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Qui s'y frotte, s'y pique XV

Un cher qui ne vaut plus cher

Ainsi donc, il paraît que le Prix Nobel de la paix des cimetières chiliens ne vaut plus son pesant de dollars. La presse qui avait déjà démonté cet autre monument de la gloire américaine qui s'appelle Nixon, a fini par ronger l'auréole couronnant ce bon-à-tout-faire de Kissinger. Ce que d'aucuns avaient osé supposer depuis belle lurette, l'implication du cher Henry dons le putsch, qui a renversé l'"Unidad Popular" au Chili, est devenue manifeste. Evidemment, cet homme rusé a réussi, pour le moment, à tirer son épingle du jeu des enquêtes, mais qui saura dire qu'il en demeure ainsi dans les prochains mois.

C’est son propre chef, Candide Ford, qui a porté un coup sérieux à la politique étrangère des Etats-Unis en avouant que la sinistre CIA est intervenue dans la politique intérieure du Chili, que "de telles actions sont conduites dans l'intérêt des pays impliqués" et que les Russes en faisaient de même.

La réponse du sénateur démocrate Franck Church ne manque pas de sel: "Nous apprenons maintenant qu'il n'y a pas de différence entre la politique américaine et la politique soviétique de subversion contre des gouvernements étrangers… J'avais toujours cru que les Etats-Unis défendaient des principes différents."
Eh bien, non! De plus, on est en droit de se demander laquelle des deux super-puissances a plus de légitimité, surtout si on apprend que la CIA a versé onze millions de dollars pour acheter des "démocrates" chiliens, via démocrates chrétiens européens, peut-être aussi notre PCS, ce qui expliquerait la phobie du "Wort" devant tout ce qui touche au Chili, sait-on jamais? Les voies du seigneur américain sont insondables.
Le rôle de Kissinger l'est d'autant moins, car en tant que chef du "40 Committee", le comité de surveillance des services secrets américains, il devait connaître les mesures prises à l’encontre du gouvernement légal de Salvador Allende. Jouant sur les mots, comme si souvent, il avait déclaré devant une commission d'enquête du congrès, que les Etats-Unis n'étaient pour rien dans le coup d'Etat. En faisaient de même Jack Kubish, alors principal assistant de Kissinger, Richard Helms, ancien directeur de la CIA, et Harry Shlauderman, conseiller à l'ambassade américaine a Santiago. On va voir qui aura à répondre de parjure.

On va voir, s'ils n'y avaient rien à voir. En attendant, il s'agit d'être sur ses guets, car, comme le disait Colby, l'actuel directeur de la CIA: "Les activités de la CIA au Chili étaient considérées comme un prototype, une expérience de laboratoire pour mettre à l'épreuve les techniques de financement massif visant à discréditer et à abattre un gouvernement."

Nous comprenons de mieux en mieux ce que sont nos libérateurs d'il y a trente ans que nous continuons de fêter comme garants de notre liberté. Mais il faudrait s'entendre sur le terme de liberté!


(Henry Kissinger, un de mes "préférés")
(suite de la suite)



© Guy Wagner, 28.9.1974

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