
Mariette Kemmer
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Mariette
Kemmer est l'artiste du chant luxembourgeoise qui a fait la plus grande
et la plus belle carrière musicale.
Applaudie sur les scènes lyriques de toute l'Europe, plus de
cinquante en tout, parmi lesquelles figurent les Opéras de
Vienne, Munich, Berlin, Hambourg, Stuttgart, Dresden, Zurich,
Bâle, Lausanne, Berne, le Grand Théâtre de
Genève, les Opéras de Vérone, Avignon,
Montpellier, Nice, Nantes, Nancy, Strasbourg, le TRM à
Bruxelles, l'Opéra de Wallonie, l'Opéra des Flandres,
l'Opéra de Dublin, chaleureusement accueillie dans des Festivals
d'Aix-en-Provence, de Bregenz, de Wexford, etc., elle s'est produite
aussi en concert et en récital.
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On a ainsi pu l'entendre à Vienne,
Paris, Prague, Bruxelles, Düsseldorf, Nuremberg, Bamberg, Anvers,
Nancy, Soissons, Luxembourg, aux Festivals de Bregenz, d'Echternach et
de Montpellier-Radio France, etc. ...
Pareil palmarès a-t-il fait
impression au Luxembourg?
Connaît-on son répertoire
lyrique qui comprend les grands opéras de Mozart: autant que le
répertoire baroque et français: Marguerite, Micaela,
Antonia (Contes d'Hoffmann), Héro (Béatrice et
Bénédict), Anna (La Dame blanche), Mélisande, ou
encore Marcelline (Fidelio), Tatiana (Eugène Onéguine) et
la Comtesse Madeleine (Capriccio), et j'en passe?
Sait-on que dans le domaine du lied,
elle interprète Schubert, Mendelssohn, Brahms, Bruckner,
Strauss, Wolf, Duparc, Chausson, Fauré, Messiaen, qu'en concert
elle chante Händel, Haydn. Bach, Bruckner, Mahler ou encore
Honegger?...
"La musique, rien que la musique, dit-elle.
Et ce fut ainsi depuis mon enfance: un père musicien et
compositeur, trois frères et sœurs qui ont étudié
la musique."
Mariette Kemmer: J'ai
commencé par le violoncelle au Conservatoire de Luxembourg, puis
j'ai fait mes études de chant. J'ai eu le diplôme de la
Staatliche Hochschule für Musik de Düsseldorf. J'ai
été pensionnaire de l'Opéra Studio de Bruxelles.
Ainsi, j'ai fait mes débuts au Théâtre Royal de la
Monnaie de Bruxelles, où j'ai interprété mes
premiers rôles: Mélisande, Sophie dans "Rosenkavalier",
Pamina dans la "Zauberflöte", Micaela dans "Carmen" de Bizet...
J'étais comme en troupe à Bruxelles, puis est venu
Gérard Mortier, et je suis devenue "free-lance". Je suis encore
revenue à la Monnaie pour mon tout premier Liederabend, puis
pour deux séries de "La Clemenza di Tito", où je chantais
Servilia.
Ensuite, je fus progressivement
invitée sur la plupart des scènes européennes. Au
passage, je voudrais rendre hommage au metteur en scène
Jean-Claude Auvray, auparavant assistant de Strehler et Chéreau,
qui a véritablement révélé l'actrice en
moi. Cette rencontre a été très importante. Il me
fallait un mentor pour me faire découvrir toutes mes
possibilités dramatiques. Aussi, armée par le travail de
l'Opéra Studio et par mes premières expériences,
pouvais-je faire face à toutes les situations, aborder tous les
répertoires, même le contemporain.
k.: À
propos du répertoire contemporain: En mars 1998, vous avez
chanté à Liège Lucile dans "Dantons Tod" de
Gottfried von Einem. Faut-il aborder un rôle pareil
différemment qu'un rôle, disons, classique?
M.K.: Je voudrais dire
d'abord quelques mots sur l'Opéra de Liège, qui m'est
vraiment fidèle. Depuis seize ans, j'y chante
régulièrement. C'est le Théâtre où
j'ai le plus souvent été engagée. Dans "Dantons
Tod", nous avons travaillé sous la direction de l'actuel
directeur musical Friedrich Pleyer, un musicien de grande
qualité, et du metteur en scène, Jean-Claude Berutti, un
véritable homme de métier. Non, en fait, si on a une
solide formation musicale, il n'y a pas de grande différence
avec le répertoire classique. La musique contemporaine est
surtout rythmiquement plus difficile.
k.: Vous
enseignez depuis l'automne 1997 au Conservatoire d'Esch.
M.K.: J'aime enseigner
et suis heureuse de le faire. C'est un juste retour des choses. Un
professeur s'est dévoué pour moi. Aujourd'hui, c'est
à mon tour. Et puis, la carrière n'est pas
éternelle. On peut très bien vous oublier, surtout
à l'opéra. Nous vivons à l'époque du
kleenex: On utilise et on jette...
