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Si tu peux voir détruit
l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans soupir;
(…)
Si tu peux supporter d'entendre tes
paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot
(…)
Si tu peux rencontrer Triomphe
après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance
et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.
Rudyard KIPLING
Quand les
événements se bousculent, les commentaires vont bon
train. Les racontars aussi, les petites phrases récitées
à demi-mot, les allusions furtives qui voudraient insinuer qu'on
en sait plus, bref, tout ce qui fait la jubilation perverse de ceux qui
voient une raison (d'être) dans la médisance de l'autre,
et on en connaît suffisamment chez nous. Ils ont même leur
hebdomadaire du vendredi.
Cela leur
permet de mieux étouffer leurs propres frustrations permanentes.
Les
événements des derniers jours ont permis le
déclenchement d'une battue. La principale victime en a
été un homme politique, auquel, jusque-là, la
classe politique n'avait guère rien à reprocher.
Homme de
principes et de travail, Johny Lahure, – car il s'agit bien de lui, –
avait accepté les responsabilités qu'on lui confiait,
quitte à ce qu'il sache, combien elle étaient lourdes et
combien les ministères dont il allait assumer la charge,
étaient des ministères "à risque(s)", qui, dans le
passé déjà, avaient toujours fait plus de torts
à leurs détenteurs qu'ils ne les aient popularisés.
Mais
étant donné que ce n'étaient ni la
popularité ni le populisme qui étaient pour lui les
aiguillons, il les a assumés.
Il en devenu
la victime toute désignée.
Il n'est pas
de notre propos d'analyser ici le dysfonctionnement du financement dans
le ministère de la Santé; une commission instaurée
par le Parlement a été instituée pour qu'on y voie
plus clair. On attend qu'elle fasse la lumière, toute la
lumière, – comme on dit.
Qu'il nous
soit seulement permis de nous interroger comment, – malgré les
instances de contrôle telles la Cour des Comptes et l'Inspection
Générale des Finances qui, dans d'autres circonstances et
pour des peccadilles, y ont trouvé un cheveu, – pareilles
pratiques aient pu devenir "monnaie courante". Cela également,
comme a dû le concéder le Ministre du Budget, dans
d'autres ministères, et cela depuis presque deux
décennies au ministère de la Santé, sous d'autres
ministres de tutelle donc, et sous d'autres constellations politiques.
Ce qui pourrait bien expliquer pourquoi le principal parti d'opposition
n'a pas encore déclenché la curée contre le
gouvernement.
Cependant,
jusqu'à ce jour, aucun ministre responsable, dans aucun
ministère, n'a tiré les conséquences de quelque
dysfonctionnement que ce soit, alors que dans un passé pas
tellement récent, pour des causes également importantes,
des ministres avaient publiquement déclaré
démissionner au cas où…
Or, personne,
ces dernières années, ne l'a fait.
Johny Lahure,
quant à lui, il a parfaitement compris qu'à un moment
donné, il y a quelque chose qui vaut poste, titre, gloire
publique, c'est la dignité personnelle. Aussi n'est-il nul
besoin de parler de "l'honneur perdu de Johny L. ",
(même si on ajoute un point d'interrogation), mais de constater
que ceux qui croyaient la chasse ouverte contre la personne du
ministre, y sont pour leurs frais, d'autant plus que celui-ci n'a pas
eu honte de montrer combien il souffrait de ce qui lui arrivait. Cela
l'a rendu humain et lui a conféré cette
authenticité qui manque trop souvent aux personnalités
politiques.
Mais, en fait,
il est permis de se poser la question si, à partir de cet
événement pénible et au sortir d'une purification,
d'une "katharsis", souhaitable à la vie politique de chez nous,
on ne pourrait pas aboutir à une nouvelle morale?
À un
discours droit, clair qui pourrait exemplifier combien la langue de
bois est peu appropriée à résoudre les
problèmes qui se posent à la société
d'aujourd'hui, non seulement dans le domaine économique ou
social, mais dans celui, plus essentiel, de la convivialité, de
la prise en compte de la nécessité d'une
solidarité qui seule peut créer les bases du prochain
millénaire, bref, d'une authentique "culture".
Si le ministre
démissionnaire, par son acte clair et simple avait
contribué à déclencher pareil processus, il aurait
bien mérité du pays.
Guy
Wagner
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