Hommage pour ses 80 ans René Hemmer,
|
La LGNM invite ce samedi à un hommage au compositeur luxembourgeois René Hemmer, né en 1919. Il a donc eu 80 ans. Homme jovial et discret, d’une rare distinction, il est demeuré longtemps dans l’ombre. Dans les années ’80, quand la vie musicale au Luxembourg a connu un nouvel essor grâce à l’élan que lui ont conféré les compositeurs eux-mêmes, les mérites de René Hemmer pour la création musicale au pays ont été enfin reconnus à leur juste valeur. Né le 27 décembre 1919 à Rodange, René Hemmer s’est consacré pendant toute sa vie à la musique. Après ses études au Conservatoire, il a commencé à faire partie de la Musique Militaire où il a joué de la trompette et du violoncelle. Il la quitte en 1976, avec le grade du sous-chef de musique. |
![]() René Hemmer |
Parallèlement, il a dirigé pendant 23 ans la société de musique de sa ville natale et a travaillé comme chargé de cours à l'Ecole de Musique de Pétange et au Conservatoire de Luxembourg. Il a également fondé et dirigé l'Orchestre de Chambre de Luxembourg, ensemble composé presque uniquement de musiciens amateurs.
A quarante ans, il s’est mis à la composition. Il a toujours considéré que l’avènement du nazisme, l’invasion du pays, le silence fait sur toute la musique nouvelle, l’ont empêché, au moment où sa passion pour la musique devenait l’essence même de sa vie, de découvrir ce qui s’était fait depuis le début du XX e siècle en musique. Il a consciemment entendu le «Sacre du Printemps» seulement après la deuxième guerre mondiale, comme il me l’a expliqué au moment de la rédaction de «Luxemburger Komponisten heute» (Editions PHI, 1985).
Un pionnier solitaire
Mais c’est peut-être ce long manque à gagner qui a poussé René Hemmer à aller toujours plus de l’avant et plus loin dans la recherche et dans l’émancipation des méthodes traditionnelles. Il s’est ouvert comme un des premiers à de nouvelles tendances et esthétiques musicales, et en particulier à la musique sérielle. En empruntant de façon conséquente un des chemins les plus ardus et en refusant les concessions, il a profondément vécu l’aliénation du «grand public».
La reconnaissance tardive n’a été que d’autant plus justifiée pour ce pionnier solitaire.
Aujourd’hui, tout le monde (musical) s’est mis d’accord pour le considérer comme un pionnier de la seconde génération de compositeurs au Luxembourg à laquelle appartiennent des personnalités aussi diverses que Edmond Cigrang, Jean-Pierre Kemmer, Julien Hoffmann, Victor Fenigstein, Pierre Drauth, Josy Asselborn, Pierre Nimax et Claus Krumlovsky, autre adepte du dodécaphonisme.
Son «Ouverture symphonique» pour orchestre d’harmonie est encore de facture classique, de même ses premières compositions symphoniques comme «Le Dernier Jugement» (1960) pour cordes, saxophone-ténor, cuivres et percussion qui évoque des visions apocalyptiques, les «Deux Miniatures», la «Musique pour orchestre» (1961) et la II e Symphonie (1962).
La première oeuvre de René Hemmer à se réclamer de la technique dodécaphonique s’intitule: «Scènes pour 15 instruments» (1963). Œuvre kaléidoscopique, elle repose sur une formule énoncée au début qui est répétée dans des mélanges sonores et des formules rythmiques changeantes. Riche en couleurs et en pointes d’humour, cette partition est novatrice à plus d’un titre.
Suivent la III e Symphonie, intitulée « Novarum Rerum Cupidus» (Avide de choses nouvelles), et surtout, la «Sinfonia da Camera» qui introduit des concepts empruntés à architecture, donc extra-musicaux, dans la démarche du compositeur.
«Nomquereine» (1971), est un brillant concertino en trois mouvements pour trompette et orchestre, «Rotations» (1975-1976) à l’instrument très raffinée est la réalisation exemplaire d’une claire idée musicale, celle d’une rotation précisément.
Sa partition exemplaire: «Une Vie d'Homme» est un triptyque constitué de: Une Vie d'Homme (1979), Epilogue (1982) et L'Au-delà (1985). Cette œuvre est l’expression des expériences existentielles et des interrogations métaphysiques du compositeur sur l'homme, ses souffrances, ses espoirs, sa résignation.
Le refus de René Hemmer de suivre une quelconque «mode» et l’exigence qu’il a toujours adressée à sa démarche créatrice de n’écrire que des œuvres qui reflètent son honnêteté et son scepticisme humain, trop humain, se trouvent finalement reflétés de la façon la plus pure dans sa musique de chambre, dont le quatuor «Flüchtig wie Wind und Welle» (Fugace comme le vent et la vague, 1984), constitue un des fleurons.
Guy Wagner
© Le Jeudi - 27.01.2000 Retour articles de presse... |
|
|