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Qui s'y frotte, s'y pique XX

Le Petit Poucet

Ainsi donc, il paraît qu'un cognac a été offert aux frais de l'Etat Français ce mercredi 25 juillet 1976 à la prison des Baumettes à Marseille à un prisonnier. Celui-ci n'a plus guère eu la possibilité de le payer, car quelques minutes après il a payé sa dette à la société, et cette dette était sa tête, car c'est elle que la société, par l'intermédiaire de ses procureurs et juges, avait demandée de cet homme jeune de vingt et un ans.

La guillotine a donc de nouveau fonctionné en France, la Grande Nation civilisée de l'Occident chrétien, et c'est pour la première fois sous Valéry Giscard d'Estaing, grand "leader" de la civilisation, que l'exécuteur des hautes œuvres a eu la possibilité d'accomplir sa basse besogne.

On sait que VGE, selon ses propres dires, a "naturellement, comme chacun, une aversion profonde pour la peine de mort", dont les termes mêmes lui ont fait comprendre "l'horreur de cette chose".

Entre-temps, des crimes particulièrement odieux ont connu des réactions particulièrement odieuses dans des journaux particulièrement odieux. Il suffit de rappeler ici l'Affaire de Troyes. C'est elle, probablement, ainsi que la récente affaire de Toulon où l'assassin d'un enfant de six ans n'a pas encore été retrouvé, qui ont pesé lourd dans la balance et, tel César dans les arènes, VGE a tourné le pouce vers le bas, montrant encore une fois qu'il se plie moins à ses convictions profondes qu'à des pressions politiques.

De pouce à Petit Poucet, le chemin n'est pas long: Christian Ranucci, mis aux mains de "M. l'exécuteur en chef des arrêts criminels et de ses aides" qui "ont procédé à leur mission dans les formes prévues par l'article 12 du code pénal, savoir la décapitation du dit Ranucci", comme l'indique le procès verbal officiel, – Christian Ranucci donc était, du temps de sa liberté, réellement séquestré auprès de sa mère qui lui inculquait la hantise d'un père qu'il n'aura jamais vu. Il s'occupait souvent des enfants dont sa mère avait la garde et leur disait des contes, dont le Petit Poucet, son conte favori. Or, on sait que là, le méchant ogre tranche la gorge de ses propres filles, voulant assassiner la famille de Poucet. Christian Ranucci tranchera ainsi la gorge d'une fillette qu'il avait enlevée, et mercredi sa propre tête aura été tranchée par une machine.

Comme dans un conte de monstres.


(Chistian Ranucci - VGE a le sang d'un innocent sur les augustes mains)
(fin de la suite - retour au début)



© Guy Wagner, 28.7.1976

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