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Coup de gueule

Les trophées du candidat à la présidence


Je ne sais pas si vous les avez vus à la télé, Betty Lou Beets, la grand-mère meurtrière de 62 ans, et Odell Barnes, pour lequel les doutes de culpabilité sont plus grands que les évidences, qui onta été exécutée par injection, à une semaine d’intervalle à Fort Worth/Huntsville (Texas), après quinze ans passés dans le couloir de la mort. Elle avait été condamnée à mort en 1985 pour le meurtre de son cinquième mari, dont les restes avaient été découverts deux ans auparavant, enterrés dans le jardin, où les policiers trouvèrent aussi ceux de son quatrième mari.

Quelques renseignements supplémentaires nuanceront un peu cette horrible découverte. Betty Lou Beets, violée à cinq ans par son père alcoolique, avait subi des passages à tabac et des agressions sexuelles de tous ses maris. L'un d’entre eux lui mordait même les fesses et les seins à chacun de ses départs, «pour lui faire comprendre qu'elle était bien sa propriété».

Jamais, au cours de son procès, la défense commise d'office, n’avait évoqué ces violences, ni les séquelles de celles-ci, et notamment, selon des experts médicaux, un syndrome de stress post-traumatique et de contusions cérébrales.

Vous l’avez bien regardée à la télé et vu le visage ravagé de détresse, de peur, de douleur de cette «veuve noire», comme on l’avait surnommée ? Vous a-t-elle inspiré la peur et l’effroi? Vous avez bien compris qu’il fallait l’éliminer, écarter, extirper, éradiquer du corps sain de la société? Non?

Je dois vous avouer que j’ai été plus horrifié en entendant le fils du quatrième mari, en tenue de cow-boy, déclarer après l’exécution qu’il avait «ressenti beaucoup de bonheur».

C’est ce qui m’a donné le haut-le-cœur, mais aussi et toujours George W. Bush, le candidat à l’investiture républicaine, qui a encore refusé d'accorder à la condamnée un sursis pour permettre un réexamen de son dossier. Il me fait vomir, celui-là.

« The Reformer With Resultats », comme le proclame son slogan, non, mais, qu’est-ce qu’il a comme trophées!

Il a autorisé 120 exécutions depuis qu’il a pris ses fonctions de gouverneur en janvier 1995. Un seul condamné à mort s’en est réchappé pour des… « raisons techniques ».

Grâce à lui, Betty Lou Beets est la première femme à être exécutée à un tel âge au Texas depuis la guerre de Sécession, et la deuxième femme en deux ans.

Et un autre trophée pour ce Texas de toutes les violences, dont il est le digne représentant: Plus d’un tiers de toutes les exécutions capitales y ont eu lieu. Seule la nomenklatura au pouvoir en Chine fait encore mieux.

Aussi, à l’instar des aviateurs qui pendant la guerre mettaient des images de bombes ou d’avions sur leurs zincs ou des chasseurs qui exhibent les bois du gibier qu’ils ont massacré dans leurs chambres, je lui propose de coller comme trophées sur un de ses murs des décalcomanies de seringues pour illustrer les injections mortelles qui, grâce à lui, se suivent au Texas au rythme de deux par mois.

Guy Wagner


© Guy Wagner, 5.3.2000

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