Le choc est rude de ne plus le savoir parmi nous. Réaliser ce fait, montre déjà le vide qu’il laisse. Le vide d’une „conscience“, le manque d’une présence de droiture, l’absence d’une voix de sagesse.
Encore que nous ne nous soyons vus ni parlé si souvent: le fait qu’il ait été là quand il le fallait, le fait de pouvoir réaliser un échange impossible avec un autre que lui, suffisait.
Et puis, il y a eu pour nous chaque mois une enveloppe avec l’adresse écrite de sa fine écriture et un texte dactylographié: sa nouvelle collaboration pour le prochain numéro de kulturissimo.
Elle arrivait avec une constance et une régularité remarquables, et les Editions Le Phare – kulturissimo ont été ô combien fiers de publier pour les 80 ans de Nic en 2008 un choix de ces textes sous le titre Coïncidences.
Combien ils sont pertinents, montrant sans la moindre présomption l’immense savoir, l’érudition, la connaissance parfaite de cet homme des événements et des riens qui font le quotidien et l’histoire. |

Nic Klecker
(Photo: Marie-Jeanne Hemmen) |
Combien ils étaient imprégnés de son engagement exemplaire pour un monde plus humain. En effet, les fameux droits de l’homme – de l’être humain, comme il aimait dire – si souvent cités à tort et à travers, prenaient chez lui leur valeur essentielle, sinon existentielle.
L’image qu’il a évoquée tout récemment encore dans kulturissimo de décembre 2009 d’une petite fille noire au ventre gonfl é et à la t ê te ratatin é e qui avant de s’ é teindre eut le bonheur de sentir sur ses l è vres le go û t d’une orange, non, elle ne nous quittera pas de sitôt.
Combien ils étaient gratifiants, les échanges avec lui, car Nic n’était pas de ceux qui parlaient pour ne rien dire. Chacune de ses paroles était sensée, chaque mot était pesé. C’est ce qui a fait de lui un de nos plus grands littérateurs, mais surtout poètes. Un poète qui a réussi à métamorphoser l’immense deuil pour son épouse Laura adorée en un „almanach errant“ comptant parmi les plus purs et plus beaux recueils de poésie – illustré par un autre grand disparu, Roger Bertemes –, un livre qui est et restera pour nous un guide pour chacun des mois de l’année.
Et tout comme ce livre s’achève sur décembre, sa vie à lui s’est terminée silencieusement, subrepticement une nuit de décembre où il a commencé son Voyage d’Hiver. „Tant de plantes, dépouillées maintenant, troncs nus grotesques se baissent vers la terre. Leur renaissance est cachée, sommeil guettant l’éclat. Je me dis voilà l’évidence de l’être. Tu peux l’accompagner si tu es aussi confiant. Victor Hugo me revient: ‘La racine enfante dans l’ombre une rose pour le soleil.’ Voilà que le même regard saisit l’origine de la vie et l’origine de la poésie.“ (4)
Tout est ainsi dit pour consoler ceux qui restent.
Merci, Nic!
Guy Wagner
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