Editorial
Etat d'une
politique culturelle:
Entre la petite vision et la dure
réalité (III)
Les
négociations entre CSV et DP se prolongent. On n'envisage plus
de former une
coalition en juillet, mais quand, en août, sera-t-elle
prête, la nouvelle
alliance politique qui va déterminer notre avenir pendant les
cinq prochaines
années?
A ce stade des pourparlers, évidemment,
on ne
parle pas (encore) de culture. En parlera-t-on? Quelles seront les
visions qui
détermineront la politique culturelle dans les années
à venir? Y en aura-t-il
si peu que maintenant où on gère les choses. A propos de
gestion: Comment
va-t-on gérer les grands dossiers
toujours en chantier?
En
chantier,
c'est exactement le terme à utiliser. Car, il y en a de ces
chantiers: du Musée
Pei au Centre Neumünster, de la Salle philharmonique à la
Bibliothèque
Nationale et au CNA…
Décidément
les
terres culturelles sont en friche. Fera-t-on encore basculer certains
des
grands projets?
Répondra-t-on
aux sollicitations du secteur privé et cédera-t-on, comme
c'est toujours
souhaité par d'aucuns, Neumünster à un groupe qui en
ferait un Hôtel de
Luxe(mbourg)? Du moins, à en croire certains, un nouveau centre
culturel serait
superflu. Mais en a-t-on un vrai, un qui soit devenu vraiment un centre
pour la
culture.
La
salle
philharmonique sera-t-elle construite? Et quand? Du moins, les deux
nouveaux
partenaires politiques se sont tous deux exprimés en sa faveur,
mais qu'est-ce
que cela veut dire?
Au-delà,
cependant, de toutes les constructions plus ou moins monumentales pour
lesquelles on a déjà fait le reproche au gouvernement
faisant encore fonction
de s'aventurer vers une mégalomanie galopante, mais qui sont
seulement le
témoignage de tout ce qu'ont nos voisins en Lorraine, en Sarre,
en
Rhénanie-Palatinat ont depuis longtemps, de tout ce qui nous
manque pour que
notre pays puisse manifester son ambition d'être pris au
sérieux quand on parle
de culture. Rappelons seulement qu'en 1994 l'Express avait fait une
enquête sur
trente villes européennes, et que Luxembourg figurait dans le
domaine de la
culture en bon dernier: Voilà la vraie image qu'on
présente à l'extérieur. Et
cela en dit long.
Mais
au-delà
de toutes constructions possibles, se pose une question beaucoup plus
essentielle: Le futur gouvernement, dont les négociateurs
plaident pour plus de
transparence, sera-t-il plus
démocratique, plus ouvert, plus transparent à
l'égard de ceux qui se sentent
concernés par ce qu'est la culture, la création
artistique, musicale,
littéraire, ou encore l'expression et l'animation culturelles?
Actuellement
tout est mijoté et concocté dans le plus grand secret, ce
qui, comme nous
l'avons déjà écrit, permet aux rumeurs les plus
folles de circuler et d'être
prises pour des vérités intangibles.
Aussi
a-t-on
le devoir, voire l'obligation de prendre à nouveau le chemin de
l'information,
de la concertation, des échanges de vue réunissant celles
et ceux qui, engagés
dans un combat quotidien pour plus de qualité de vie
(culturelle), ont le droit
de savoir et de participer.
Si
donc, il y
avait un jour un Centre culturel de Rencontres à
Neumünster, comment
fonctionnera-t-il, comment les associations pressenties d'y collaborer
et d'y
œuvrer seraient-elles impliquées, d'autant plus que ces derniers
temps,
d'autres infrastructures sont censées y trouver leur point
d'appui.
Si
le Musée
Pei est inauguré, qu'est-ce que public va découvrir?
Quelle sera la politique
qui y sera développée? Vers où s'orientera-t-il,
alors qu'il a perdu le nord
depuis longtemps? Comment les visiteurs seront-ils
préparés à ce qu'ils vont
découvrir si jamais il y a autre chose à découvrir
qu'une construction qui fera
date? Déjà ces questions montrent et prouvent que le
Casino – Forum d'Art
contemporain a non seulement un rôle essentiel à jouer,
mais que son existence
sera encore plus précieuse au moment où le nouveau
musée ouvrira ses portes.
