PREMIERE PAGE | LIVRES I | LIVRES II | LIVRES III | ESSAIS | MOZART (F) | (D) | THEODORAKIS (D) | (F) | PRESSE - APERCU

Editorial

Qu’elle finisse enfin, cette affreuse année de la honte!


Non, décidément, la dernière année portant le chiffre “1” comme indicateur du millénaire, n’aura rien apporté à la gloire de l’humanité…

Exceptée peut-être la prise de conscience que nous avons connue au départ de Nelson Mandela du pouvoir: Que serait l’Afrique du Sud maintenant si un autre que lui avait réalisé la transition vers le pouvoir des Noirs? Un pays à feu et à sang.

Pour le reste, c’est nous, les grands défenseurs des valeurs et de la civilisation chrétienne, ou plutôt, de cette partie qui se proclame de la catholicité et du protestantisme, qui avons mis d’autres à feu et à sang.

Fort de la servilité qui nous lie à notre grand frère yankee, nous nous sommes acoquinés avec lui pour nous en prendre au sinistre Milosevic et lui taper dessus. Officiellement, pour sauver les pauvres kosovars musulmans des exactions de leurs “frères” serbes et de l’expulsion de leurs terres.

Mais comme il fallait s’y attendre: les exactions, les expulsions, les viols, les assassinats ont seulement commencé pour de bon au moment où les bombes sont tombées sur Belgrade et sur Nis, et notre opération de reconduction des réfugiés du Kosovo au eu le résultat prévisible d’avance: cette terre meurtrie est plus tourmentée que jamais, et les bandits serbes ont été remplacés par les gangsters UCK qui tapent maintenant sur les Serbes et les gitans qu’ils accusent d’avoir fait cause commune avec ceux-ci. Et Milosevic est toujours là, et la démocratisation de l’ancienne Yougoslavie maintenant à peu près complètement démantelée, c’est de la foutaise.

A l’époque où ce lamentable épisode de la géopolitique US a eu lieu, on n’était pas très nombreux à nous insurger et à élever la voix. Il est bon maintenant de se rendre compte qu’en fin d’année, “Forum” a rouvert le dossier pour rappeler à ceux qui aiment oublier si bien et si vite, quel lamentable épisode cette guerre aura encore été pour nous tous, combien humiliant il a été et combien longtemps il faudra encore la payer.

Ah, notre Premier ministre et tous ceux qui ont soutenu son soutien aux USA et à une OTAN de pacotille, en affirmant que “cela a dû être”, peuvent être fiers du résultat obtenu!

Et de ses conséquences dans notre pays!

La façon dont s’est opérée, le 24 novembre dernier, l’expulsion des réfugiés kosovars, certes, selon les règles de la convention de Dublin, ne peut laisser qu’un sentiment d’indicible malaise et de dégoût.

Oh, Luc Frieden, mon ancien élève, j’ai honte pour toi!

Et le Premier ministre n’a vraiment pas de quoi être fier de la manière dont il a pris ta défense!

Certes, établir la parallèle entre cette manière d’embarquer des réfugiés, – qu’on avait bien appelés et au moyen desquels on s’est vanté de notre prétendue générosité –, et les méthodes des nazis, cela n’a pas été gentil à l’égard de son ministre et de son gouvernement, mais il est seulement à se demander: Comment cette parallèle est-elle venue à l’esprit de ceux qui l’ont établie si ce n’est par une similitude qu’ils ont reconnue entre les deux manières d’agir?

De toute façon, on commence à voir plus clair en ce qui concerne notre “Premier” et on commence à en avoir marre de ses radotages avec lesquels il pense briller en cette année de la chute de son prédécesseur, Jacques Santer, dont la carrière à Bruxelles a connu, peut-être, une fin injuste, mais qui, n’ayant pas pu ou voulu s’arrêter, voit maintenant cette carrière s’enliser dans la pure banalité.

Mai la banalité, c’est bien la caractéristique de la politique actuelle chez nous, après la formation d’un nouveau gouvernement – aux exceptions près de Goerens ou Biltgen –inodore, incolore et surtout, insipide.

Où ont été, cette année-ci, les doutes de M. Juncker, qui, encore au Nouvel An 99, nous l’avaient rendu si sympathique?

Il n’y en a plus, et on a nettement l’impression qu’il ne reste que l’arrogance de l’homme de pouvoir qui tente de sauver les meubles, ce qui, si l’on a bien compris sa stratégie, se fait encore le mieux en attaquant et en calomniant les autres.

Par ailleurs, Kohl n’étant plus là, il n’est plus le chou-chou des réunions internationales.

De toute façon, le gros voisin a pour le moment d’autres chats à fouetter, alors qu’apparaissent au grand jour les méthodes peu “catholiques” qu’il a utilisées comme pourvoyeur de fonds pour son parti. Mais là encore, on constate cette même arrogance, comme s’il suffisait d’être celui qu’on est, pour se mettre, s’estimer, se savoir au-dessus des lois. Kohl n’a pas déclaré une bonne cinquantaine de millions de nos francs bientôt périmés? Et alors? Right or wrong, my party!

Son ami Etsine ne peut que l’applaudir!…

Ah, ce salaud-saoulard-là, il fait bien figurer de champion toutes catégories dans la rubrique des monstres de cette année de honte. Combien de nos milliards, transités par le FMI, il a fait passer sur ses comptes à l’étranger, on ne le saura probablement jamais, mais on sait qu’il n’en rate pas une pour montrer l’état de sa pourriture morale et physique… Et on n’a rien à attendre de son dauphin, le fourbe Rase-Poutine, comme l’a appelé le “Canard enchaîné”, avec son air d’un Jack l’Eventreur qui montre la même attitude de lèche-cul à l’égard de son maître que nous vis-à-vis de notre grand allié américain.

Allié? Vraiment?

On le sait: Notre réaction, ce zèle que nous avons mis à ne pas intervenir en face des criminels du Kremlin en Tchétchénie et des meurtriers au Timor et sur d’autres lieux de massacres, montre l’ambiguïté et la lâcheté par lesquelles on singe nos chers amis américains, ces intrépides croisés du XXe et XXIe qui, avec le nom de “God” sur les lèvres et la main sur le cœur, parlent de morale quand ils s’en prennent à quiconque soupçonné vouloir contrecarrer en quoi que ce soit leur aspiration à l’hégémonie mondiale, et qui, au nom d’une stratégie “supérieure”, se taisent face aux crimes contre l’humanité, mais grillent, gazent ou tuent par injection dans leurs prisons abjectes des individus pour bien moins que cela.

S’étonnera-t-on donc encore du dégoût affiché de la plupart des jeunes devant la politique?

Ne faut-il, de ce fait, pas considérer comme une des premières nécessités des années commençant par un “2”, de faire en sorte que nos paroles et nos actes recommencent à concorder, afin de rendre aux jeunes la confiance dans les institutions politiques, et notamment les institutions européennes, qui, elles non plus, ne sortent pas glorifiées non plus de cette année de la honte?

Et qui dit confiance, dit espoir.

En attendant donc des jours meilleurs, on ne peut que vous les souhaiter.

Ce que nous faisons de tout cœur.

Guy Wagner



© Guy Wagner, kulturissimo (Tageblatt) - 29.12.1999

Retour articles de presse...
PREMIERE PAGE | LIVRES I | LIVRES II | LIVRES III | ESSAIS | MOZART (F) | (D) | THEODORAKIS (D) | (F) | PRESSE - APERCU