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Qui s'y frotte, s'y pique XI

Autodafé

AAinsi donc, il paraît qu'il y en a d'aucuns qui n'ont toujours rien compris. 1933-1973: l’intervalle de quarante ans marqué par les génocides successifs, les camps de concentration, la torture et l'irrespect de plus en plus dégueulasse devant la personne humaine, cet intervalle est symbolique et prend une dimension nouvelle à la lumière des faits qui se répètent.

Le 10 mai 1933 les bûchers flambaient dans le Reich et brûlaient les œuvres de Heine, Mann, Tucholsky, Ossietzky, Remarque, Kästner, Marx, Freud… Avec les livres, on voulait brûler la liberté d'expression et l’esprit qui souffle ou il veut. Et au Luxembourg, on faisait sonner les réveille-matin et on chantait la louange de Hitler dans ce "Verbe" qui s'est fait journal.

Le 10 mai 1940, les troupes de ce même Hitler nous en faisaient voir de toutes les couleurs brunes et de sang. Le "Luxemburger Wort" semblait avoir compris.

Septembre 1973: Au Chili les ardents défenseurs de l'Eglise et de la Démocratie ralliés autour du général Pine-Hochet-au-beau-fixe, sur lesquels l’archevêque de Santiago a fait se déverser des flots de bénédictions célestes, rallumaient les bûchers et brûlaient encore les livres de Marx, Engels et de Pablo Neruda – Neruda, qui se mourait, souffrant dans le corps et dans l’âme, Neruda, dont on saccageait la demeure et les manuscrits à l'heure de sa mort. Et le "Luxemburger Wort", fidèle à sa longue tradition d’abêtissement du peuple et d'exaltation des fascistes, portait un toast aux putschistes.

Dans les Caves du Vatican luxembourgeois on n'a décidément rien compris. Faut-il s'en étonner ? Eh non, car dans les salles de l'autre Vatican, on n'a rien non plus compris. Preuve: le zèle qu'on a mis à reconnaître le nouveau régime. En effet, après la France pompidolienne, dont la tactique à droite plutôt qu'adroite devient de plus en plus admirable, après l’Espagne et le Portugal animés depuis quarante ans de l'esprit qui souffle maintenant sur les plateaux des Andes, avant la Grande-Bretagne à la Heath, le Saint-Siège s’est hâté de nouer des relations diplomatiques intenses avec les nouveaux maîtres du Chili.

Comme l'a écrit Karl-Heinz Deschner: "Avec Dieu et les fascistes!"

Et l'Eglise de répondre: Ainsi soit-il!


(Le coup d'Etat de Pinochet au Chili, un autre de mes cauchemars)
(suite de la suite)



© Guy Wagner, 29.9.1973

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