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Qui s'y frotte, s'y pique XII

La démocratie des tanks

Ainsi donc, il paraît que les tanks ont circulé par deux fois ces jours-ci dans les rues d'Athènes: la première fois pour massacrer les ouvriers, les étudiants qui disaient en avoir marre, marre, marre de ce régime des colonels pseudo-démocratiques, les étudiants qui criaient en avoir ras-le-bol de ces Américains les empêchant d'être des Grecs, donc des hommes libres. Liberté, liberté chérie!

La seconde fois, c'était dans la grisaille de l'aube de dimanche dernier, où les généraux proclamaient en avoir eux aussi marre, marre, marre de ces colonels… Aussi, si les uns et les autres en avaient marre, marre, marre, de quoi avoir l'espoir d’obtenir un résultat, et effectivement, il y eut un résultat: Papadopoulos a été rayé de la carte des constellations politiques. Le voilà qui croupit dans sa résidence blanche comme la Maison du même nom à Washington, attendant d'être – peut-être – jugé pour crimes contre l'Etat (République ou Remonarchie, qui sait?)

De quoi se réjouir, dirait-on: Cette crapule de Papa-Doc-Poulos a enfin trouvé son maître, après avoir exercé la plus brutale et sanguinaire répression qu'on puisse s'imaginer. Depuis l'incarcération de Théodorakis jusqu'à l'extermination des étudiants en révolte, tout y passait. Tenez, quand ses chars sont intervenus contre l'école polytechnique, on tirait sur tout a qui bougeait. D'ailleurs vous n'avez qu'à lire les détails dans le "Nouvel Observateur" de cette semaine. Vous y apprendrez que depuis les toits d'un hôtel des policiers mitraillaient ceux qui tentaient de s'enfuir, qu'on tirait sur la foule par rafales, qu'on passait avec les tanks sur des gens tombés par terre, qu'on matraquait les blessés internés et les chirurgiens qui refusaient de livrer des identités de gens hospitalisés.

On pourrait donc effectivement croire que tout allait changer. Mon œil! Après les colonels, ce sont les généraux frustrés d'avoir été retenus dans l'ombre par un parvenu de la pire espèce. Les voilà donc qui ont pris leur revanche: on trouvera toujours des uniformes sanguinaires. Un Papadopoulos ou un Ghizikis, c'est passer de Scylla en Charybde, pour parler dans le langage des mythes grecs. Et Prométhée attend toujours d'être libéré des chaînes qui l'attachent au rocher.


(Le nouveau coup d'Etat dans cette Grèce dictatoriale de mes cauchemars)
(suite de la suite)



© Guy Wagner, 1.12.1973

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