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Peine
de vie
Ainsi donc, il
paraît que récemment, commentant l'exécution
de Buffet et de Bontems, un éminent frère dans
le Christ, un de ces enseignants de morale dans nos lycées
qui font de ce domaine un terrain de chasse pour leurs frustrations
et leurs névroses, a proclamé qu'il était
en faveur de la peine de mort pour la simple raison que nos
prisons, c'est pas sérieux.
Ainsi donc, il paraît encore qu'un autre éminent
confrère de ce frère dans le Christ, le R.P.
Bruckberger, a proclamé que "priver le criminel
condamné à mort de l'exécution de sa
peine, c'est la plupart du temps lui enlever le seul moyen
qui lui reste de se réhabiliter, même et surtout
à ses propres yeux. Quelle solitude! Quelle majesté!
Quelle chance exaltante! ..."
Eh bien, à entendre ou à lire ça, on
ne peut plus que balbutier: Merde... tellement ça vous
coupe le souffle. Ça vous coupe le souffle comme à
d'autres on coupe le cou!
Mais ce sont les mêmes sinistres farceurs qui proclament
la sainteté et la sacralité de toute vie et
qui
s’élèvent avec vigueur contre toute libéralisation
en matière d’avortement, libéralité
qui porterait atteinte au respect de la vie!
La confusion des esprits a donc gagné ces cimes-là!
Que dire donc de ceux qui croupissent dons les prisons et
pour qui les prisons, c'est l'effacement de
toute dignité humaine? Et encore, voilà qu'on
nous dit que les prisons, c'est pas sérieux! Faut donc
les mettre dans des cachots, des oubliettes, les torturer
un peu chaque jour, comme ça arrive surtout dans les
pays fortement christianisés qui prônent la dévotion
mariale?
Qu'en est-il de ceux qui croient qu'on peut mieux se racheter
par une vie de peine assumée et consommée et
qui déclinent la mort abjecte infligée par la
société et conçue non comme l'expression
de la Justice, mais comme la vengeance du plus fort ? Mais
pourquoi se poser ces questions? Consolons-nous que les condamnés
à mort jouissent de la liberté exaltante de
sentir leur corps basculer et le couperet leur trancher la
gorge!
Mais il faudrait qu'on fasse quelque chose pour tous ceux
qui sont tant en faveur de l'application de la peine de mort.
Il faudrait qu'on les fasse assister à ces exécutions,
au lieu de consommer celles-ci dans la clandestinité
d'une aube blafarde. Allez-y, installez micros et caméras
de télévision à grand téléobjectif!
Cela procurera à notre société occidentale,
humaniste et chrétienne de nouveaux frissons et du
dramatique à toute éprenne qui montrerait combien
elle est grande et exaltante la chance ou la liberté
qu'ont les condamnés à mort qui jouent le rôle
de leur vie, rôle unique, efficace, exemplaire! Rôle
qui les compense de toutes les frustrations et toutes les
saloperies qui ont fait d'eux des criminels! Car on ne naît
pas criminel, on le devient grâce à la société
qui en fin de compte joue encore le rôle de les repousser
de la scène sur laquelle ils n'avaient pas demandé
de monter. La peine de mort est "un avortement différé,
un avortement social", comme l'a dit Paul Guimaud
qui se demande à propos de Claude Buffet condamné
à venir au monde dans une famille minée par
la misère et l'alcool, – parce que la loi l'exige:
"Par quelle hypocrite perversion de l'esprit une
société s'arroge-t-elle le droit de changer
d'avis en chemin, et après avoir, au nom des grands
principes, condamné des êtres vivants à
la peine de vie, leur inflige-t-elle trente-neuf ans plus
tard, la peine de mort?"
That's the question! Mais décidément, quelle
chance exaltante ils ont, ces êtres humains!
(Suite de la suite)
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