Editorial Kosovo: Ces questions qu'on est en droit de se poser,
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Le but proclamé par l'OTAN pour lancer ses frappes contre la Yougoslavie était, si je m'en souviens bien, de rendre au Kosovo l'autonomie que Tito lui avait accordée et que Milosevic lui avait enlevée en 1989, et de faire respecter par ce salaud-là les libertés élémentaires des habitants non-serbes de la province. Il y a bien eu la conférence de Rambouillet. Or, qu'est-ce qu'on nous a raconté sur son échec? Qu'après sa reprise, Milosevic a posé de nouvelles conditions inacceptables par le Groupe de contact sur l'ex-Yougoslavie: États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Russie, et a refusé de faire stationner sur le territoire de la province des forces armées de l'OTAN. Mais au fait, qui a tenu à imposer au Kosovo ces forces-là pour veiller à l'application correcte des accords? Au risque de me répéter, il faut être conscient que cette présence était de fait totalement inacceptable pour le maître de Belgrade... et qu'on le savait! Je suis ainsi à me demander si on s'y est pris délibérément de la sorte, pour avoir le prétexte d'y aller. A aucun moment, en effet, on n'a cherché à proposer quelque autre force d'interposition, comme, par exemple, les casques bleus des Nations Unies. Pis, on est passé outre à l'ONU et à son Conseil de Sécurité, tant qu'à la Russie ou à la Chine... A l'occasion de la commémoration du cinquantenaire de l'OTAN, Robin Cook, se référant à Milosevic, a dit que celle-ci avait été fondée pour empêcher que des dictateurs de son espèce puissent avoir encore leur mot à dire et pour faire respecter la charte universelle des droits de l'homme. Mais, le Portugal, n'a-t-il pas été une dictature quand elle est entrée dans l'alliance atlantique? La Grèce n'a-t-elle pas subi de 1967 à 1974 une dictature mise en place avec le soutien des États-Unis et selon des plans de l'OTAN? La Turquie, en 1980, n'a-t-elle pas connu un coup d'État sanglant, dont les séquelles continuent à marquer les opposants dans la chair? Tortures, exécutions, disparitions y sont toujours à l'ordre du jour. Si j'accepte que des "interventions humanitaires" se fassent et qu'un "droit d'ingérence" puisse être revendiqué quand les droits de l'homme sont ouvertement bafoués et violés, j'aimerais quand même qu'on me dise aussi pourquoi, pour la première fois, l'OTAN a non seulement utilisé ce droit pour abandonner son rôle purement défensif, ancré dans ses statuts, et est devenue l'agresseur d'un État souverain; pourquoi elle a fait ce "saut qualitatif", dont les conséquences sont aujourd'hui déjà dramatiques. Je n'arrive pas à me débarrasser de l'idée que ce sont les seuls États-Unis qui ont ainsi su et pu braver l'organisation mondiale et court-circuiter un veto au Conseil de Sécurité pour s'imposer et faire imposer leurs vues, leur force et leur statut d'unique super-puissance dont le "diktat" devient la loi universelle. Il y a d'ailleurs eu en été 1998, après les attentats contre les ambassades US, des précédents, – des "tests", pour ainsi dire –, quand Clinton a ordonné le lancement de missiles de croisière contre des installations au Soudan et en Afghanistan ou en automne quand le même président et son valet Tony Blair ont repris les bombardements contre l'Irak, sans se préoccuper le moins du monde de l'avis des Nations Unies. Comme ces "tests" n'ont pas causé trop de remous et de vagues politiques, le chef de la Maison Blanche a non seulement pu s'aventurer à affirmer, sans trop de résistance, qu'il utiliserait "la force chaque fois que les circonstances l'exigeaient", mais aussi à le faire. L'OTAN est ainsi devenue pour les USA le gourdin de leur politique dominatrice planétaire. Il faut alors se poser une autre question, le corollaire de la précédente: Pourquoi ce "droit d'ingérence" n'a-t-il jamais été appliqué jusqu'à présent? On me dira qu'il faut un début à tout. D'accord, mais alors il faudra, au nom des grands principes, également une continuation à tout. Signalons seulement qu'il y a une intolérable répression et terreur contre des citoyens pourchassés, torturés, éliminés en raison de leur race, religion, appartenance ethnique au Tibet, en Palestine, en Turquie, pour ne citer que ces cas les plus flagrants. Quand donc y aura-t-il des bombardements contre la République Turque de la Chypre du Nord autoproclamée? Quand des troupes terrestres entreront-elles dans ce Tibet annexé depuis presque cinquante ans? Pour quand envisage-t-on une autonomie pour les vingt millions de Kurdes dispersés sur trois pays? Quand prendra-t-on la défense des Palestiniens et de leur droit légitime à une patrie? A-t-on seulement entendu proférer une seule menace contre un de ces violeurs-là des droits de l'homme? Force est d'affirmer qu'il y a, comme toujours, deux poids, deux mesures. Force est de constater que le jeu est joué par un seul, l'Oncle Sam, les autres ne faisant qu'expliquer les règles qu'il modifie et adapte à chaque coup. Force est surtout de se rendre compte qu'avec le déclenchement des opérations de guerre au Kosovo, les violences qu'on a prétendu vouloir empêcher n'ont qu'empiré, et tout ce que Milosevic et ses sinistres acolytes s'étaient proposé de faire, il l'ont exécuté pour ainsi dire sous le couvert des bombes et avec une brutalité qui n'a fait que s'accroître avec la rage de ses sbires de voir leur pays soumis à des frappes de plus en plus terribles. Force est d'enregistrer qu'après presque deux mois de frappes aériennes monstrueuses causant des torts indicibles et indescriptibles à la population serbe (où un seul est vraiment épargné: Milosevic!), aucune proposition de paix n'a été acceptée par les USA, qu'elle provienne des alliés comme l'Allemagne ou l'Italie, ou des Russes, ou encore de riverains de la Serbie. Force est donc de se demander si tout simplement les États-Unis ne font pas tout ce qu'ils peuvent faire pour empêcher une paix négociée. Cela expliquerait aussi l'incroyable "bavure" du bombardement de l'ambassade de Chine, car après ce bombardement, ils pouvaient être certains que les Chinois bloqueraient une résolution au Conseil de Sécurité: De quoi empêcher donc à coup sûr que les Nations Unies reprennent une quelconque importance et se remettent à jouer un rôle. De quoi aussi gagner un temps précieux pour encore cogner, frapper, pilonner, bombarder, chirugicaliser, graphiter, annihiler, désintégrer... Basta!... Refusez d’obéir, Refusez de la faire, N’allez pas à la guerre... Guy Wagner
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© Guy Wagner, kulturissimo (Tageblatt) - 19.5.1999 Retour articles de presse... |
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