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Qui s'y frotte, s'y pique VII

Le geste et la parole

Ainsi donc, il paraît que Henry de Montherlant par sa mort, est devenu plus grand que d'aucuns ne l'avaient imaginé. Certes, il a toujours été l'avocat d'une certaine grandeur, grande dans son altîère aristocratie, dans ses contrastes, dans sa solitude, dans son mot autant que dans ses silences. Cependant, à force d'avoir suscité les passions et les polémiques, d'avoir prôné l'exaltation de la chair autant que l'ivresse de l'esprit, d'avoir châtré et élevé la langue française à des cimes où l'air devient presque irrespirable, lui aussi avait atteint ces cimes. Il était devenu un monument qui refusant la médiocrité, s'était réfugié dans le silence et la nuit. Et quand son corps, ce corps qu'il avait endurci et exposé aux risques les plus périlleux, se montrait soudain fragile et désespérément faible, il a dit son ultime "non". D'ailleurs, ce "non" était le seul digne de lui, le seul geste de grandeur qu'il pouvait encore accomplir. Lui qui a toujours détesté l'avilissement, la décrépitude, la défaillance et la faiblesse, en leur préférant un narcissisme hautain, a stoppé sa propre déchéance, en se logeant une balle dans la bouche, et il est parti seul, solitaire hautain, même cabotin comme il l'a toujours été. Mais enfin, son espoir que les âmes deviennent nietzschéennes et luttent avec la vie et la mort, communient avec la terre et ses joies, embrassent dans un même élan Pan, Dionysos et un "Christ sans faiblesse" (A. Marissel), il l'a conservé jusqu'au bout comme un fanal. N'avait-il pas écrit: "On se suicide par respect pour la vie, quand votre vie a cessé d'être digne de vous, et qu'y a-t-il de plus honorable que la vie?"

Bien sûr, les voilà bien embarrasses, ces abbés, ces littérateurs catholiques, ces professeurs à l'esprit bien dogmatique qui depuis toujours ont voulu accaparer Montherlant pour le catholicisme, la foi et l'Eglise en avançant toujours le même "Maître de Santiago" : Montherlant leur a encore échappé. Laissons-les être tentés par l'invective contre lui, il aura néanmoins prouvé qu'il est possible d'être fidèle à soi-même jusqu'au bout.


(Réflexions après le suicide de Henry de Montherlant)
(suite de la suite)



© Guy Wagner, 23.9.1972

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