Prise de position concernant
ma démission
comme directeur du Théâtre d'Esch
Guy Wagner
1.
Dans son communiqué
de presse, la section eschoise du Parti Socialiste constate que la confiance
n'existe plus entre les responsables communaux et le directeur du Théâtre.
C'est vrai. En me refusant pour la programmation l'aide supplémentaire
accordée au Théâtre par le gouvernement et le parlement,
le Collège Echevinal me démontre qu'il ne croit plus, ni
en mes possibilités d'action, ni même en les perspectives
d'avenir de sa Maison de la Culture, et refuse de reconnaître mon
engagement pendant les sept saisons où j'ai oeuvré au service
de la culture à Esch. Ainsi, la valeur matérielle des 2
millions est une chose, la valeur morale qu'ils incarnent pour moi en
est une autre.
Si j'accepte que l'argent de
l'Etat soit simplement affecté à la réduction du
déficit communal, je trahis mes principes fondamentaux de travail,
et comme il m'est impossible de faire un travail avec lequel je ne peux
pas m'identifier, je préfère quitter mon poste. Les "vagues"
résultant de ma démission, se sont déclenchées
en réaction à celle-ci, le Théâtre étant
une institution publique, largement ouverte vers l'extérieur.
2.
Ne pas augmenter
le budget des cachets, équivaut à une réduction de
20% du nombre des spectacles, eu égard au coût croissant
des productions. Réduire le budget de 12% supplémentaires,
équivaut à diminuer la programmation de plus de 30%! La
saison prochaine je ne pourrai même pas réaliser un programme
équivalent à celui réalisé par mon prédécesseur
au plus fort de la crise sidérurgique à Esch.
Il m'est impossible de m'identifier
à une telle régression.
La structure même des
abonnements et de la constellation générale de la programmation
au Théâtre pose un certain nombre d'impératifs et
de contraintes auxquels on ne peut pas échapper. Ces impératifs
absorbent de fait presque tous les moyens mis à ma disposition.
Il ne me sera plus possible de faire une programmation alternative parallèle,
s'ouvrant plus largement vers des publics spécifiques: les enfants,
les jeunes, les résidents étrangers, les amateurs de spectacles
qui sortent de l'ordinaire.
3.
Le rapport entre les dépenses
pour la programmation et les dépenses globales ne cesse de se détériorer
au dépens de la programmation dont j'ai la responsabilité.
Par contre, les recettes résultant
de la programmation ont continuellement et parallèlement augmenté
en fonction des dépenses investies dans cette même programmation.
La qualité et la quantité de l'offre ont eu une répercussion
directe sur ces recettes.
L'accroissement symptômatique
des dépenses n'est pas inhérent à la programmation,
mais à l'explosion du coût du personnel qui a eu lieu pour
deux raisons:
a. l'équipe technique
du Théâtre a enfin eu un engagement fixe, lié aux
conditions du contrat collectif entre la commune et les syndicats,
b. les traitements et salaires
des fonctionnaires, employés et ouvriers de l'Etat ayant connu
une révision vers la hausse, ceux des communes ont suivi.
4.
J'espère:
- que ma démission lancera,
enfin, un débat fructueux sur la politique culturelle à
Esch et pour le pays,
- qu'une prise de conscience
se fera alors sur l'importance de la culture, sur la création,
la réalisation et la promotion dans tous les domaines des arts
et de la culture et sur le prix à payer,
- que le Collège Echevinal
d'Esch aura la main heureuse dans ses futurs choix et décisions
dans l'intérêt de la culture et de la qualité de la
vie qui y est rattachée.
Il est évident
- que les charges culturelles
d'Esch deviennent de plus en plus importantes et qu'elles ne peuvent plus
être supportées dans la proportion actuelle par la seule
municipalité,
- que, tant que de nouvelles
ressources ne seront pas attribuées à la ville, il sera
difficile, voire impossible de maintenir le rayonnement de la culture
à Esch,
- que de nouveaux efforts doivent
être faits par ceux qui sont engagés pour Esch et par Esch
sur le plan national (ministres, députés), afin que la ville
puisse profiter d'autres ressources financières et de nouvelles
possibilités de s'épanouir.
Si la ville ne peut plus supporter
le coût de ses structures culturelles, il faut que le pouvoir public
intervienne autrement.
Je met permets de proposer
au Gouvernement de faire du Théâtre d'Esch un Théâtre
National, pris en charge financièrement par l'Etat, avec à
sa tête une personne qui ait la confiance des autorités gouvernementales
et communales, qui ait une large autonomie de travail et qui ait à
sa disposition les instruments nécessaires pour lui faciliter le
travail et pour simplifier ses rapports avec un public fidèle,
connaisseur et reconnaissant.
© Guy Wagner,
20.1.1992
p.s.
:
LES RATÉS
NE NOUS RATERONT PAS
(Jean
Cocteau)
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