurs de «Tonipper», «His Master’s Voice», et les remerciements d’un autre rebut du nom de Sharon qui a ainsi toute liberté de mener sa guerre outrancière à lui. Bien évidemment, nous dirons avec Shakespeare que ce sont des hommes «honorables», sinon nous serons encore rangés parmi les terroristes et vilipendés comme antiaméricains notoires ou antisémites viscéraux. Guy Wagner |
© Guy Wagner, kulturissimo mensuel (Tageblatt) - N°11. Octobre 2002 Retour articles de presse... |
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