Le père de l’abstraction
Le 50e anniversaire
du décès de Vassili Kandinsky
Vassili
Kandinsky compte sans aucun doute parmi les
artistes, dont l’oeuvre a changé l’histoire
l’art au début du XXe siècle.
Né le 4 décembre 1866 dans un milieu de grande bourgeoisie
moscovite, il étudia le droit et l’économie
politique à l’Université de Moscou, mais la
fréquentation des musées et la découverte
de Monet en 1895, à l’occasion d’une exposition
de peintures impressionistes français à Moscou,
font mûrir en lui la décision de devenir peintre. |
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Il s’établit
à Munich où il travailla sous la direction d’Anton
Azbe et de Franz von Stuck, se passionna pour l’impressionnisme
et ses couleurs et pour l’art nouveau et montra dès
ses premières oeuvres une grande imagination consacrée
à l'exaltation des tons de couleurs les uns par les autres.
Entre 1900 et 1910 Kandinsky fit de nombreux voyages, notamment
à Paris, où il s'établit pour un an en 1906,
entrant en contact avec l’art de Paul Gauguin, des néo-impressionnistes
et du fauvisme.
Il commença à développer ses idées
sur le pouvoir de la couleur pure et d’une peinture non-figurative. |

Femme russe dans un paysage (1906) |
Premières
oeuvres abstraite
Vers
1910, Kandinsky se sentit suffisamment fort pour franchir le
pas: réaliser une aquarelle abstraite qu’il intitulera
„Composition I“ ou „Abstraction“.
Cette aquarelle est un arrangement en bleu, rouge et vert, sans
référence à des objets du monde physique
qui prend son inspiration et son titre de la musique. Ses grandes
oeuvres abstraites porteront à l’avenir le titre
„Composition“ suivi d’un numéro
d’ordre, alors qu’il nommera ses esquisses „Improvisations“.
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Improvisation (1909) |
Kandinsky entra
alors dans une phase de création extrème. Il tenta
de découvrir, au-delà des apparences, les structures
profondes du monde. Il essaya en même temps de découvrir
les propres limites de sa création, son seul guide étant
la nécessité intérieure. C’est la
base de sa grande publication théorique: „Du
spirituel dans l’art“.
Avec Franz Marc, il fonda le „Blaue Reiter"
en 1911.
Il rentra en Russie
en 1914. La Révolution le nomma professeur à l'Académie
de Moscou, ensuite directeur du Musée de Culture picturale.
Kandinsky fondera ensuite l'Académie russe des Sciences
et des Arts (1920).
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Paysage romantique (1911)
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A la suite du changement
de l’attitude du gouvernement à l'égard des
artistes, Kandinsky quitta l'URSS en 1921 et entra en 1922 au
Bauhaus à Weimar et à Dessau, où
il fut le collègue de Klee.
Un changement significatif eut alors lieu dans sa démarche
picturale. De la surabondance romantique de l’abstraction
de ses débuts, son style évolua vers des formes
composées de points géometriques, de faisceaux de
lignes, de cercles et de triangles, alors qu’au cours de
la dernière décade de sa vie, il mélangera
l’image intuitivement libre de ses débuts avec les
formes géométriques de son passage au Bauhaus où
il avait aussi poursuivi ses recherches sur l’interaction
des arts plastiques avec la poésie et le théâtre.
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Évasif (1929) |
Ses dernières
oeuvres ont été des arrangements de formes organiques
ressemblant à des formes vues sous le microscope, tandis
que ses écrits théoriques exercèrent und
forte influence sur le développement ultérieur de
l’art moderne et particulièrement sur le développement
de l’expressionnisme abstrait.
Kandinsky mourut, le 13 décembre 1944 à Neuilly-sur-Seine
où il s'était installé après avoir
quitté l’Allemagne nazie à la suite de la
fermeture du Bauhaus. |
 Sans titre
(1944) |
Une
contribution déterminante
Kandinsky,
peintre, musicien, écrivain, avait compris que le XXe
siècle commençait par une bouleversement profond
dû aux sciences et à la technique. Il avait découvert
simultanément la synesthésie entre les différentes
expressions artistiques: La musique de Wagner l'a fortifié
dans son sentiment que les sonorités ont des couleurs
(Scriabine s'y attachera aussi en musique...); par Rembrandt
il comprit la musicalité de l'ombre et de la couleur,
alors que la découverte de l'atome lui fera découvrir
que la réalité est différente des objets
qui nous entourent.
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 Composition
VIII (1923) |
Pour Kandinsky,
la distinction fondamentale, base de la peinture abstraite, est la
suivante: Le regard qui se pose sur les choses, les objets, n'aperçoit
que la „matière". Par contre, le regard qui s'efforce
de pénétrer les choses, s'affine jusqu'à ce qu'il
atteigne l'„esprit", le spirituel.
Exemple choisi par Kandinsky: le mot „arbre". Celui-ci
désigne un objet pour lequel une langue (ici: le français)
a établi une convention de compréhensions („arbre"
botanique, généalogique, linguistique). Mais si, p.ex.
on répète simplement plusieurs fois le mot „arbre",
comme le font les enfants dans le jeu, on découvre une sonorité
intérieure au terme qui est totalement dégagée
de toute référence à l'objet ou un concept.
Ainsi, pour Kandinsky, l'objet est en fait un écran entre la
pureté de l'univers et notre âme/esprit avide de pureté.
Or, l'obligation du peintre est de faire voir. Si alors, il „efface",
il „élimine" les objets, ne risque-t-il pas de se
retrouver devant la toile vierge? Pour contrecarrer ce risque, le
peintre est obligé d'inviter un nouveau langage.
Sur quoi, ce langage se fonde-t-il?
Mis à part le sujet, tout tableau se compose de formes. La
forme est la „délimitation d'une surface par une autre
surface", donc elle manifeste l'extérieur des choses.
Si on affranchit la forme de sa fonction habituelle, (cf.l'exemple
de l’„arbre"), elle peut se lier à un autre
contenu.
Il en est de même de la couleur. Liée à l'objet,
elle produit un effet physique, donc, extérieur.
Affranchie, elle provoque une „vibration psychique. Et son effet
physique superficiel n'est en somme, que la voie qui lui sert à
atteindre l'âme."
Kandinsky veut arracher le spirituel aux images banales auxquelles
on l'a - à son avis - trop longtemps affecté.
Le moyen d'y réussir est la peinture abstraite avec sa nouvelle
réalité de traits (droites, courbes, lignes larges ou
minces), de points (petits, gros, larges...), de surfaces (carrés,
rectangles, triangles, disques...), auxquels les couleurs, les nuances,
la matière picturale donnent une existence authentique, voire
multiple.
Innobrables sont effectivement les rapports qui naissent entre les
formes, entre les formes et les couleurs, entre les orientatations
et les tensions des formes et des couleurs.
Innombrables sont surtout aussi les façons de les voir et de
les concevoir, car pour chaque spectateur, elles mettent en jeu la
vie profonde - intellectuelle et émotionnelle - de son propre
esprit, de son âme à lui...
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© Guy Wagner, Tageblatt - 13.12.1994
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