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geste et la parole
Ainsi donc, il
paraît que Henry de Montherlant par sa mort, est devenu
plus grand que d'aucuns ne l'avaient imaginé. Certes,
il a toujours été l'avocat d'une certaine grandeur,
grande dans son altîère aristocratie, dans ses
contrastes, dans sa solitude, dans son mot autant que dans
ses silences. Cependant, à force d'avoir suscité
les passions et les polémiques, d'avoir prôné
l'exaltation de la chair autant que l'ivresse de l'esprit,
d'avoir châtré et élevé la langue
française à des cimes où l'air devient
presque irrespirable, lui aussi avait atteint ces cimes. Il
était devenu un monument qui refusant la médiocrité,
s'était réfugié dans le silence et la
nuit. Et quand son corps, ce corps qu'il avait endurci et
exposé aux risques les plus périlleux, se montrait
soudain fragile et désespérément faible,
il a dit son ultime "non". D'ailleurs, ce "non"
était le seul digne de lui, le seul geste de grandeur
qu'il pouvait encore accomplir. Lui qui a toujours détesté
l'avilissement, la décrépitude, la défaillance
et la faiblesse, en leur préférant un narcissisme
hautain, a stoppé sa propre déchéance,
en se logeant une balle dans la bouche, et il est parti seul,
solitaire hautain, même cabotin comme il l'a toujours
été. Mais enfin, son espoir que les âmes
deviennent nietzschéennes et luttent avec la vie et
la mort, communient avec la terre et ses joies, embrassent
dans un même élan Pan, Dionysos et un "Christ
sans faiblesse" (A. Marissel), il l'a conservé
jusqu'au bout comme un fanal. N'avait-il pas écrit:
"On se suicide par respect pour la vie, quand votre
vie a cessé d'être digne de vous, et qu'y a-t-il
de plus honorable que la vie?"
Bien sûr, les voilà bien embarrasses, ces abbés,
ces littérateurs catholiques, ces professeurs à
l'esprit bien dogmatique qui depuis toujours ont voulu accaparer
Montherlant pour le catholicisme, la foi et l'Eglise en avançant
toujours le même "Maître de Santiago"
: Montherlant leur a encore échappé. Laissons-les
être tentés par l'invective contre lui, il aura
néanmoins prouvé qu'il est possible d'être
fidèle à soi-même jusqu'au bout.
(Réflexions après le suicide de Henry de Montherlant)
(suite de la suite)
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