| La
mort d'un enfant
Ainsi donc, il
paraît que la justice va être exécutée
plus rapidement en France pour le présumé meurtrier
du petit Philippe. La France est en colère, les journaux
l'affirment, notre confrère, le Républicain,
même sur des papes entières. Reste à se
demander pourquoi il faut encore étaler toute l'horreur
du drame, avec photos à l'appui. Est-ce pour sensibiliser
davantage les gens? Ou est-ce parce qu'on sait qu'il y en
a d'aucuns qui aiment ce genre de frisson?
Mais l'affaire est claire: le peuple a jugé, dixit
R. L. (le Républicain Lorrain), et ce n'est pas seulement
ce journal qui le dit, c'est encore Ponia et c'est Lecanuet
et c'est Galley et c'est Kiffer. Œil pour œil, sang
pour sang. Oui, c'est affreux d'assassiner l'innocence. Le
cri de Camus reste vrai devant la souffrance et la mort des
enfants, il est terrible, le désespoir des parents,
le cauchemar qui ne finit pas, celui de l'attente qui a débouché
dans celui de la certitude.
Elle est terrible aussi, la souffrance des parents du meurtrier
présumé: leur enfant, ils l'auraient mis au
monde, nourri, fait grandir pour ça. Ils sont le plus
à plaindre. Etre parents d'un bourreau est pire que
d'être parents d'une victime. Et voilà toutes
ces souffrances, ces douleurs, ces désespoirs, étalés
eu grand jour – et en face d'eux le cri des journalistes,
leur appel à la vengeance qui fait écho au cri
du sang que pousse l'opinion publique.
On a dû éloigner le meurtrier présumé
du lieu de ses crimes par peur de la vengeance des gens, synthétisée
dans notre "quotidien du matin", je cite: Si j'étais
juré, je prononcerais certainement la condamnation
à mort; payer sa dette à la société;
les Troyens qui exigent la tête de Patrick Henry; il
faut un châtiment exemplaire.
Reste à se poser la question: Quelle peut être
dans ce climat de passion et de colère, la justice
qu'on fera? Pourra-t-on encore parler de justice, alors que
le verdict est déjà tombé avant l'instruction?
On parle du froid calcul d'un cynique, on ne parlera pas de
la froide revanche d'une société où des
cyniques pareils sont possibles. Mais on dira encore qu'un
homme aura payé sa dette. Dette à l'opinion
publique qui dans d'autres circonstances n'est pas aussi prompte
à demander des comptes. A-t-on entendu les mêmes
gens, les mêmes Ponia, Lecanuet, Galley et autres, demander
la tête de Pinochet et de ses bourreaux qui continuent
à égorger des enfants innocents?
Mais la raison d'Etat, on sait ce qu'il en est.
(L'affaire Patrick Henry)
(suite de la suite)
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