PREMIERE PAGE | LIVRES I | LIVRES II | LIVRES III | ESSAIS | MOZART (F) | (D) | THEODORAKIS (D) | (F) | PRESSE - APERCU

Portrait de compositrice

Sofia Gubaidulina à Luxembourg



Sofia Gubaidulina


La date musicale du 15 novembre est à considérer comme une des plus importantes de la nouvelle saison.

La troisième des «Rencontres» des Solistes Européens Luxembourg, sous la direction de Jack Martin Händler, nous propose la Suite pour 2 cors, cordes et basson de Telemann, avec les solistes Zdenek et Bedrich Tylsar, le Divertimento pour cordes de Béla Bartók, mais surtout, la rencontre avec Sofia Gubaidulina, une des compositrices marquante de la seconde moitié de notre siècle.

Une voie personnelle

Sofia Asgatovna Gubaidulina est née en 1931 à Chistopol dans la République Tatare (URSS). Après des études de piano et de composition au Conservatoire de Kazan, elle étudie à partir de 1954 la composition au Conservatoire de Moscou avec Nikolai Peyko, un élève de Chostakovich, poursuivant ses études supérieures, l’ «aspirantur», sous Vissarion Chébaline.

Sofia Gubaidulina s’est vue stimulée comme compositrice par l'improvisation sur des instruments folkloriques et rituels russes, caucasiens et asiatiques rares rassemblés par l'ensemble «Astreia», dont elle était la co-fondatrice, par leur exploration, par l'absorption rapide et la personnalisation des techniques musicales occidentales contemporaines – une caractéristique qu’elle partage avec d'autres compositeurs soviétiques de la génération post-stalinienne comme Edison Denisov, Silvestrov et Alfred Schnittke –, et par une croyance profondément enracinée que la musique a des propriétés mystiques. Certaines de ses compositions montrent d’ailleurs des affinités avec des telles idées. Relevons ici la cantate «Nuits à Memphis» de 1968.

Son attachement à une vision musicale personnelle et singulière l’ont dès le début aliénée de l'establishment musical soviétique, de sorte que le Conservatoire de Moscou déplorait qu’elle se soit engagée dans une «mauvaise voie», mais Chostakovitch lui-même lui conseilla, lors de son examen de fin d’études, de poursuivre dans sa voie. De plus, elle a été soutenue par des interprètes dévoués comme Vladimir Tonkha, Friedrich Lips, Mark Pekarsky, Valery Popov et surtout Gidon Kremer, dédicataire de son magistral concerto pour violon: Offertorium, dont l’engagement décidé a largement contribué à la faire connaître au début des années 80.

Une renommée internationale

Sofia Gubaidulina a composé des œuvres symphoniques et chorales, deux concertos pour violoncelle, un concerto pour alto, quatre quatuors à cordes, un trio à cordes, des œuvres pour ensembles de percussion, et beaucoup de partitions pour des instruments inhabituels ou des combinaisons nouvelles d’instruments des techniques peu usuelles et des solutions soniques originales. Dès 1965, sa très belle Sonate pour piano a démontré la voie qu’elle avait trouvée.

Ses œuvres se caractérisent par une absence presque totale de musique pure, «absolue», même si elle se réfère à Webern, dont l’influence a été très grande. La plupart d'entre elles sont des morceaux à programme, contiennent une poésie mise en musique ou cachée entre les lignes, un rituel ou une action instrumentale. Ses partitions demandent à être écoutées «dans l’instant».

En 1985, elle a eu pour la première fois la permission de voyager à l'Ouest. Elle a eu des commandes de Berlin et Helsinki, du Festival de Hollande, de la Bibliothèque du Congrès, de l'Orchestre Symphonique de Chicago, du New York Philharmonic et de beaucoup d'autres organismes et ensembles. Parmi ses nouveaux travaux figure une Passion selon St. Jean commissionnée par la Internationale Bachakademie Stuttgart.

Gubaidulina a visité pour la première fois l’Amérique du Nord en 1987. Depuis lors, elle y est retournée à plusieurs reprises en tant que compositrice invitée. Elle a eu un concert rétrospectif à New York, et des partitions comme Pro et contra,le 4e Quatuor à cordes, Dancer on a Tightrope ont été créées aux Etats-Unis, de même que le splendide Concertopour alto l’a été par Yuri Bashmet avec le Chicago Symphony sous la direction de Kent Nagano: les critiques ont été enthousiastes. Elle y est retournée cette année pour la première mondiale de Two Paths pour deux violas solos et orchestre, par le New York Philharmonic et Kurt Masur. Simultanément, le NHK Symphony Orchestra du Japon, sous la direction de Charles Dutoit, tourne avec le soliste Kazue Sawai aux États-Unis avec la première américaine d’une autre composition récente: In the Shadow of the Tree, pour koto, koto basse, zheng et orchestre.

Sofia Gubaidulina est membre de l’Akademie der Künste à Berlin et de la Freie Akademie der Künste à Hambourg. Elle a obtenu le second prix au Concours international de composition de Rome, le Prix de Monaco, le Premio Franco Abbiato, le Heidelberger Künstlerinnenpreis, le Prix d’Etat Russe, le Spohr-Preis, le prestigieux Praemium Imperiale au Japon et le prix Sonning au Danemark.

Sa musique est maintenant bien représentée sur CD; ses œuvres se retrouvent sur les labels DG, Chandos, Philips, Sony, BIS et Berlin Classics. Elle a été honorée deux fois par le Koussevitzky International Recording Award très convoité.

Jusqu'en 1992, elle a habité à Moscou. Depuis lors, elle réside principalement près de Hambourg.

Guy Wagner

De Sofia Gubaidulina, les Solistes Européens vont créer «Introitus», Concerto pour piano et orchestre de chambre, avec Béatrice Rauchs en soliste. La pianiste luxembourgeoise a enregistré sur CD l’intégrale de l’œuvre pour piano de la compositrice. BIS CD-853 Stereo



© Guy Wagner, Le Jeudi - 11.11.1999


Retour articles de presse...

PREMIERE PAGE | LIVRES I | LIVRES II | LIVRES III | ESSAIS | MOZART (F) | (D) | THEODORAKIS (D) | (F) | PRESSE - APERCU