Que
deviendra
la radio socio-culturelle, alors qu'on sait qu'elle a des adversaires
farouches
dans le parti qui se dit libéral? Ce forum de discussions et
d'informations
qui, en cinq ans, s'est établi comme un facteur essentiel de la
démocratisation
culturelle sera-t-il sacrifié sur l'autel de la libre
concurrence qui, elle,
n'a jamais été une incarnation de la liberté de
pensée et d'expression?
Qu'en
est-il
donc de la transparence qu'on souhaite effectivement dans le domaine de
la
politique culturelle? Celle-ci dépendra-t-elle toujours d'une
seule et même
personne ou de quelques personnes qu'on retrouve dans tant de conseils
d'administration qu'on se demande comment elles peuvent encore faire le
travail
qu'ils doivent faire.
Et
effectivement, on constate que les choses traînent et
traînent.
La
léthargie
et la morosité sont à l'ordre du jour.
Où
sont les
impulsions en provenance du ministère responsable? Pourquoi y en
a-t-il si peu?
Pour
la simple
raison que ceux qui sont vraiment concernés sont exclus de
l'information, d'une
possibilité quelconque à faire connaître les
aspirations et besoins culturels
ne sont pas écoutés, ne sont pas sollicités, car,
au lieu de réveiller un Conseil
général, national de la Culture en hibernation, on l'a
étranglé dans son
sommeil.
On
baisse les
rideaux pour éviter à tout prix les regards indiscrets de
l'extérieur. Et
ainsi, finalement, on est entre soi.
Cependant,
qui
dit culture dit ouverture, dit largesse d'esprit, dit tolérance
et solidarité.
La culture, faut-il le répéter, est une
nécessité vitale de l'être humain et
lui permet la participation à laquelle il aspire. La
"cité" ne vit
que par ceux qui l'animent, ceux qui créent et qui savent
exprimer les
aspirations et les besoins fondamentaux des femmes et des hommes.
Aussi,
l'Etat
a-t-il le devoir de présenter une offre culturelle riche et
variée, comme il a
l'obligation de veiller à la santé physique et morale,
à l'éducation et au
bien-être matériel de ses citoyens… qui y ont droit.
Ce
droit est
inaliénable.
Ceux
qui
tentent actuellement de trouver un compromis qui leur permette de
gouverner le
pays doivent prendre ce droit en considération.
C'est
aussi à
cela qu'ils seront mesurés. Nous y veillerons ensemble, et
à la rentrée, nous
allons analyser le programme de la culture et le suivre tout au long de
la
nouvelle législature de façon bienveillante, mais
critique.
En
attendant,
bonnes vacances à toutes et à tous!
Guy
Wagner
Post-scriptum
qui n'a rien à voir:
Ainsi donc,
elle est finie la guerre au Kosovo. Finie? C'est maintenant la guerre
civile
qui fait rage avec ses lots de haine et de revanches. Après les
Albano-kosovars, ce sont maintenant les Serbes qui sont en fuite et en
émigration, la haine ayant répondu à la haine, le
déchirement au déchirement.
Voilà,
décidément, un beau succès de nos chers
alliés et des fabricants d'armes qui se
sont ainsi débarrassés de leur ferraille qu'ils se sont
fait payer à coups de
milliards d'euros!
Après
les
destructions, vient donc la reconstruction par les mêmes.
Les
mêmes,
vraiment?
N'est-ce
pas
plutôt que les Américains ont détruit,
massacré, anéanti, et que ce sont
maintenant les Européens qui payent la note, M. Clinton, le
pompier, ne voulant
rien entendre d'un investissement dans les ruines d'une région
dont les
blessures ne vont pas cicatriser de sitôt?
Absurde,
décidément absurde.
Il
nous reste
la honte. C'est du moins ça.