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Editorial

Les élections sont aussi, sinon avant tout, un enjeu culturel (I)


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Il n'est pas de notre propos d'ajouter ici une énième définition de la culture, mais nous pensons qu'à la veille des élections qui détermineront quels seront les femmes et hommes politiques qui vont conduire notre pays dans le prochain millénaire et quels seront les partis qui seront suffisamment forts pour former la prochaine coalition gouvernementale, il est de notre devoir de dire comment nous concevons une politique culturelle capable de créer la dynamique spirituelle indispensable à notre pays s'il veut continuer à faire entendre sa voix au concert des nations.

Ce ne sont, en effet, pas seulement son économie florissante, sa prospérité, ses acquits sociaux, ou encore sa capacité d'intégration qui détermineront la signification du Luxembourg dans les années à venir, un Luxembourg tout petit qui se fondra de plus en plus dans cette Europe naissant péniblement, mais ce sont avant tout encore la façon dont le gouvernement traitera l'éducation et la culture et l'importance qu'il leur accordera qui feront que nous continuions à être considérés comme une entité respectée et digne du respect des autres.

Qu'on le veuille ou non, l'enjeu des élections de dimanche prochain est donc aussi, sinon avant tout, un enjeu culturel, car ce sera la culture qui, dans une large mesure, déterminera l'évolution de nos sociétés occidentales au cours des années à venir.

Qu'on le veuille ou non, le temps des loisirs augmentera; une réduction des heures de travail se fera. Aussi s'agira-t-il de donner à ce temps libre un contenu, afin qu'il s'agisse vraiment d'un temps de liberté. On se rend bien compte que la consommation passive de médias plus ou moins nouveaux ou encore à venir, ne va pas progresser indéfiniment.

Il faut donc que nos politiciens fassent en sorte de proposer une offre et d'augmenter le contenu de son offre. Une nouvelle responsabilité va incomber aux ministères qui géreront l'éducation et la culture.

Nous nous limiterons ici à quelques réflexions sur celui de la culture et les obligations qui vont lui incomber.

1. Loin d'être un ministère accessoire, le ministère de la culture a, de fait, une fonction essentielle. Il est donc indispensable de le doter du personnel et des moyens qu'il lui faut pour remplir sa mission.

Or, nous constatons que depuis toujours, le personnel du MC est tellement réduit qu'il n'arrive plus (guère) à répondre ne serait-ce qu'aux exigences les plus élémentaires, et que rien n'a été fait pour remédier à cette situation. Une équipe plus grande pourrait plus efficacement répondre aux besoins des acteurs culturels qui sont très souvent liés à l'immédiateté; étant donné que les actions culturelles sont normalement limitées dans le temps et que leur efficacité est à la mesure des moyens dont on peut disposer rapidement.

Les responsabilités devraient donc être autrement réparties, avec notamment un(e) responsable pour la "culture au quotidien", une personne de liaison qui soit en permanence à la disposition et à l'écoute des créateurs et acteurs culturels.

Il ne suffit pas que les ministère se soit entouré de "conseils" spécifiques pour les différents ressorts à sa charge, dont chacun travaille pour lui seul, sans coordination avec les autres: Divide et impera? De toute façon, la coordination est ce qui, à côté de la concertation, manque le plus actuellement.

Il faudrait impérativement réinstaller ce qu'avait initié le regretté Robert Krieps dès 1974: un "Conseil permanent" et y associer également la commission culturelle du parlement. Même si un tel appareil peut paraître lourd et peu malléable, il a l'avantage de permettre aux concernés d'avoir un aperçu général sur l'activité culturelle et d'agir en conséquence, donc de réaliser notamment une coordination sur le plan régional et national, dans l'intérêt de l'efficacité de l'action culturelle.

Or, curieusement, c'est comme si on avait peur de s'ouvrir ainsi. Cependant, qui dit culture, dit ouverture, dit largesse d'esprit, dit volonté de coopération généreuse.

En fait, c'est cette générosité qui fait défaut.

2. La culture est expression vivante, et je dis bien, vivante, de la volonté de s'articuler et de créer dans le cadre d'une structure communautaire. Elle l'est d'autant plus chez nous en particulier que le brassage des culture est fort et que notre société est multiethnique à défaut d'être (déjà) multiculturelle.

Si le créateur est certes un individualité, il a néanmoins besoin de l'autre, des autres, pour faire partager ce qu'il réalise: la tour d'ivoire n'a jamais existé.

L'action culturelle est une dynamique qui "vient d'en bas", la culture se fait dans la société et non en-dehors d'elle. Il faut donc que les responsables, le ministre de tutelle et ses collaborateurs, soient au contact de cette réalité concrète de tous les jours, mais d'un autre côté, réalise à partir de cette avancée sur le terrain, ses obligations, notamment en matière de "politique" culturelle.

Cela ne veut nullement dire que la culture devienne dirigiste. Au contraire, l'État doit prendre en considération les attentes, les aspirations, les exigences des créateurs et acteurs et essayer, ensemble avec eux, de les guider, de les orienter et de leur donner les moyens nécessaires en infrastructures et en finances, qui feront, enfin, que ceux qui veulent travailler sur le terrain, qui veulent créer et contribuer à un mieux-être dans la société, ne soient pas empêchés, comme c'est si souvent le cas chez nous, par de contraintes matérielles et financières, de réaliser leurs projets ou de les réduire tellement qu'ils deviennent méconnaissables. A titre d'exemple: il faut que cesse la situation que l'écrivain doive lui-même s'occuper de la vente de ses livres ou que les éditeurs qui ont fait d'énormes efforts depuis deux décennies, ne sachent toujours pas s'ils peuvent continuer et comment ils pourront le faire.

Il faut donc en premier lieu un respect, je dirais "naturel", devant les créations de l'esprit, et ce respect est aussi une reconnaissance matérielle, financière de leurs réalisations spirituelles, et si les "retombées culturelles" ne sont en général pas chiffrables, il est manifeste que l'argent investi dans la culture a toujours porté ses fruits.

Guy Wagner

(à suivre)


© Guy Wagner, kulturissimo (Tageblatt) - 9.6.1999

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