„Le maître
de la couleur“
Henri Matisse est né,
il y a 125 ans, il est mort, il y a 50 ans
Au Salon
d'Automne de Paris de 1905, se trouvaient réunies des oeuvres
de Derain, Rouault, Vlaminck, Matisse („La femme au
chapeau“). C’étaient des oeuvres éclatantes
de couleurs.
Un critique de l'époque, Louis Vauxcelles, passait par
là. Il y découvrit aussi une sculpture d'Albert
Marque évoquant Donatello et s'exclama: „Donatello
parmi les fauves!" |
|
Les
„Fauves“
Ce qui
n'était qu'ironie, devint vite expression consacrée:
Le „Fauvisme“ était né...
Il n'y
aura cependant pas de fauvisme cohérent, il y aura des
fauvistes turbulents et des fauvistes disciplinés, un
fauvisme d'instinct et un fauvisme d'intellect et de calcul,
il y a Vlaminck et Derain, et il y a Matisse et Rouault, Marquet,
Manguin, Camouin, Puy...Tous rendront la couleur plus libre.
Ils peignent les ombres non seulement en teintes froides, mais
aussi en rouge, en mauve. Les complémentaires n'existeront
plus pour eux, ils recherchent au contraire la "dissonance",
et surtout: ils refusent totalement le clair-obscur et ne construisent
la forme qu'à partir de la couleur et de la ligne, colorée
elle aussi, et de ce fait elle sera loin d'être, comme
dans le passé, symbole de la précision. Tous garderont
aussi leur autonomie et auront une évolution propre.
Henri
( Émile Benoît) Matisse (1869-1954), le „maître
de la couleur" (J.E.Muller), trouvera un langage nouveau
qui lui permettra de laisser à la couleur sa pureté,
sans que le tableau ne perde de plasticité. Ce langage
lui donnera la possibilité de refuser la perspective,
le clair-obscur, le modelé, sans que le tableau ne perde
le volume ni l'idée de l'espace. Matisse y réussit
plus particulièrement encore dans sa démarche
s’appuyant sur la ligne naissant de la correspondance
et l'analogie entre les formes: l'arabesque. |

Le bonheur de vivre (1905-06) |
Vie d’artiste
Considéré
comme un des plus grands peintres français du 20e siècle,
Henri Émile Benoît Matisse naquit le dernier jour
de l’année 1869 à Le Cateau-Cambrésis
dans le Nord de la France. Il ne montra dans sa jeunesse guère
d’intérêt pour les arts, mais monta à
Paris en 1887 pour des études de droit. En 1890, pendant
sa reconvalescence après un opération de l’appendicite,
il passa le temps, en s’essayant à la peinture
avec des couleurs à huile que sa mère lui avait
achetées. Fasciné, il commença à
étudier les arts en 1891 avec le peintre et pédagogue
Adolphe Bouguereau à l’Académie Julian,
mais le quitta bientôt et commença à travailler
avec un artiste plus flexible, Gustave Moreau, qui avait aussi
Georges Rouault comme élève. Matisse excella comme
copiste, mais quand il découvrit les toiles de Pissarro,
Cézanne, Monet, Van Gogh et Gauguin, la vie facile de
copiste perdit tout intérêt pour lui. Il commença
à expérimenter avec les contributions révolutionnaires
de l’impressionnisme et du pointillisme (après
avoir fait connaissance en 1903/4 de Henri Edmond Cross et de
Paul Signac) et à développer une approche radicalement
nouvelle de la couleur qu’il employa dans une approche
structurelle plutôt que descriptive. |

Carmelina (1903) |
Ses peintures, avec leurs larges surfaces de couleurs plates
et pures irritaient la critiques. Malgré cela, il trouva
bientôt à l’étranger des acheteurs
pour ses tableaux; ce fut notamment une grande dame de la littérature
et des beaux-arts, la légendaire Gertrude Stein.
Dans
la sensationelle „Armory Show“ de 1913 à
New York qui introduisit l’art moderne européen
aux Etats-Unis, Matisse était représenté
par treize peintures. Le chef-d’oeuvre de cette première
période sera cependant une séries de grandes toiles
intitulées „La Danse“ (1910). |

La Danse (1910) |
L’homme libre
Matisse
cessa ses relations avec les fauvistes vers 1907. Après
cela, il n’appartenait plus jamais à aucune école
ni mouvement, étant convaincu qu’un artiste ne
devait pas devenir prisonnier d’un style ou de sa réputation.
Il prouva une étonnante versatilité, passant d’un
style austère et géométrique qu’il
adopta sous l’influence du cubisme („Les Marocains“,
1916, „La Leçon de Piano“, 1917),
à des peintures opulentes et décoratives. Il voyagera
beaucoup: au Maroc („Odalisques“ et arabesques),
en Corse, en Italie, en Espagne, à Tahiti, et chaque
fois il ramena de nouvelles couleurs, de nouvelles formes, souvent
exotiques, de nouvelles images qu’il ajoutera à
son langage.
|

L'Odalisque au coffret rouge (1926) |
|
Matisse s’était marié en 1898. Il s’établit
avec sa famille dans la banlieue de Paris, ayant un studio à
Paris et un autre à Nice. Quand, en 1941, à la
suite d’une opération intestinale, il restait à
demi paralysé, il s’établit définitivement
à la Côte d’Azur, continuant de peindre et
surtout de réaliser à partir de 1944, quand il
était souvent cloué au lit, des „découpes“,
i.e.: des collages sur support blanc à partir de papiers
de couleurs intenses. Ces oeuvres constituent l’accomplissement
de sa démarche pour libérer les couleurs de leur
fonction traditionnelle et pour en faire le fondement d’un
nouvel art décoratif d’une exceptionnelle originalité.
Henri
Matisse mourut à Nice, le 3 novembre 1954, ayant joui
pendant de longues années d’une popularité
internationale, de la faveur des collectionneurs, des critiques
d’art et des jeunes générations d’artistes.
Il laissait derrière lui une oeuvre immense dans tous
les domaines des arts, la peinture, la sculpture („La
Serpentine“, 1909), la gravure, la lithographie.
Il réalisa aussi des dessins pour des tapisseries, des
décors pour plusieurs ballets de Sergei Diaghilev et
des illustrations pour des livres, et notamment les „Poésies“
de Stéphane Mallarmé (1932). Son ultime chef-d’oeuvre
fut la décoration complète: vitraux, meubles et
peintures murales pour la Chapelle des Dominicains à
Vence, où il avait possédé une villa de
1943 à 1948.
Homme
libre, Matisse avait mis en évidence dans sa démarche
créatrice l’importance de l’intuition et
de l’instinct pour la réalisation d’une oeuvre
d’art, convaincu qu’il était que l’artiste
n’avait pas de contrôle complet sur les couleurs,
les formes et les lignes, mais que celles-ci dictaient à
sa sensibilité comment elles pouvaient être utilisées
en relation l’une par rapport aux autres. Sa joie de s’abandonner
au jeu des couleurs et des formes était à l’origine
des intensités rhythmiques de ses figures souvent distordues,
mais elles l’étaient, parce qu’ainsi elles
obéissaient aux lois de l’harmonie qui régissent
une création artistique. |

La Serpentine (1909)

Nu bleu IV (1952)
|
.
© Guy Wagner, kulturissimo (Tageblatt) - 3.11.1994
Retour articles
de presse...
|
|