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Qui s'y frotte, s'y pique XVI

Aggiornamento

Ainsi donc, il paraît que nous n'avons pas fini de nous démêler avec cette institution vétuste parmi toutes: l'Eglise, avec "E" majuscule, s'il vous plaît! Bien sûr, il y a quantité d'églises, mais il n'y a qu'une qui abonde en majuscules, notre bonne Mère, la Sainte, l'Une, la Catholique, l'Apostolique, la Romaine, l'église omniprésente, omnipotente, omni tout quoi!

Pourquoi s'en occuper encore? me dira-t-on. Tout le monde sait que la barque de Saint-Pierre est en train de couler. Tout le monde le sait, même ceux qui président aux destinées de cette énorme machine.
Eh bien, on s'en occupe, parce que cette Eglise ne cesse de s'occuper de choses dont elle ne s'est pas préoccupée pendant des siècles et des siècles où tout le pouvoir, spirituel et séculier, était le sien. Ah, si l'Eglise avait fait alors pour ses fidèles ce qu'elle prétend faire aujourd'hui, dans quel monde heureux, dans quel Jardin d'Eden vivrions-nous! On n'aurait pas eu besoin d'inventer Marx, ni le socialisme, ni le pouvoir du peuple, pour tenter d'instituer sur terre ce que cette Eglise promettait aux générations d'antan au ciel où un repos éternel serait le bonheur des esclaves.

On s'en occupe surtout parce que cette Eglise, au nom de je ne sais quelles prérogatives prétend imposer son droit, sa foi et sa loi à un état laïc qui, au fond, n'a rien, mais absolument rien à voir avec elle. Bon, on nous a baptisés l'Occident chrétien. Mais qu'est-ce que ce christianisme a apporté à l'Occident? La persécution des juifs, des païens, des femmes et des hérétiques, l'inquisition, la torture, les bûchers pour neuf millions de sorciers et sorcières et des guerres religieuses d'une atrocité sans pareille. Donc, qu'il y en ait d'aucuns qui ne veulent plus rien à voir avec ce christianisme occidental, qui voudrait le leur reprocher? Que l'Etat cherche à se distancer de cette institution, qui l'en blâmerait? Qu'on aspire à une séparation nette entre deux pouvoirs, qui s'en sentirait offusqué?

Eh bien, ceux-là mêmes qui depuis toujours ont opprimé le monde, les cléricaux! On parle de nos jours chez nous de "Kulturkampf", on vitupère contre une jeunesse démocratique et socialiste qui prône la séparation de l'Eglise et de l'Etat, on s'insurge contre l'anticléricalisme. Mais qu'on se le dise une fois pour toutes: pour qu'il ait anticléricalisme il faut qu'il ait d'abord cléricalisme. Or, où celui-ci est-il plus virulent que dans un pays où le pire des cléricaux est directeur du pire des journaux?


(Une autre de mes bêtes... noires)
(suite de la suite)



© Guy Wagner, 26.10.1974

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