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Un soir un train

Rencontre avec André Delvaux


 

André Delvaux s'explique
Photo: Roby Raus
C'est le second long-métrage d'André Delvaux, le metteur en scène de "L'Homme au Crâne rasé".

Les premières prises de vue en ont été tournées dans Arlon et ses environs proches du Grand-Duché, et naturellement nos journalistes, reporters et photographes ont profité de l'occasion pour contacter André Delvaux, Yves Montand et Anouk Aimée, ou du moins de l'essayer.

Nous avons eu la chance de nous entretenir avec le metteur en scène.

Comment avez-vous réussi à engager des artistes de la renommée et de la qualité d'un Yves Montand et d'une Anouk Aimée ?
- Rien de plus simple au fond. Anouk Aimée est exactement le personnage d'Anne, tel que le scénario le révèle. Elle a lu le livret et l'a trouvé assez intéressant pour pouvoir participer à ce film: elle a accepté. L’engagement d'Yves Montand a été également presque sans problème. Je lui offrais un rôle tout à fait nouveau qui l'a tenté. Et quand j'avais réussi à engager mes acteurs principaux, j'ai trouvé des producteurs.

Ainsi le tournage du film était lié à l'engagement des acteurs?
- Exactement. De plus je crois vraiment que ce rôle donne à Yves Montand des possibilités nouvelles. Il est à un virage difficile de sa carrière, et vous savez vous- même quelle étonnante création il a réalisée dans: "La guerre est finie" d'Alain Resnais. Je trouve que le personnage de mon film touche des cordes de Montand qui n'ont pas encore résonné...

Et l'équipe? Il me semble que vous ayez réuni un team exceptionnel...
- Oui, nous sommes une grande famille et l'ambiance est extraordinaire. Mes collaborateurs, qu'il s'agisse des maquilleurs, de la coiffeuse, des électriciens, sont, croyez-moi, les meilleurs qui existent. Nous avançons à .une vitesse phénoménale. Cette scène de campagne que nous venons de tourner a nécessité vingt-cinq plans. Nous avons réussi à gagner beaucoup de temps grâce à cette merveilleuse équipe.

Avez-vous écrit le scénario vous-même?
- Oui. Je l'ai tiré d'une nouvelle flamande.

Le sujet?
- C'est l'histoire d'un professeur de quarante ans, Mathias, qui traverse une crise, qui commence à douter de lui-même et de l'amour de sa femme, Anne. C'est à travers les souvenirs, les doutes, les angoisses, bref, les sentiments que j'essayerai de mettre à nu l'âme d'un homme.

Sujet fascinant qui donne de très grandes possibilités à vos acteurs...
- Je crois bien.

Et cette histoire se déroule à...
- A Anvers, dans le rayonnement de la Flandre.

Mais alors Arlon?
- C'est là que Mathias aura fait la connaissance d'Anne. Je connais bien cette région, je l'aime beaucoup.

C'est donc un film qui se déroule entièrement en Belgique?
- Oui, le sujet est belge, les lieux sont belges, l'équipe l'est en majeure partie.

Et ce sont les deux parties de la Belgique, la Flandre et la Wallonie qui servent de cadre.
- Exactement.

Votre film est en couleurs?
- Oui, cette atmosphère d'automne, cette nature qui se meurt donne les meilleures couleurs...

Vous n'êtes pas intoxiqué par le chauvinsme actuel... Dites-moi, comment se fait-il que le cinéma belge, après un démarrage lent et pénible, je me souviens de :,,Les Mouettes meurent au port", connaisse maintenant un essor remarquable?

- Il fallait démarrer, essayer, risquer. Il n'existait rien. Quand alors le succès est de la partie, les metteurs en scène comprennent qu'on peut faire un film, et un film entraîne l'autre. C'est aussi une question de génération.


Né, le 21 mars 1926 à Louvain, Belgique, André Delvaux s'oriente d'abord vers des études de philologie germanique et de droit, tout en suivant une formation musicale. Il se tourne vers le cinéma en accompagnant au piano des films muets. Professeur de langue et de littérature néerlandaise à l'Athénée de Schaerbeek, il s'intéresse très tôt à l'enseignement du cinéma et co-fonde l'INSA en 1962. Puis dans les années 60 il réalise une série de documentaires pour la RTB.
Ce n'est qu'en 1966 qu'il signe son premier long métrage, L' Homme au crâne rasé (De man die zijn haar kort leit knippen) en langue flamande. Il réalise d'ailleurs indifféremment en flamand ou en français, se penchant même sur cette dualité belge dans Un soir un train (1968). Malgré ses moyens réduits et sa réputation de réalisateur expérimental, André Delvaux est sollicité par des comédiens séduits par son travail comme Marie-Christine Barrault qui joue sous sa direction dans Femme entre chien et loup (Een Vrouw Tussen Hond en Wolf) (1979).
Ce cinéaste dont l'oeuvre confine souvent au fantastique trouve son inspiration dans des oeuvres littéraires dont il s'inspire librement comme pour Rendez-vous à Bray (1971), tiré d'une nouvelle de Julien Gracq, ou encore son dernier long métrage L' Oeuvre au noir (1988) adapté du roman de Marguerite Yourcenar.
Il meurt le 4 octobre 2002 en Espagne où il assistait la deuxième édition de la Rencontre mondiale des Arts de la ville de Valence, succombant à une crise cardiaque à l'âge de 76 ans.



© Guy Wagner, spectacle n°2, décembre 1967

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