PREMIERE PAGE | LIVRES I | LIVRES II | LIVRES III | ESSAIS | MOZART (F) | (D) | THEODORAKIS (D) | (F) | PRESSE - APERCU

Editorial

L’Etat policier, c’est nous!


Samedi, le 20 mai, il y avait sur la même page du Tageblatt deux lettres dans le courrier des lecteurs, toutes deux concernant des «demandeurs d’asile», qui ont suscité de nombreuses interrogations, d’autant plus que dans la semaine qui suivait, il fallait trois ministres, celui de la Justice, celle de la Famille et de la Solidarité, ainsi que celui de la Coopération, pour expliquer devant la presse l’attitude du gouvernement face aux réfugiés.

Mais procédons par ordre!

Il y a d’abord le scandale, en fait le scandale "bis", du comportement des instances publiques à l’égard de réfugiés: Il ne faut, en effet, pas oublier ce qui s’est passé en novembre dernier au cours de l’opération coup de poing sinistrement fameuse: "Ibis/Milano".

Il y a donc eu une autre opération coup de poings, mais cette fois, il faut mettre un «s» à poing, car nos forces de «l’ordre» les ont bien utilisés, les poings, les leurs. Les témoignages sont là: Des policiers, venus à la rescousse d’un aubergiste de Marnach qui les logeait, ont roué de coups neuf jeunes hommes des Balkans, sous le regard horrifié de voisins luxembourgeois. Ils les ont contraints à se coucher dans l’herbe, visage contre terre, pendant deux heures, si nos informations sont exactes, et puis les ont conduits, plein tube et sirènes hurlantes, vers la capitale où ils les ont déposés au ministère de Madame Jacobs qui ne savait pas ce qui lui tombait dessus.

J’étais à ce moment-là en ville, j’ai entendu les sirènes et vu passer les voitures de la flicaille en trombe et je me suis interrogé quelle banque était encore la cible d’un hold-up: C’était décidément un spectacle qui laissait éberlués les passants au croisement du boulevard Royal et de la rue de la Porte-Neuve.

Ce ne fut que le lendemain qu’on apprit la triste vérité, mais ce fut seulement par la lettre de Serge Kollwelter, toujours sur la brèche avec sa colère sacrée, que l’on mesurait les dimensions de cette triste affaire.

Cette affaire? Non, ce scandale, indigne de la force publique, indigne du gouvernement, indigne d’un pays prétendu civilisé.

L’autre lettre, sur la même page du Tageblatt est écrite par un instituteur, Claude Grégoire, qui ne peut que clamer sa désolation: Le ministère de la Justice – encore lui! – refuse à une de ses élèves depuis deux ans et demi au pays, qui a fait des efforts considérables pour apprendre notre langue et pour s’intégrer, une garantie de rentrée au Luxembourg, mais seule cette garantie permettrait à cette enfant de participer avec sa classe à un séjour en Bretagne: "Comme instituteur qui essaie de transmettre, à côté des programmes scolaires, des valeurs humaines, je ne la laisserai pas seule dans une classe étrangère, quand tous les autres passent leur temps à la plage. Elle s’était tant réjouie de revoir la mer", écrit-il.

Le troisième fait date d u mercredi 24. Au cours d’une conférence de presse, les ministres Frieden, Jacobs et Goerens faisaient entendre, pour une fois, un même son de cloche: celui de vouloir se débarrasser aussi vite que possible de ceux en provenance des Balkans, en particulier du Monténégro, maintenant devenus «personae non gratae». Le bourdon parmi ces cloches, c’était le ministre de la Justice – toujours lui! – qui se comporte de plus en plus comme une copie conforme, une mini-édition de Poutine.

Première constatation: Notre politique d’asile est une farce et ceux qui l’appliquent sont de sinistres farceurs, dont les victimes sont les demandeurs d’asile. L’affaire de Marnach l’a prouvé.

Dans cette affaire, on a fait foi à un seul, au tenancier de l’auberge. Que celui-ci n’aime pas les étrangers, c’est (peut-être) son affaire. Mais qu’il donne à manger de la viande de porc à des musulmans, c’est une saloperie: Il savait très bien que les jeunes hommes allaient rouspéter,… ce qui lui donnait la possibilité de les mettre à la porte et puis de casser les meubles et de leur faire endosser cette casse. Comme l’écrit Kollwelter: «Non content d’encaisser une rente de situation, lisez pension complète payée par le gouvernement, le patron de l’auberge se veut faire payer de nouveaux meubles par le contribuable!»

Il y a pire. Pourquoi les forces de l’ordre ont-elles entendu le seul aubergiste dans cette affaire? Pourquoi des fonctionnaires assermentés ont-ils usé et abusé de la manière forte, sinon de la force?