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Qui s'y frotte, s'y pique XVIII

La mort d'un enfant

Ainsi donc, il paraît que la justice va être exécutée plus rapidement en France pour le présumé meurtrier du petit Philippe. La France est en colère, les journaux l'affirment, notre confrère, le Républicain, même sur des papes entières. Reste à se demander pourquoi il faut encore étaler toute l'horreur du drame, avec photos à l'appui. Est-ce pour sensibiliser davantage les gens? Ou est-ce parce qu'on sait qu'il y en a d'aucuns qui aiment ce genre de frisson?

Mais l'affaire est claire: le peuple a jugé, dixit R. L. (le Républicain Lorrain), et ce n'est pas seulement ce journal qui le dit, c'est encore Ponia et c'est Lecanuet et c'est Galley et c'est Kiffer. Œil pour œil, sang pour sang. Oui, c'est affreux d'assassiner l'innocence. Le cri de Camus reste vrai devant la souffrance et la mort des enfants, il est terrible, le désespoir des parents, le cauchemar qui ne finit pas, celui de l'attente qui a débouché dans celui de la certitude.

Elle est terrible aussi, la souffrance des parents du meurtrier présumé: leur enfant, ils l'auraient mis au monde, nourri, fait grandir pour ça. Ils sont le plus à plaindre. Etre parents d'un bourreau est pire que d'être parents d'une victime. Et voilà toutes ces souffrances, ces douleurs, ces désespoirs, étalés eu grand jour – et en face d'eux le cri des journalistes, leur appel à la vengeance qui fait écho au cri du sang que pousse l'opinion publique.

On a dû éloigner le meurtrier présumé du lieu de ses crimes par peur de la vengeance des gens, synthétisée dans notre "quotidien du matin", je cite: Si j'étais juré, je prononcerais certainement la condamnation à mort; payer sa dette à la société; les Troyens qui exigent la tête de Patrick Henry; il faut un châtiment exemplaire.
Reste à se poser la question: Quelle peut être dans ce climat de passion et de colère, la justice qu'on fera? Pourra-t-on encore parler de justice, alors que le verdict est déjà tombé avant l'instruction? On parle du froid calcul d'un cynique, on ne parlera pas de la froide revanche d'une société où des cyniques pareils sont possibles. Mais on dira encore qu'un homme aura payé sa dette. Dette à l'opinion publique qui dans d'autres circonstances n'est pas aussi prompte à demander des comptes. A-t-on entendu les mêmes gens, les mêmes Ponia, Lecanuet, Galley et autres, demander la tête de Pinochet et de ses bourreaux qui continuent à égorger des enfants innocents?

Mais la raison d'Etat, on sait ce qu'il en est.


(L'affaire Patrick Henry)
(suite de la suite)



© Guy Wagner, 21.2.1976

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