Editorial
Le cœur n’est décidément pas à la fête
à la fin de cet effrayant millénaire
Eh non, le cœur n’y est pas, même si de plus en plus de gens s’adonnent au plaisir du tout-achat en cette période de fêtes et qu’on dépense allègrement les sous qu’on croit avoir en trop, et même ceux qui manquent.
Mais seules les innombrables illuminations procurent quelque lumière dans la sinistrose atmosphérique qui nous plonge de plus en plus dans une morne résignation.
Ne l’avons-nous pas toujours dit? La catastrophe climatique nous guette, le réchauffement du globe se fait de plus en plus ressentir.
Les tempêtes se font plus violentes, les crues augmentent – voyez en Grande-Bretagne et sur les côtes bretonnes – les dépressions dépriment, nous nous enfonçons dans le brouillard, et ces salauds d’Américains ne sont même pas capables de se mettre d’accord avec les autres sur une réduction de la concentration de gaz à effet de serre.
Conséquences: «Intensification du cycle hydrologique et donc perturbation du régime des pluies, hausse du niveau des mers par dilatation thermique et fonte des glaciers, modification des écosystèmes et de la végétation avec une "migration" de 100 à 500 km vers le nord, une recrudescence des maladies infectieuses comme le paludisme, la dengue, la fièvre jaune, due à l’extension de l’aire de répartition et à la période de reproduction des vecteurs… Voilà donc le futur apocalyptique promis à la Terre et à l’humanité qui l’habite».
Quoi, nous devrions avoir recours à des mesures nationales de réduction des émissions?, demandent nos chers alliés américains, les plus gros pollueurs de la planète, car pour eux c’est le sacro-saint marché qui doit «arbitrer le lâcher de gaz», un marché d’achat et de vente du «droit à polluer l’atmosphère»!
Atmosphère, atmosphère. Vous avez dit atmosphère? C’est pas seulement l’atmosphère, c’est le globe tout entier qu’ils polluent!
Les maîtres du monde ne se gênent plus depuis qu’ils sont l’unique super-puissance, car il n’y a pas de contrepoids à leur expansionnisme et à leur volonté de domination et de colonisation économique du monde entier. Ils ont capoté les négociations de La Haye et les discussions d’Ottawa et ils ont empêché avant hier encore une nouvelle rencontre à Oslo.
Pis. A la moindre occasion qu’ils croient leurs privilèges en danger, voilà qu’ils déclenchent des batailles et guerres économiques et prennent des mesures de rétorsion.
L’Europe dans tout ça?
Et nous que faisons-nous?
Nous nous bagarrons – à Nice et ailleurs – pour le nombre de voix et nous nous pourfendons les gueules pour des droits de veto, des pondérations et des repondérations, des commissaires en moins et des sièges en plus, des équilibres institutionnels, des répartitions de compétences et des minorités de blocage.
Tout cela à la manière de marchands de tapis orientaux. Et ça s’appelle alors un «sommet»?
Où sont les visions, où sont les ambitions, où sont les… rêves de ceux qui font l’Europe «unie»?
Aujourd’hui-même et demain, ils sont réunis à Bruxelles, les ministres des transports, et ils vont encore une fois tenter de renforcer la réglementation contre ces navires-poubelles qui sillonnent nos mers, mais il est à craindre que ce ne soit à nouveau en vain, car il y a les fameuses «réticences» des homologues scandinaves et grec.
Va-t-on s’acharner à ne pas légiférer pour que des armateurs véreux puissent continuer de bafouer les règles de sécurité et que d’autres «Erika» et «Ievoli Sun» viennent s’échouer sur les côtes, souiller les plages et les rivages et faire crever la faune et la flore?
Signalons seulement dans ce contexte que l’hebdomadaire spécialisé «Le Marin» vient de consacrer sa « une » aux… 115 naufrages et aux 24.000 décès recensés dans le monde en un an de ces dépotoirs flottants!
Et même pour notre bifteck, on n’est plus tellement rassuré, car elle nous rend dingues la maladie de la vache folle, et elle désespère les agriculteurs. Comme si on n’avait pas su depuis longtemps que faire d’herbivores des cannibales, cela ne pouvait pas, à la longue, être bénéfique à la santé de tout le monde, des animaux et des hommes. Mais il est toujours si édifiant de se lamenter après coup.
Et les fabricants de nourriture animalière, qu’en est-il? Où sont-ils? Et surtout, qui sont-ils?
Qu’est-ce qu’ils foutent avec la merde qu’ils appellent «farines pour l’alimentation»?
Qui a récemment parlé d’une enquête à faire dans ces milieux-là?
Ah oui, l’année passée, il y a eu des Belges, – ou étaient-ce des Hollandais? – qui étaient soudain dans le collimateur de la justice! Mais il n’y avait pas là de quoi faire un cas, n’est-ce pas?
Quant à tous les autres empoisonneurs publics, dans tous les recoins de cette Europe si désunie, de quelle protection profitent-ils pour qu’on parle si peu d’eux…?
Il y a évidemment bien plus à parler des «affaires» des uns et des autres, des scandales et des marchés noirs, des financements obscurs et occultes, des pattes graissées et de je-ne-sais-quoi encore.
Chirac et Kohl, même combat? Contre la justice?
Nous ne méritons pas mieux
Et pendant ce temps, la chère Europe fait les yeux doux à ce cher Poutine. Vous savez, celui qui rase la Tchéchénie et se tait sur ses sous-marins qui coulent dans les eaux glacées. Les droits de l’homme, c’est quoi, ça?
Détrompez-vous, ce ne sera pas mieux pour le nouveau locataire de la Maison Blanche, car la farce est finie, la catastrophe peut commencer.
George Dead Man Walker Bush est devenu, grâce au bienveillant secours de la Cour Supérieure des Etats-Unis, grâce aux Républicains aux postes-clé du pays et à son petit frère Jeb, gouverneur de cet Etat de Floride florissant de corruption et de magouilles, le 43e président des USA.
Maître Gaston Vogel, dans une lettre à l’éditeur du «Tageblatt» du 9 décembre, nous a déjà permis de goûter aux abîmes de savoir et de connaissances spirituelles et philosophiques de ce fils-à-sinistre-papa, – celui qui avait déclenché l’affreuse Guerre du Golfe pour permettre aux marchands de canons de faire une démonstration sur le vif de l’état avancé des nouvelles technologies en matière d’armements.
Ainsi, dans «God’s Own Country» le pouvoir passé maintenant de Père en Fils, mais l’Esprit, lui, est singulièrement absent.
Mais déjà, on se rassure. Chirac ne vient-il pas de rencontrer le «nouveau»? Donc, tout est bien dans ce meilleur des mondes possibles.
Question subsidiaire à mille euros: Quand il a serré la main à George Triple Zéro Bush, plus de cent quarante fois exécuteur en chef des basses œuvres de l’Etat du Texas, Chirac, y a-t-il senti comme du sang caillé?
Non?
Guy Wagner
Un moment de lumière quand même dans la morosité.
Jeudi et vendredi dernier, au concert hebdomadaire de l’OPL, il y avait une jeune violoniste… de treize ans. Elle s’appelle Maria-Elisabeth Lott. Elle a interprété le concerto de Mendelssohn avec un sourire tellement heureux qu’elle donnait chaud au cœur.
L’Esprit, décidément, souffle où il veut.
Bonnes Fêtes.