„Yo estoy aqui para contar la historia“Le 90e anniversaire de Pablo Neruda
Il se fait très rapidement une renommée avec ses publications et des récitals de poésie. A dix-neuf ans, il publie son premier livre: „Crépusculario” (Crépusculaire). Suit un an plus tard: „Veinte poemas de amor y una cancion desesperada” (Vingt Poèmes d’amour et une Chanson désespérée). En 1927, Neruda
entre au service diplomatique. Il devient consul à Rangoon,
Colombo, Batavia, Calcutta, Buenos Aires. En 1932, il retourne dans
sa patrie, en 1933, il publie „Residencia en la tierra”
(Résidence sur la Terre). En 1946, Neruda dirige la campagne électorale de Gonzalez Videla, qui, après son élection comme président, se révélera être un dictateur farouchement anticommuniste. Le poète réagit par un discours au sénat portant le célèbre titre d’Emile Zola: „J’accuse!” Il peut à peine échapper à son arrestation et se réfugie à l’étranger. Son exil en Europe le conduit en URSS, en Pologne, en Hongrie, en Italie. Il visitera également l’Inde et le Mexique. C’est là que paraîtra en 1950 son „Canto General”, écrit dans la clandestinité. L’oeuvre est immédiatement interdite au Chili. La Bible du continent américain “Canto
General” est la Bible du continent américain. Dans
cet “opus magnum” de 342 poèmes, Pablo Neruda,
“mécanicien de l’âme” (Danae
Stratigopoulou), évoque en des images saisissantes la naissance
de ce continent et l’histoire des peuples qui y ont vécu,
qui y vivent, y souffrent et y luttent contre les oppresseurs venus
avec les armes pour exploiter les hommes et la richesse d’une
nature exubérante. C’est ce qui confère à
l’oeuvre son caractère universel. Cette poésie
“tellurique” (J.-P.Vidal) parle en des métaphores
puissantes, en des déferlements d’images et de rythmes,
de l’univers, au centre duquel il y a l’homme, l’homme
comme élément de la nature, qui en souffre et qui en
tire en même temps sa force. Les rapports entre l’homme
et la nature deviennent symbole et modèle pour les relations
entre les êtres. Jamais auparavant, une relation aussi forte entre une oeuvre poétique et un continent tout entier n’avait été établie, jamais un auteur n’avait exprimé aussi intensément et aussi radicalement son refus de la peur en face de l’oppression: “Mes vers ne veulent pas se soumettre à la vision déçue d’un monde en décrépitude, mais ils ne se soumettent pas non plus à une vague et douloureuse adoration de quelque chose qui n’a plus de signification vivante”, a dit Neruda. Quand il a obtenu le Prix Nobel en 1971, son “Canto” a été défini comme “le poème américain qui donne vie aux destinées et aux rêves d’un continent et dans lequel un continent prend conscience de sa valeur.” Une production remarquable En 1949, Neruda est devenu membre du Conseil Mondial de la Paix à Paris, en 1950, il obtient, ensemble avec Pablo Picasso, le Prix International de la Paix. Il rencontre la femme de sa vie, Matilde Urrutia qui l’inspire pour des poèmes d’amour d’une fulgurante beauté: „Cien sonetos de amor” (La Centaine d’Amour, 1959). De retour au Chili en 1952, il publie en 1954 les „Odes élémentaires”. En 1957, il
devient président de l’Union des Ecrivains chiliens,
l’année suivante il publie: „Extravagario”
(Vaguedivague). Cette même année, tout comme en 1964,
il soutient pleinement la campagne électorale de Salvador Allende
Goossens comme candidat à la présidence de la République.
En 1964, Neruda publie „Memorial de Isla Negra”,
le retour sur son passé et son rêve d’une humanité
plus fraternelle. En 1965, il est nommé “Doctor honoris
causa” de l’Université d’Oxford. En 1969, le parti communiste le désigne comme candidat aux élections présidentielles, mais Neruda renonce en faveur d’Allende comme candidat unique de l’Unidad Popular. Après l’élection d’Allende, Neruda accepte le poste d’ambassadeur en France. A Paris, il rencontrera Mikis Theodorakis. Celui-ci lui propose de mettre en musique un certain nombre de poèmes du „Canto General“ que Neruda et Allende sélectionneront. Theodorakis réalisera avec sa composition une de ses plus belles partitions, dont Neruda pourra encore entendre des extraits à Paris. C’est toujours à Paris que Neruda publiera „La espada encendida” (L’Epée de flammes) et „Las piedras del cielo” (Les Pierres du Ciel), livres, dans lesquels sa méditation sur la solidarité nécessaire et le silence du monde, atteint son expression la plus intense. Le 21 octobre 1971, Pablo Neruda obtient, après Gabriela Mistral en 1945 et Miguel Angel Asturias en 1967, comme troisième écrivain d’Amérique Latine, le Prix Nobel de Littérature. En 1972, il retourne au Chili et est triomphalement accueilli au stade de Santiago. Neruda rédige: „Incitacion al Nixoncidio y elogio de la revolucion” (Incitation au Nixoncide et éloge de la Révolution). Le 11 septembre 1973, la clique meurtrière autour de Pinochet et le CIA renverse le président élu du Chili, Salvador Allende, et l’assassinent. La maison de Neruda à Santiago est saccagée et ses livres sont jetés dans les flammes. Le poète et homme politique meurt le 24 septembre 1973. Son inhumation devient, malgré une surveillance policière effrayante, une manifestation de protestation contre la terreur fasciste. En 1974, l’autobiographie de Neruda: „Confieso que he vivido” (Je confesse que j’ai vécu), paraît à titre posthume. Tous ses écrits prouvent qu’il est aujourd’hui plus indispensable que jamais. A lire: J. Marcenac: Pablo Neruda, Seghers, 1971 - E. Rodriguez-Monegal: Le voyageur immobile, Gallimard, 1973 .
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