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Qui s'y frotte, s'y pique XIV

"Êtes-vous libre? Soyez dangereux." (Marcel Sauvage)

Ainsi donc, il paraît que la répression artistique est loin d'être un phénomène singulier, lié aux données politiques d'un pays particulier. L'art et la culture ont un poids suffisamment grand pour être pris au sérieux par les détenteurs du pouvoir. On essaie donc par tous les moyens de monopoliser l'expression artistique et d'en faire un instrument de la politique officielle de l'Etat.

La liberté d'expression est décidément un très grand mot. Mais pas plus. On est libre de faire ce que le pouvoir, l'Etat veut, et gare à ceux qui croient pouvoir s'échapper à cette contrainte ou se révolter contre elle!
Il y a à peine une semaine, des artistes soviétiques ont voulu faire une exposition de tableaux, bien que les galeries leur soient interdites. Pourquoi? demanderez-vous. Tout simplement, parce que ce sont des peintres qui ne se plient pas aux directives officielles prônant une peinture réaliste. Ces artistes ont le culot de peindre des toiles abstraites! Décidément cela ne va pas! Et quand ces rebelles se mettent encore à faire une exposition en plein air, la police a bien le droit d'intervenir, de même que des bulldozers.

Donc, les flics s'amènent, les bulldozers aussi, on tape sur les artistes, sur les curieux aussi, même s'il s'agit de ressortissants d’autres nations, et les bulldozers broient les toiles exposées illicitement. A ce qu'il paraît, plus d'une soixantaine de tableaux ont été ainsi saccagés, parce que leurs auteurs ont osé faire autrement que selon les exigences du pouvoir et du parti.

Ces faits sont d'aujourd'hui, ils ont quand même une longue histoire: on a assassiné un Lorca en Espagne, on a brûlé des livres en Allemagne, on y a parlé d'"art dégénéré", on a incarcéré un Théodorakis en Grèce et au Chili on a poussé un Neruda à la mort.

A propos du Chili: Il y a à peine un an on y brûlait des livres, et c'est avec raison que la gauche toute entière a protesté contre cet acte, même celle du pays où aujourd'hui on écrase les tableaux sous les chenilles des bulldozers. La restriction des libertés individuelles, notamment celle de la liberté d'expression est douloureuse pour un chacun, qu'il vive dans un régime qui tente de maintenir coûte que coûte le système capitaliste ou dans un autre qui tente de l’abolir définitivement. Nous comprenons bien la différence, mais nous ne comprenons pas pourquoi la destruction de tableaux en U.R.S.S. serait moins abjecte que les autodafés au Chili.


(Sans commentaire...)
(suite de la suite)



© Guy Wagner, 21.9.1974

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