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Qui s'y frotte, s'y pique IX

Le grand cérémonial

Ainsi donc, il paraît que d'aucuns et parmi mes meilleurs amis n'ont pas apprécié du tout le fait qu'on proclame tout haut une condamnation catégorique de la peine de mort et son horreur devant la guillotine.

On m'a dit: Bontems et Buffet ou du moins ce dernier a mérité la mort qu'il a reçue. Il n'a reçu que ce qu'il a. mérité, et la société a le droit de se protéger coûte que coûte. Un malfaiteur pareil en prison, c'est toujours la menace qu'il s'en échappe et qu'il recommence. Et nous voilà dans le pétrin…

Et effectivement telle qu'elle est, la prison porte en elle, pour tous ceux qui y végètent, la possibilité qu'on essaie de s'en échapper, parce qu'on ne peut pas vivre comme ça. On risque sa vie et la vie d'autres – d'une infirmière et d'un gardien innocents –, pour retrouver la vie, on risque la mort pour échapper à une mort vivante. Et Michel Foucault (Nouvel Observateur) a raison de dire: "La prison n'est pas l'alternative à la mort, elle porte la mort avec elle." En effet, la prison, fait du prisonnier un hors-la-loi, les soulèvements en taule le prouvent. Le prisonnier est quelqu'un auquel les lois ne s'appliquent plus et "les condamnés n'ont plus que leur corps pour se défendre et leur corps à défendre."

La prison, telle qu'elle est actuellement, démontre combien nos sociétés sont impuissantes à régler leurs problèmes criminels. La prison, telle qu'elle est, suspend la loi, parce qu'on n'y fait pas vivre, mais crever. Et encore ne fait-on pas de distinction entre un petit larron qui écope de quelques mois et les grosses têtes. C'est toujours la même chose, l'isolement, l'inaction, l'être seul et l'être rien, l'homme-numéro, l'homme-dépression, l'homme-révolte, l'homme-suicidaire, l'homme qui en a marre et qui tente d'en échapper coûte que coûte...

La prison ouvre sur la violence, elle est en germe une violence. Elle n'ouvre que sur la mort, et instinctivement tous ceux qui ont affaire à la prison, le savent: ne va-t-on pas jusqu'à enlever aux prisonniers ceinture, ficelles, objets tranchants, bref tout ce qui leur permettrait de se tuer... Parce que le droit de tuer, on se le réserve: on tue lentement ou, comme consécration suprême, à la guillotine. Mais alors on le fait avec toute une panoplie de cérémonial. Eh oui, tout le monde est là, quand la guillotine fonctionne: les policiers en armes qui cernent la prison et la cour où le spectacle a lieu, la magistrature: ceux qui ont plaidé pour la mort et ceux qui ont défendu le condamné, la direction de la prison, et naturellement, comme partout et toujours, bonne à tout faire, l'Eglise. Et invisiblement... le chef suprême du pays qui a décidé de l'ainsi soit-il.

Et à y réfléchir, cette situation, tout cet état de fait est insupportable, dégueulasse.. Comme l'a dit G. B. Shaw: ,,L'assassinat sur l'échafaud est la forme la plus exécrable d'assassinat parce qu'il est investi de l'approbation de la société."

Nous ajoutons; l'assassinat lent n'est pas moins exécrable, parce qu'il est un simulacre de justice.


(Suite de mes réflexions sur la peine capitale...)
(suite de la suite)



© Guy Wagner, 9.12.1972

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