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Morale
et politique
Quand un pays n'a plus de principes moraux, il se trouve
en état d'infériorité et de faiblesse.
Les pieds-nus vietcongs étaient plus forts que
les tout-puissants Américains, parce que leur
lutte se basait sur des principes moraux. Cela est bien
pour nous, parce que c'est un espoir qui dit que l'homme
est plus fort que la machine.
Remplir les mots d'un contenu
Il faut donner une nouvelle prise de conscience au peuple,
il faut remplir les mots de nouveaux contenus, parce
que tous les mots en ,,-isme" sont devenus vides
de sens et ne restent plus que des mythes, une mythologie.
Il faut donc dénoncer les mensonges et dire la
vérité, bien que la verte au début
fasse mal et que la réaction soit négative.
Mais il ne faut pas désespérer.
Pourvu qu'un
germe seulement tombe dans l'âme de l'homme, plus
tard, il poussera un arbre... |

Ne pleure pas la Grécité...
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Mes deux livres -
i.e. "Journal de Résistance", "Culture
et dimensions politiques" - que j'ai écrits quand
j'ai été incarcéré et déporté,
ont fait mal, et moi j'ai souffert le plus. On me lance des
injures, on répand des mensonges, surtout les communistes,
et je sais que ceux qui le font, sont au fond sincères
et honnêtes: ils souffrent eux aussi. J'ai la certitude
qu'un jour ils reviendront. Il est pourtant nécessaire
de trouver un point d'appui d'où on peut repartir grâce
à la réflexion et surtout à l'action.
La gauche en Grèce
La vérité sur la gauche en Grèce est la
suivante: En Grèce il y avait un parti communiste qui
était en tête du mouvement de libération,
mais après la guerre civile, à la suite de rivalités
et de luttes idéologiques internes, il a commencé
à être morcelé. Finalement après
le 20e Congrès, on a réussi à faire une
nouvelle unité au sein du parti, mais cela n'a pas empêché
50% de rester déjà en dehors du parti. L'unité
d'ailleurs n’était pas de longue durée,
et maintenant il y a trois tendances.
J'étais extérieur à toutes ces luttes internes.
J'ai vécu la guerre civile et connu le camp de concentration
de Makronissos. J'ai compris que le P.C. grec n'était
pas capable de nous amener en avant.
J'étais un simple militant et j'avais perdu déjà
une dizaine d'années de ma vie dans les batailles, dans
les camps, j’avais perdu ma santé et tout, et il
me fallait d'abord redevenir un homme. Je n'ai pas pu prendre
publiquement position, parce que le parti, était très
fort à ce moment-là. Or, j'aurais dû faire
une critique très sévère du parti et j'aurais
été dénoncé par lui comme un agent
de la police, un agent trotskiste et que sais-je, sans que ma
critique eût porté ses fruits. J'ai adressé
une lettre avec mes explications au parti, elle n'a pas été
rendue publique. Si alors je l'avais fait publier dans un journal
bourgeois, cela aurait été pour le P.C. la preuve
que l'étais un agent.
Quand au début des années 60 je retournai de France
en Grèce, j'étais décidé de créer
un nouveau mouvement, parce que mes amis et moi nous étions
toujours fidèles aux idéaux du socialisme, tels
que nous les avions défendus durant la résistance.
Je commençai le mouvement culturel qui était tout
de suite dénoncé par le parti communiste. Malgré
cela, mes idées et ma musique prirent une importance
nationale extraordinaire, et le parti a changé de ligne
et a récupéré ma musique et mes chansons.
Il exerçait même un chantage: si tu ne reviens
pas à nous, tu seras dénoncé comme un agent.
L'affaire Lambrakis
Nous avions contacté Lambrakis qui lui aussi avait de
grandes difficultés avec le parti. Nous souhaitions qu'il
se ralliât au mouvement que nous allions constituer. Quand
alors il a été assassiné, la manifestation
en sa faveur devenait la consécration de moi comme chef,
parce que j'étais dans ma ligne, et les funérailles
devenaient des funérailles de combat, malgré l'opposition
du parti qui voulait des funérailles passives, sans slogans
ni rien. Mais la jeunesse était avec moi et le "Mouvement
Lambrakis" est né. Le lendemain le parti m'a demandé
de faire le mouvement. On me disait: Tu peux le faire, mais
pour que la gauche ne soit pas divisée, on va faire une
organisation d'ensemble avec une direction commune. C'est ce
qui arrivait, et j'étais à la tête du mouvement,
mais je n'étais pas dans le parti. Et finalement quand
on a commencé la résistance contre les Colonels,
c'est moi qui ai pris la tête avec les "Jeunesses
Lambrakis", et le parti a encore réagi.
