I
La grande
avenue la grande avenue
pleine de gens rassasiés lumineuse brillante
à droite les bus à gauche les piétons
les égouts à leur tour attendant les crachats
la pisse des chiens mourants
les piétons mourants achètent la mort
des glaces des pépins de citrouille des préservatifs
juste sous l’enseigne
« Magasin de chaussures »
je me suis arrêté soudain pour regarder
ou plutôt sans rien regarder de précis
regardant probablement dans mon for intérieur
et n’y trouvant rien
absolument rien
ni lumières ni vitrines ni publicité
pas même d’égouts
j’ai réfléchi sur la grande erreur
la grande erreur d’avoir réfléchi
sur la grande avenue la grande avenue
le bus les chiens
et ceux qui allaient bientôt mourir.
II
Notre époque
est mutilée * elle a débuté vaniteuse
comme un paon
avec étendards et tambours
elle a prolongé sa respiration dans la mort *
a répandu du jasmin et du miel
a caressé a cajolé s’est enivrée
c’est une foule d’anciens esclaves * et
de prisonniers actuels
qu’elle a trompée
III
Je suis redevenu
l’autre que j’étais
au moment où je t’ai connue
c’est-à-dire quand j’ai cru que je
te connaissais
alors qu’en réalité j’ai vécu
le rêve
le rêve d’un cyclope
amoureux.
IV
Tu ne m’as
pas cru * et cela je le trouve naturel
parce que je sais que ma voix * se perd
dans les vastes horizons
dans les pièces sombres * et dans les miroirs
et ce saxophone
que tu as étranglé
regardant par-dessus mon épaule * ma vie oubliée
comme un vêtement * à côté
du bateau rouge
de juillet.
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