J’écris
ton nom, liberté
Le centenaire de la naissance
de Paul Éluard
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Celui
qui deviendra universellement connu en tant que chantre de l’amour
et de la liberté, Paul
Éluard, est né à Saint-Denis (Seine Saint-Denis),
comme Eugène Émile Paul Grindel, le 14 décembre
1895. Il est issu d’une famille de la petite bourgeoisie
aisée. Dès son enfance, il a été de
santé fragile, de sorte qu’il dut partir à
16 ans au sanatorium de Clavadel (Suisse) pour soigner pendant
deux ans une hémoptysie qui avait interrompu ses études.
Il profite de ce repos forcé pour découvrir la poésie
de Baudelaire, d’Apolliniare, de Walt Whitman, des Unanimistes,
et pour écrire. Mobilisé en 1914, il combat dans
l'infanterie et découvre les horreurs de la guerre qui
affecteront profondément sa sensibilité. C'est pendant
la guerre qu'il publie ses premiers poèmes. En 1917, il
épouse une jeune Russe rencontrée au sanatorium,
Gala, la première grande inspiratrice de sa poésie.
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Après
la guerre, il participe au mouvement dada et répond ainsi par
le refus aux horreurs éprouvées. En témoignent:
„Les animaux et leurs hommes“ (1920), „Les
hommes et leurs animaux“ (1920), „Les nécessités
de la vie et les conséquences du rêve“ (1921).
Un pionnier du surréalisme
Il fait à cette époque la connaissance d'André
Breton, de Philippe Soupault, de Hans Arp, de Man Ray, de Tristan
Tzara, de Joao Miró et de Louis Aragon et contribue à
la création du groupe surréaliste, dont il est l'une
des figures les plus marquantes, tant comme poète que comme
co-éditeur de la revue et des manifestes et manifestations
surréalistes.
Il disparaît subitement en 1924 et ne réapparaîtra
que sept mois plus tard après un long voyage en Océanie,
en Malaisie et en Inde. Il publiera ensuite les oeuvres poétiques
de sa maturité qui sont contemporaines de son expérience
surréaliste, de ce voyage qu’il qualifia d’„idiot“,
et de sa rencontre avec Max Ernst qui fut pour lui capitale: „Mourir
de ne pas mourir“ (1924), „Capitale de la douleur“
(1926), „l'Amour, la poésie“ (1929), „Ralentir
travaux“ (1930), en collaboration avec André Breton
et René Char. „La Vie immédiate“
(1932) et „La Rose fertile“ (1934) sont des expressions
fascinantes de l’attitude surréaliste avec son chevauchement
perpétuel entre rêve et réalité.
Un poète engagé
Comme beaucoup de surréalistes, Éluard entre également
dans le parti communiste en 1927, mais au début des années
trente, il rompt avec Aragon, qui après la publication de „Front
rouge“ (1931): „Descendez les flics / Camarades
/ Descendez les flics“, quitte les surréalistes,
tandis qu’Éluard quitte le parti communiste, ensemble
avec André Breton.
Mais, en 1930, c’est surtout la rupture avec Gala qui deviendra
la femme de Salvador Dalí. Éluard épouse en 1934
Nusch, une jeune Alsacienne, continue de militer dans des organisations
de gauche, malgré sa rupture avec le parti communiste, et poursuit
son activité poétique avec, notamment, „Les
Yeux fertiles“ (1936), „Les Mains libres“
(1937), „Cours naturel“ (1938).
Il approfondit sa conscience politique à travers l'expérience
de la guerre d'Espagne; il prend parti pour les républicains
espagnols dans „La Victoire de Guernica“ (1938),
ce qui provoque la rupture avec Breton.
Dès lors, la poésie Éluard est indissociable
de son engagement politique, et en particulier de son activité
de résistant pendant la Seconde Guerre mondiale où sa
vie et son oeuvre se confondent avec celle de la Résistance:
„Le Livre ouvert“ (1942), „Poésie
et vérité“ (1942), où figure l’extraordinaire
„Liberté“, et „Au rendez-vous
allemand“ (1944). La Résistance est d’ailleurs
pour lui l’occasion de renouer avec le Parti Communiste. Éluard
devient par son oeuvre de guerre un symbole de la liberté,
de la solidarité et de la résistance à toute
oppression. Il voyage beaucoup: L’Italie, la Pologne, la Yougoslavie,
l’U.R.S.S., la Grèce, sont des stations de voyage.
Avec „Poésie ininterrompue“, sa grande
oeuvre programmatique de l’après-guerre (1946-1953),
il réinscrit le travail poétique dans une perspective
humaniste fixée dans une exigence intérieure de tous
les jours: La vraie poésie est immédiate (cf. La
Vie immédiate) et ininterrompue (cf. Poésie
ininterrompue), poésie de tous les jours, des gestes quotidiens,
des choses simples: En vingt ans, sa vision est restée constante,
elle s’est seulement affermie.
Un chantre de l’amour
En 1946, la mort de Nusch le conduit jusqu'à la tentation du
suicide. En fait, Éluard est avant tout le poète de
l’amour, et c’est l’amour qui détermine ses
joies et ses douleurs, mais aussi son écriture poétique.
Livré à lui-même, après les deux drames
de sa vie affective, le poète s’invente des femmes pour
retrouver le lien avec l’univers, car c’est la Femme qui
le „met au monde“ et qui lui inspire les meilleurs de
ses poèmes et lui donne sa prodigieuse faculté de créer
des images qui font qu’un grand nombre de ses textes comptent
parmi les plus beaux chants d’amour de la poésie française.
Sa poésie a aidé les hommes „à tranformer
le monde“ (J. Marcenac).
Éluard réussit à dépasser sa grave crise
avec „Le temps déborde“ (1947), et en
1949, il épouse sa dernière compagne, Dominique, qui
inspire les merveilleux poèmes d'amour de son dernier recueil:
„Le Phénix“ (1951). Un an plus tard, le
18 novembre 1952, il est emporté par une angine de poitrine.
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© Guy Wagner, Tageblatt - 14.12.1995
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