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Justice
est faite
Ainsi donc, il
paraît qu'il est à plaindre, Monsieur le Président
de la République Française, d'avoir eu à
prendre la douloureuse décision de mettre sa signature
sur deux formulaires stipulant que la justice devrait suivre
son cours. Et elle l'a suivi, et la guillotine a encore fonctionné
et a tranché deux têtes, des têtes peu
fameuses, mais des têtes quand même. Oh, il n'était
pas là, Monsieur le Président, quand on signifiait
à deux criminels qu'ils n'avaient plus que quelques
minutes à vivre, il ne peut pas nous dire comment c'est
quand le couperet s'abat pour liquider des vies, il n'a pas
pu se rendre compte de cette action où un bourreau,
un monsieur payé par l'Etat pour tuer des gens, a fait
fonctionner cette machine issue du génie inventif des
Français … Mais que voulez-vous ? La justice
a suivi son cours. Justice est faite. Amen. Alléluia!
A ce qu'il paraît, 63% des Français sont pour
le maintien de la peine de mort. A ce qu'il paraît,
les gardiens et le personnel de l'administration pénitentiaire
auraient risqué de déclencher des remous imprévisibles
si M. le Président avait daigné accorder sa
grâce, et, toujours à ce qu'il paraît,
M. le Président qui n'est pas contre la peine capitale
a bien pesé le pour et le contre… de la pression
de l'opinion publique, lui offrant alors en holocauste la
tête qu'on lui réclamait et ajoutant en prime
une seconde, dont on n'attendait pas qu'elle tombât.
Et de ce fait, ce qui est une affaire judiciaire devient une
affaire politique, et en choisissant la "fermeté",
M. Pompidou a choisi la facilité.
Il semble que M. Pompidou a bien eu peur de la majorité
silencieuse. D'ailleurs, ne se trouve-t-il pas en période
préélectorale? Et par là, il a permis
à la France de jouir du triste privilège d'être
avec l'Espagne fasciste et le Luxembourg arriéré
un des derniers pays d'Europe à ne pas avoir renoncé
à la peine capitale.
Mais, figurez-vous qu'il aurait gracié un type comme
Buffet! D'un coup la peine de mort aurait reçu un fameux
coup, elle aurait été abolie en fait sinon en
droit... Mais à y regarder de près, qui nous
donne ce fameux droit de pouvoir, grâce à notre
justice, disposer de la tête des autres? Qu'est-ce qui
justifie la peine de mort, hein?
Qui? Quoi? — Rien! C'est la vieille loi du talion qui
fonctionne toujours à merveille.
C'est la menace suprême qui est censée faire
peur aux malfaiteurs et les faire reculer devant le pire.
Mais la peine de mort n'a jamais fait reculer qui que ce soit,
on l'a bien vu pour Buffet: Aussi aurait-on espéré
qu'on recule devant elle.
Quel avilissement que celui de se faire justicier en tuant,
en guillotinant! Mais tant qu'on n'aura pas éliminé
les taudis, la misère sociale, les discriminations,
tant qu'on n'aura pas cessé de pousser des gens aux
pires des actes, tant qu'on n'aura pas guillotiné les
causes de la délinquence, la peine de mort est le pire
des aveux de faiblesse et d'impuissance. Donc, justice n'est
pas faite, mais vengeance est assouvie… Pouah!
(Réaction après l'exécution de Claude
Buffet et Roger Bontems. Mon opposition à la peine
de mort a été constante depuis la lecture de
"Réflexions sur la peine capitale" de Camus
et Koestler. J'avais alors 17 ans.)
(suite de la suite)
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