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"Êtes-vous
libre? Soyez dangereux." (Marcel Sauvage)
Ainsi donc, il
paraît que la répression artistique est loin
d'être un phénomène singulier, lié
aux données politiques d'un pays particulier. L'art
et la culture ont un poids suffisamment grand pour être
pris au sérieux par les détenteurs du pouvoir.
On essaie donc par tous les moyens de monopoliser l'expression
artistique et d'en faire un instrument de la politique officielle
de l'Etat.
La liberté d'expression est décidément
un très grand mot. Mais pas plus. On est libre de faire
ce que le pouvoir, l'Etat veut, et gare à ceux qui
croient pouvoir s'échapper à cette contrainte
ou se révolter contre elle!
Il y a à peine une semaine, des artistes soviétiques
ont voulu faire une exposition de tableaux, bien que les galeries
leur soient interdites. Pourquoi? demanderez-vous. Tout simplement,
parce que ce sont des peintres qui ne se plient pas aux directives
officielles prônant une peinture réaliste. Ces
artistes ont le culot de peindre des toiles abstraites! Décidément
cela ne va pas! Et quand ces rebelles se mettent encore à
faire une exposition en plein air, la police a bien le droit
d'intervenir, de même que des bulldozers.
Donc, les flics s'amènent, les bulldozers aussi, on
tape sur les artistes, sur les curieux aussi, même s'il
s'agit de ressortissants d’autres nations, et les bulldozers
broient les toiles exposées illicitement. A ce qu'il
paraît, plus d'une soixantaine de tableaux ont été
ainsi saccagés, parce que leurs auteurs ont osé
faire autrement que selon les exigences du pouvoir et du parti.
Ces faits sont d'aujourd'hui, ils ont quand même une
longue histoire: on a assassiné un Lorca en Espagne,
on a brûlé des livres en Allemagne, on y a parlé
d'"art dégénéré", on
a incarcéré un Théodorakis en Grèce
et au Chili on a poussé un Neruda à la mort.
A propos du Chili: Il y a à peine un an on y brûlait
des livres, et c'est avec raison que la gauche toute entière
a protesté contre cet acte, même celle du pays
où aujourd'hui on écrase les tableaux sous les
chenilles des bulldozers. La restriction des libertés
individuelles, notamment celle de la liberté d'expression
est douloureuse pour un chacun, qu'il vive dans un régime
qui tente de maintenir coûte que coûte le système
capitaliste ou dans un autre qui tente de l’abolir définitivement.
Nous comprenons bien la différence, mais nous ne comprenons
pas pourquoi la destruction de tableaux en U.R.S.S. serait
moins abjecte que les autodafés au Chili.
(Sans commentaire...)
(suite de la suite)
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