| Ce
cher Henry
Ainsi donc, il
paraît que les cœurs des Luxembourgeois ont battu
à l'unisson quand "dear Henry" a salué
notre Premier par un chaleureux "Hello, Gaston!".
De quelle sympathie jouissons-nous donc, – grâce
à l'aimable affabilité de notre Thorn National
–, auprès de notre puissant protecteur, l'oncle
Sam. Voici qu'il nous délègue son commis-voyageur
de la paix et de la force persuasive qui nous gratifie d'une
visite de quelques heures. Quel honneur pour nous! Mais il
faut dire: on lui a bien rendu la monnaie. La presse l'a accueilli
avec des salutations et des remerciements, le Grand-Duc lui
a offert son sourire chaleureux, le Gouvernement un menu copieux
et les badauds des applaudissements frénétiques
quand – sous la protection de ses sbires – Henry
a foulé les pavés de la capitale de ses augustes
pieds. Bref, tout était pour le mieux dans le meilleur
des mondes américanisés possibles…
Bien mieux, en tout cas, que dans les pays de l'Amérique
du Sud protégés, et tout le monde chez nous
a presque oublié que ce cher Henry est l'un des grands
instigateurs de la tragédie chilienne. Mais le Chili
est loin, n'est-ce pas, loin dans l'espace, loin dans le temps.
Sauf que certains journaux n'ont toujours pas enterré
la triste affaire et qu'ils en reparlent systématiquement.
Ainsi, on vient d'apprendre qu'Edgardo Enriquez, membre de
ta commission politique du MIR chilien a été
arrêté en Argentine et qu'il a été
extradé et livré aux autorités meurtrières
de Santiago, malgré l'intervention de Kurt Waldheim,
Olof Palme, Willy Brandt et Bruno Kreisky. Actuellement Enriquez
est aux mains des tortionnaires de la police politique, la
DINA, à Monte Meravilla.
On a aussi appris que les Etats-Unis, grâce à
Henry – vous connaissez? – ont largement favorisé
le régime dictatorial de Videla dans cette Argentine
où l'on assassine déjà les réfugiés.
Et c'est, toujours avec la bénédiction de Henry
dont on a déjà parlé, que l'Argentine
rejoint les dictatures sanguinaires de l'Uruguay, du Brésil,
du Paraguay, de la Bolivie et du Chili. Et c'est encore lui,
Henry, qui va réunir l'Organisation des Etats Américains,
l’OAS, à Santiago et qui va tenter de renflouer
les caisses inflationnairement vides, plus vides en tout cas
que les geôles de ce salaud de Pinochet.
Mais, dans l'euphorie générale devant la visite
du cher, du très cher Prix Nobel et de la Paix, on
n'a pas oublié tout cela, et il y a lieu de dire qu'on
n'a pas été unanimes à vouloir serrer
la main du puissant homme lors de sa visite chez nous. On
a de bonnes raisons: il y a trop de sang qui colle à
cette main.
(Kissinger, encore lui, - cette fois à Luxembourg)
(suite de la suite)
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