Avant
le gala au T.M.E., Georges Brassens s'est entretenu avec les
représentants de la presse, prouvant par son affabilité
qu'il n'est pas le "gorille" qu'on nous a dépeint.
En effet, à le voir, il donne l'impression d'un homme
plutôt timide, en tout cas, très simple, qui a
du mal "à démarrer", mais dès
que le sujet l'a accroché, il démarre à
fond et se montre très confident et confiant…

Brassens: gentil, affable, humain
(Photo: Roby Raus - tirée du Tageblatt)
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Plus de vingt ans de "Georges Brassens", et
le chanteur et le poète est toujours resté
le même?
Ecoutez, nous dit-il, je ne puis prétendre cela,
c'est vous qui devez le faire, étant donné
que je suis le dernier qui soit capable de me juger.
En tout cas, le public m'est resté fidèle,
bien que je ne chante pas tellement souvent. Tous les
trois ans, un nouveau tour de chant, une nouvelle production
de chansons que je mets deux ans à préparer.
Mais entre-temps, il y a les disques qui tournent
et qui nous répètent qui est Georges Brassens…
Et qui me confirment, étant donné qu'ils
marchent, que je suis toujours sur la bonne voie.
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Mais qui
est Georges Brassens?
Je ne sais pas, je ne sais vous répondre. Un homme
qui écrit des chansons, qui aime en écrire et
qui fait son travail le mieux possible.
Et ce travail lui prend la majeure partie de son temps…
Evidemment. D'accord, certaines chansons me demandent plus
de travail que d'autres, par exemple, la "Chanson pour
un Auvergnat" ou "Hélène" ont
été écrites en une semaine, tandis que
le "Testament" m'a coûté plus d'un
mois.
Et comment "travaillez"-vous vos chansons?
J'ai d'abord une idée, elle me vient comme ça,
tout d'un coup, ou elle me vient après une lecture,
je la note. Je la laisse mûrir dans ma tête, puis
je me mets au travail quand je sens le moment venu. Je fais
une première ébauche, je la corrige, je la laisse.
Il se peut que je la trouve tout de suite bonne. Puis, après
une semaine de distance, je ne suis plus l'auteur, le père
qui a mis au monde une chanson, mais le critique qui analyse
la chanson d'un ami qui s'appelle Georges Brassens. Quand
alors, elle ne me plaît plus, le plus dur du travail
commence seulement. Mais vous savez, je prends mon temps,
je n'ai rien à perdre, et puis, j'aime écrire,
j'aime composer des chansons.
D'où vous vient cet amour?
Toute ma famille aimait chanter, je l'aimais dès mon
jeune âge, c'était donc d'abord la "chanson"
qui m'intéressait, puis au collège, ce fut la
poésie, le travail sur la poésie.
C'est donc là que vous avez appris à
travailler les vers…
Mes textes sont en vers français classiques, je travaille
sur la versification traditionnelle, mes poèmes sont
toujours réguliers.
Et c'est pour cela qu'ils collent si bien avec la
métrique de la musique, car vous êtes un des
rares auteurs de chansons que je connaisse, chez qui il y
a une absolue harmonie entre le rythme des vers et le rythme
musical, les deux ne faisant plus qu'un…
Je cherche des rythmes musicaux qui s'adaptent à la
métrique choisie, et d'ailleurs, il ne faut pas faire
trop attention à la musique, elle n'apporte qu'un caractère
supplémentaire à la poésie. Je pourrais
vous chanter mes textes sans musique, l'important étant
le rythme, ou plutôt la pulsation musicale. La mélodie
est un support, comme la musique de film, et puis je veux
que la musique garde toujours un caractère confidentiel.
Je veux chanter pour mes auditeurs, comme si je leur faisais
des confidences. Ma musique se veut confidentielle, veut s'adresser
à chacun individuellement, comme si je dialoguais avec
lui. Je renonce à toute orchestration qui accentuerait
le "dire", c'est pourquoi on m'a déjà
fait le reproche d'être monotone…
Ceux qui le font, n'auront rien compris, car la monotonie
ne se passerait de toute façon qu'en surface, étant
donné qu'il y a une variation infime dans chacune de
vos chansons, pour chacun des sujets traités.
Je le crois aussi, mais je sais bien: c'est toujours le même
compositeur, le même interprète. Cependant, on
reconnaît chaque compositeur à son style, vous
reconnaissez Chopin, Beethoven…
… et Mozart qui de mille façons a su
traiter un thème, et pourtant on ne pourra l'accuser
de monotonie.
D'accord, mais pour revenir à ma musique, elle se veut
simple, confidentielle. Actuellement il y a pour les chansons
beaucoup trop de musique, et surtout beaucoup trop de bruit.
Je laisse faire les autres, qu'on me laisse donc aussi faire,
et il faut faire ce qu'on a envie de faire.
Vous avez également fait du cinéma dans
"La Porte des Lilas", pourquoi ne voit-on plus Brassens
acteur?
Je ne le sais pas. D'accord, si on me dit de faire des grimaces,
je sais faire des grimaces, mais je ne saurais être
un autre personnage que celui que je suis. J'aime être
mon maître. Et puis je ne peux pas travailler avec d'autres,
car au fond, je suis faible, je ne veux pas me battre pour
imposer mon point de vue, et de plus, j'aime être honnête.
C'est pourquoi je ne puis "jouer la comédie".
Si quelqu'un m'emmerde, je peux lui dire qu'il m'emmerde,
je peux aussi ne rien dire du tout, me taire, mais ce que
je ne peux pas, c'est lui dire que c'est un chic type.
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