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Robert Krieps - Le premier des justes

Défense des idéaux humanitaires



Robert Krieps: celui qui nous manque
Quand Robert Krieps n'a plus voulu être ministre, nous savions qu'il nous manquerait.

Certes, il demeurait présent à des réunions, il faisait figure de sage, voire de mage. Au Parlement Européen, il défendait ses causes: le droits de l'homme, la juste justice, l'éducation et la culture pour tous. Il y attaquait, comme toujours, la bête immonde, il en défiait l'incarnation la plus dégoûtante, Le Pen...

Mais, il n'était plus chez nous, avec nous, pour crier gare, pour crier halte, pour dire tout haut ce que personne n'osait dire tout bas, pour être la conscience vivante et toujours attentive de ceux pour qui les idéaux de liberté, d'égalité, de fraternité, de solidarité et de tolérance bien comprise sont plus que des mots, des concepts rabâchés, car lui incarnait ces principes, il les vivait.


Voilà pourquoi, il était tellement important, qu'il ne cessât de nous dire que la politique se devait d'avoir une morale. Depuis Strasbourg, il nous le rappelait, et quand on se rencontrait, il ne manquait jamais de nous rendre attentifs aux signes qui ne pouvaient pas le tromper.

Il nous a quitté pendant ces vacances ensoleillées sans crier gare, et tous ceux qui ont travaillé avec
lui, pour qui il était plus que le père spirituel, le ministre, le président du parti, l'ami, se trouvent désemparés. Nous réaliserons seulement plus tard ce qu'il a été pour nous, malgré ses contradictions, malgré tout ce qu'on ait pu lui reprocher aussi, car il n'était pas facile à vivre et il prenait des risques. Nous savons cependant déjà - et nous l'avons toujours su - que c'est lui, le premier des justes, qui a posé les fondements, politiques, éducatifs et culturels, des dernières décennies.

Ses adversaires le devinaient aussi, dès le début de la coalition de centre-gauche qui a créé la grande mobilisation sociale et culturelle. D'où des attaques inqualifiables contre lui et contre sa politique d'une libéralisation dans le domaine de la justice, de l'établissement de l'égalité entre femmes et hommes, d'un enseignement donnant plus de chances aux défavorisés et d'une culture au service de tous, bref, d'une démocratie vécue. Pour lui, pour tous ceux qui luttaient avec lui, les années 1976 à 1978 ont été terribles, mais Robert Krieps n'a pas cédé et il nous a donné du courage quand nous nous savions abattus, - le courage qui a toujours été le sien.

Il faut continuer. Continuer, en nous inspirant de son exemple et de son courage. C'est le meilleur hommage que nous puissions lui rendre et nous inclurons dans cet hommage René Mart, un frère spirituel de Robert Krieps dans la défense des idéaux humanitaires et Frank Wolff qui, comme lui, a œuvré et vécu pour défendre l'environnement, pour défendre la vie.

© Guy Wagner, Kulturelles Tagebuch, Phare, nouvelle série n°15 - 29.9.1990

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