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La Fureur de vivre

Le 40e anniversaire de la mort de James Dean

James Byron Dean est né, le 8 février 1931, à Marion, dans l’Indiana, comme fils d’un technicien dentaire. Quand il a cinq ans, sa famille s’établit à Los Angeles. Peu de temps après, sa mère meurt, et à partir de ses huit ans, le petit Jimmy est élevé dans le Midwest par un proche parent dans une „farm“ du Iowa. Après ses études secondaires, il retourne en Californie, où il s’inscrit au Santa Monica Junior College à l’UCLA.

Sa passion pour le théâtre commence à cette époque, et il débute comme acteur dans la petite compagnie de l’acteur James Whitmore, qui devient célèbre par le film de science fiction sur des fourmis géantes: „Them!“ de Gordon Douglas (1954)
.
Il apparaît aussi occasionellement dans des publicités commerciales à la télévision et joue de petits rôles dans différents films mineurs à partir de 1951: „Fixed Bayonets“, „Sailor Beware“, „Has Anybody Seen My Gal?“, „Trouble Along the Way“.

En 1952, obsédé de vouloir être acteur, il part pour New York. Une photo légendaire le montre en loup solitaire qui rôde dans le fameux „Theater District“ sous la pluie, la tête rentrée dans le col de son manteau, la clope aux lèvres.

L’Actors Studio

Dean gagne ainsi sa vie comme comparse, avant d’obtenir un premier rôle plus important au Broadway dans „See the Jaguar.“ L’argent lui permet de fréquenter le fameux Actors Studio qu’Elia Kazan, Robert Lewis et Cheryl Crawford ont fondé en 1947, dont Lee Strasberg est devenu le directeur en 1948 et où l’enseignement se fait d’après la méthode de travail de Stanislavski. L’Actors Studio exerce une influence considérable sur le théâtre et le cinéma américain des années 50: Marlon Brando, Montgomery Clift, Ben Gazzara, Julie Harris, Paul Newman, Jack Palance, Lee Remick, Rod Steiger, Eli Wallach, Shelley Winters et Joanne Woodward en sortent.

Jimmy Dean retourne ensuite au Broadway pour y jouer dans „The Immoralist“, d’après le roman d’André Gide (1954).

Trois films pour une vie

En tout juste année, en 1955, il s’impose dans seulement trois films qu’ils tourne coup sur coup. Elia Kazan, qui vient de lancer Marlon Brando avec „A Streetcar Named Desire“ (1951), „Viva Zapata!“ (1952), et „On the Waterfront“ (1954), le choisit pour incarner le fils rebelle dans son adaptation de „East of Eden“ (1955), d’après John Steinbeck.

En fait Kazan ne croit pas à cet écorché vif, mais quand le film sort, l’Amérique des jeunes a un nouvel héros. Kazan avoue s’être trompé et il écrit: „... à l’instant où il apparut sur l’écran, des centaines de filles se mirent à hurler. Elles l’attendaient. Comment était-ce possible et pourquoi? Mystère!...“

Mystère, peut-être, mais assurément, James Dean est arrivé au moment propice pour être la nouvelle personnification, l’incarnation d’une jeunesse inquiète et rebelle américaine, et vite aussi européenne, qui - au milieu des années 50 - veut sortir, coûte que coûte, de l’emprise des pères et de la tutelle des „années de plomb“ (Margarete von Trotta). Jimmy donnera aux jeunes des armes pour leur émancipation.

Nicholas Ray le choisit alors pour jouer le rôle principal dans „Rebel Without a Cause“, son rôle le plus sincère et le plus authentique qui le consacre comme le vrai symbole de l’aliénation de la jeunesse dans un monde d’adultes impuissant devant sa révolte et sa „Fureur de vivre“ (titre français du film).

Dans son troisième et dernier film, l’épique „Giant“ de George Stevens, Dean continue d’incarner, aux côtés d’Elisabeth Taylor et de Rock Hudson, le jeune homme rebelle. Mais ici, il devient fortuné grâce à son obstination de trouver du pétrole et ne réussit pas à être adulte: La scène où, richissime et ivre, il s’écroule, n’est pas crédible, même si Dean y met tout son talent.

Sur la route de Salinas

Immédiatement après la fin du tournage de „Géant“, l’acteur se met dans sa Porsche Spider 550 de couleur argent et part pour Salinas pour y participer au „Trophée d’automne“, une des courses automobiles les plus exigeantes des Etats-Unis.

C’est le 30 septembre 1954.

A 17:45 heures, à l’intersection de la Highway 41 et de la Route 466, Jimmy Dean qui est au volant, heurte à 170 km/heure une Ford venant sur sa gauche, dont le conducteur n’avait pas respecté la priorité. Celui-ci s’en tire avec quelques égratignures. Le mécanicien allemand de Dean, du nom de Rolf Wütherich, est éjecté et s’en sort grièvement blessé. James Dean est tué sur le coup, le torse transpercé par la colonne de direction.

James Dean, le mythe

L’adulation qui suit sa disparition brutale et alors que ses films sortent tout juste dans les salles de cinéma, lui confère une gloire posthume qui prend des proportions mythiques, sinon mystiques: Beaucoup de ses fans refusent d’accepter qu’il soit mort, et un culte, comme il n’y en a plus eu pour une star depuis Rudolf Valentino, s’établit autour de son accident tragique et frise l’hystérie collective.

James Dean sera pour toujours le symbole même de l’inquiétude et de la rébellion de l’adolescence qui veut vivre autrement, furieusement. Il est nommé à titre posthume pour l’Oscar du meilleur acteur à la fois pour „East of Eden“ et pour „Giant“.

En 1978, la date de sa mort devient un film: „September 30, 1955“, et le grand Robert Altman s’occupe par deux fois du thème. En 1957, il réalise „The James Dean Story“, un semi-documentaire, dont il est à la fois le producteur, l’éditeur et le directeur, et en 1982, il tourne „Come Back to the Five and Dime, Jimmy Dean, Jimmy Dean“, qui a comme sujet la réunion, vingt ans après sa disparition, des membres du James Dean Fan Club local dans un „Woolworth“ d’une petite ville du Texas, pas loin de l’endroit où „Giant“ a été tourné.

Encore vingt ans après, le 40e anniversaire de sa disparition brutale nous donne, ce dimanche, 1er octobre, l’occasion de revoir des documentaires et les trois films que Dean a tournés. „Jenseits von Eden“ et „...denn sie wissen nicht, was sie tun“, sont présentés sur SAT 1 et „Giant“ sur ARTE, dans le cadre d’une soirée thématique qui lui est consacrée et qui nous permettra de nous rendre compte des raisons de l’engouement qu’il y a toujours eu pour ce rebelle contre un monde adulte immobile et implacable.


© Guy Wagner, Tageblatt - 30.9.1994

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