Etant donné que plus tard J.-J.Servan-Schreiber, qui
a tiré un grand capital politique du fait de m'avoir
amené en France, a déclaré que Théodorakis
n'était pas ou plus communiste et qu'à ce moment-là
je ne pouvais me défendre qu'en rentrant au P.C. pour
arrêter cette cabale, je suis entré au P.C. intérieur.
J'y suis aussi entré avec l'espoir que je pourrais faire
à l'intérieur de lui ce centre de renouveau et
d'espérance, mais j'ai échoué, parce que
les cadres du parti, bien que la tendance Kolyiannis d’obédience
soviétique, n'y soit plus représentée,
sont restés les mêmes, avec une mentalité
stalinienne.
J'ai donc quitté en mars 1972 une fraction de trois fractions
du P.C. qui n'ont en tout plus qu'une influence de 5% de tous
les communistes grecs, afin de créer le grand mouvement
qui se veut un parti révolutionnaire, populaire de changement
radical, de démocratie et de liberté.
Un mouvement populaire grec
Le stade de nos réflexions est presque achevé.
Nous sommes en train d'élaborer une nouvelle idéologie
pour unir toutes les forces qui ne sont pas pour le status quo,
qui veulent un changement en vue du progrès et de la
libération de l'homme. Nous sommes dans le processus
qui consiste à faire une analyse nouvelle, baisée
sur une idéologie vraie qui reflète la réalité
grecque et internationale. Je peux vous dire qu'au moment où
nous aurons trouvé la vérité et défini
notre ligne d'action, il y aura un changement, parce que le
contrôle du pouvoir est moins important que le contrôle
des consciences. Or le peuple grec "sait", et maintenant,
il est victime de son savoir, un savoir qu'il a gagné
par des sacrifices et des souffrances.
Retourner en Grèce
Même si actuellement le noyau de notre mouvement se trouve
hors de la Grèce, cela ne constitue pas de problème.
Les idées ont la faculté de circuler et de traverser
les frontières: l'essentiel est que le terrain soit propice.
Nous aurons moyens de faire connaître nos idées.
Nous allons lancer une revue en grec: "Les Cahiers de la
Démocratie" qui sera diffusée clandestinement.
Nous sommes en contact serré et organique avec des groupes
qui vivent et travaillent à l'intérieur de la
Grèce. De plus il y a des personnalités très
importantes qui vont prendre des initiatives pour la constitution
du mouvement. Si la tête du mouvement, la tête idéologique,
se trouve en dehors de la Grèce, nous voulons que son
visage politique clandestin soit à l'intérieur
de la Grèce, et ceux de nos camarades qui y sont, nous
ont dit que dans les prochains mois, ils seront en mesure de
créer le noyau du mouvement qui dépendra de la
valeur et de l'importance des idées que nous lançons.
Si ces idées sont celles que recherche le peuple, cela
ira vite, parce que le peuple a soif d'idées. Si le "Mouvement
de Renaissance pour le Socialisme" est organisé,
je suis prêt pour la lutte finale qu'on va porter à
l'intérieur de la Grèce. A ce moment-là,
il ne sera pas exclu que sous le contexte de nouveaux rapports
de force, je retourne en Grèce. Il est possible aussi
que je n'y retourne pas ou que j'y retourne clandestinement,
s'il y a une possibilité d'aider ainsi le mouvement.
Mais je vous assure que pour la première fois de ma vie
je me sens l'âme tranquille, parce que maintenant tout
ce que je défends, c'est ce à quoi je crois, c'est
ce que je crois.
Un nouvel internationalisme
Au niveau international nous menons une action extrêmement
dense et nous avons des contacts avec de nombreux groupes, équipes,
personnalités, organisations qui sont comme nous. Ainsi,
p. ex. avec le Parti Vénézuélien MAS (Mouvement
au socialisme) qui a à sa tête les partisans communistes
qui sont en dehors du parti dogmatique stalinien, ainsi avec
le P.C. israélien indépendant, mais aussi, en
tant que mouvement avec Mitterrand avec qui nous sommes tombés
d'accord de continuer la collaboration, parce que je considère
que Mitterrand représente les forces du socialisme nouveau.
Au niveau international nous essayons donc de trouver les forces
frères, et la bataille finale, se jouera aussi sur le
plan international. Nous essayons de trouver un nouvel internationalisme
sur la base de la recherche de la libération de l'homme
par la voie au socialisme, un socialisme qu'il faut revoir du
début.
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