| Je crois que tous ceux, qui à l'époque étaient à l'âge de comprendre ce que sont la politique, les lois et la justice, se rappellent le 11 septembre 1973, quand un certain Augusto Pinochet, auquel le président légitime et légalement élu Salvador Allende avait peu auparavant fait une confiance telle qu'il lui avait transmis le haut commandement de l'armée du Chili, a pris d'assaut le palais présidentiel. |
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Tout le monde se souvient des images de la Moneda, et puis des images en provenance des stades où la soldataille frappait à coup de crosse les adeptes hébétés de l'Unidad Popular, ceux qui avaient cru en plus de solidarité, de générosité et de justice pour leur pays.
Tout le monde se remémore l'atrocité de l'exécution de Victor Jara, auquel on a brisé les mains qui touchaient si merveilleusement les cordes de sa guitare, avant de l'assassiner de façon barbare.
Tout le monde peut encore évoquer notre marche par les rues de Luxembourg en direction de l'ambassade des États-Unis, dont on savait qu'ils avaient tiré les ficelles, et ce fut un cortège dans lequel on retrouvait des gens qui n'avaient jamais auparavant participé à une démonstration et qui pleuraient de rage en disant: "Cette fois-ci, ça suffit!"
Et pour beaucoup ce fut la fin de leurs illusions.
Il a fallu près de vingt ans avant que celui qui avait usurpé le pouvoir et qui est responsable de près de quatre mille morts, de plusieurs centaines de milliers d'exilés, ne cède le pouvoir sous la pression de son peuple qui, enfin, disait "non" lors d'un plébiscite qu'il avait organisé, lui, l'assassin, pour donner à son pouvoir une légalité et une légitimité qu'il n'a jamais eues.
Et quand finalement, il a lâché les rênes, le dictateur à la gueule affreuse, ce n'était pas sans assurer ses arrière-gardes, en se faisant proclamer sénateur à vie avec, dans la foulée, l'immunité diplomatique à perpétuité.
Mais voilà, soudain le mécanisme si parfaitement mis en place, s'est enrayé.
Contre ce "dictateur au nom générique, – on dit <un Pinochet> comme <un Hitler>" (Bernard Guetta, Nouvel Observateur), un juge a lancé un mandat d'arrêt, un juge d'Espagne, où la gauche dont quelques-unes des racines sont ancrées dans le choc des horreurs commises par cette brute et la bande de salauds qui l'ont soutenue, n'est pas au pouvoir.
Et voilà que trois des cinq juges de la Chambre des Lords, réactionnaire par origine et par tradition, refusent précisément cette immunité auto-octroyée à l'octogénaire assassin qui avait fini par trouver des adeptes dans d'autres membres de la même Chambre, comme la baronesse Thatcher qui aimait tant prendre le thé avec ce cher ami du Royaume-Uni.
Et, du coup, les données sont changées par ce vote qui mérite effectivement d'être qualifié d'"historique", car, du coup, d'autres ordures de par le monde peuvent commencer à s'inquiéter.
Finis les temps où des usurpateurs sanguinaires peuvent se croire à l'abri de poursuites, car, à partir de ce 25 novembre 1998, leurs crimes risquent de les rattraper à n'importe quel moment et où qu'ils soient.
Ainsi, les larmes des victimes du pinochétisme à Londres, Madrid, Santiago di Chile de cet après-midi, deviennent l'image universelle des larmes de ceux qui avaient fini par désespérer.
Et, timidement, on commence à reprendre courage à la fin de ce siècle de la barbarie.
Guy Wagner
P.S. 2005: Hélas, il court toujours, le salaud! Pour cela il a eu le secours d'un ministre Labour, Jack Straw. Décidément, nomen est omen: Celui-là a de la paille dans la tête...
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