Et c'est plus difficile encore pour les
voix lyriques et légères. On est plus exigeant sur
l'adéquation avec l'âge du personnage que pour les
rôles dramatiques. Je suis maintenant dans la quarantaine, et
donc, pour certains rôles, on va préférer des
artistes plus jeunes. Ainsi, je cherche à me diversifier, en
privilégiant mes activités de récitaliste. J'ai
chanté, l'année dernière, au Festival de
l'Été Mosan, un récital avec, pour la
première fois, Béatrice Rauchs comme accompagnatrice.
Nous nous entendons bien. Je l'apprécie autant comme être
humain que comme artiste. J'espère qu'on va s'intéresser
à nous.
k.: Comment se
fait-il que, comme interprète, vous vous fassiez si rare dans
notre pays?
M.K.: Je n'ai jamais
compris ce qui se passe ici... Même quand je m'étais
imposée depuis des années sur les scènes lyriques,
on ne m'invitait pas à chanter au Luxembourg. C'est Loll Weber
qui le premier m'a soutenue. C'était au Festival d'Echternach.
Je voudrais aussi souligner l'initiative
de Jeannot Comes, le directeur du Théâtre Municipal de
Luxembourg, qui, en 1993/94, avait réussi à convaincre la
direction de l'Opéra de Karlsruhe, de m'intégrer dans une
de leurs productions, le "Cosi fan Tutte", avant de l'inviter ici.
J'avais espéré qu'il y aurait des suites à cette
opération qui avait, semble-t-il, satisfait tout le monde,
mais... les directions changent et les intérêts passent.
Quand je dis à mes collègues que j'ai chanté plus
de sept cents représentations d'opéras et seulement trois
dans mon pays, cela les fait mourir de rire.
k.: Souhaiteriez-vous
qu'on réalise des opéras chez nous?
M.K.: Certes, et ce ne
serait pas impossible dans un pays si riche. Encore faudrait-il confier
la direction de ces choses à des gens compétents et non
privilégier le copinage. Ici., trop de gens s'improvisent
compétents. Une direction artistique efficace ne souffre pas la
tutelle, ni du politique, ni de l'économique. Alors, est-on
prêt à faire confiance aux artistes?
k.: Va-t-on
cependant pouvoir vous entendre plus souvent prochainement?.
M.K.: En mars '99, je
vais chanter avec l'Orchestre du Conservatoire d'Esch une série
de lieder de Richard Strauss. Pour le reste, cela ne dépend pas
de moi. J'espérais une collaboration plus suivie avec l'OPL.
J'ai beaucoup regretté ne pas avoir été choisie
pour la "Damnation de Faust".
k.: Et
à l'étranger?
M.K.: : Dans deux
semaines, je vais chanter "Le roi David" de Honegger avec la
Philharmonie de Lorraine. Ensuite, je participerai au
théâtre de Heilbronn à un concert consacré
au compositeur Hanns Eisler. En janvier, je serai de nouveau à
Liège pour un "Don Giovanni", dans la mise en scène de
Philippe Sireuil, avec lequel j'ai une grande complicité. Je
vais donner aussi un récital à Bruxelles, avec
Béatrice Rauchs au piano. Par ailleurs, on m'a proposé
une série de concerts avec l'un des plus grands orchestres
allemands, – mais je n'en dis pas plus pour le moment! J'ai
également une proposition pour chanter ma première
Marschallin du "Rosenkavalier", ainsi qu'un nouveau "Cosi fan Tutte",
et d'autres projets que je tais complètement pour l'instant:
Attendons les signatures!
k.: Promettez-nous
quand même de nous tenir au courant... Une dernière
question: Et si vous deviez remercier quelqu'un?
M.K.: Quelques-uns
alors... On ne fait pas une carrière comme la mienne sans aide.
Je pense d'abord à Bruno Wyzuj, mon professeur de chant. Il a
révélé mon talent. Puis à mon mari qui est
à mes côtés depuis plus de vingt ans. J'ai
déjà parlé de Jean-Claude Auvray: Il m'a ouvert
les portes de nombreux théâtres. Je citerais encore Walter
Coomans, l'ancien directeur artistique de la Monnaie. Une amitié
de vingt-cinq ans! Il a occupé de nombreuses fonctions de
direction en France, et., à chaque fois, des contrats ont suivi
pour moi. Et finalement, je parlerai d'un Luxembourgeois: le
journaliste Norbert Goergen. Il y a dix ans, il s'est rendu compte, en
tant que spectateur assidu d'opéras à l'étranger,
de la présence fréquente d'une Luxembourgeoise dans les
distributions. Il s'est aussi rendu compte qu'on n'en parlait jamais
dans le pays, et il a décidé de changer cela. Si le
Luxembourg entier me connaît aujourd'hui, c'est à lui que
je le dois. C'est lui qui a éveillé, ensuite maintenu,
l'intérêt de la presse à mon égard. À
l'étranger aussi, d'ailleurs! Il a distribué des dossiers
me concernant un peu partout dans les médias et dans les
théâtres, – du Théâtre de Cape Town au
Théâtre Colon de Buenos Aires, pour ne citer que les deux
endroits les plus distants et les plus étonnants.
Vous voyez: On peut obtenir de l'aide
à Luxembourg.
Propos recueillis
par Guy Wagner
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