|

Béla Bartók
|
Une
vie
Béla
Bartók est né, le 25 mars 1881, à
Nagyszentmiklós, Translyvania, Hongrie, maintenant Sinnicolau
Mare, Roumanie.
Son
arrière-grand-père paternel, Yanos Bartók, avait
été banni du pays pour banditisme et meurtre. Son
grand-père s'était battu pour construire une
coopérative agricole, et son père fut directeur d'une
école d'agriculture qui ne survécut pas aux conflits qui
l'opposaient aux nobles et aux aristocrates. Il mourut lorsque
Béla avait huit ans. Sa mère une pianiste
compétente, de laquelle il a eu les premières
leçons de piano, resta seule avec ses deux enfants, Béla
et Elsa. Institutrice, rejetée par la noblesse, elle fut
obligée pour survivre, de changer de travail et confia ses
enfants à sa sœur Irma.
|
Béla, de santé fragile, est
touché successivement par l’eczéma, l’asthme, la
pneumonie, des accès de fièvre
répétés et la leucémie, dont il mourra en
1945.
En 1889, la mère
déménage avec les enfants à Nagyszollow
(maintenant Vinogradov, Ukraine), où elle prend un travail comme
maîtresse d’école et où elle continue à
enseigner le piano à son fils. Celui-ci commence à le
jouer en public à l'âge de onze ans, après avoir
commencé à composer un an auparavant.
En 1894, la famille
déménage de nouveau, cette fois-ci à Pozsony
(Pressburg), l’actuel Bratislava, capitale de la Slovaquie, où
Béla prend des leçons de piano avec László
Erkel, le fils du célèbre compositeur d'opéra
hongrois. Il y étudie aussi l'harmonie.
En 1899, il se trouve devant le choix
d’aller à Vienne ou à Budapest. Il s'inscrit à
l'Académie Royale de Musique de la capitale d’une Hongrie qui
fait toujours partie de la monarchie autrichienne. Il y étudie
le piano avec Istvan Thomán et la composition avec Hans
Koessler. Il obtient son diplôme en 1903. La même
année, il écrit sa première œuvre importante, la
Symphonie «Kossuth»; d’autres partitions suivent à
un rythme rapide. Ses compositions précoces dénotent
l'influence combinée de Liszt, Brahms et Richard Strauss.
Cependant, Bartók est
bientôt intéressé à explorer les ressources
de la musique folklorique nationale qui n'inclut pas seulement des
mélodies et rythmes hongrois, mais aussi des
éléments des autres courants ethniques de sa Transylvanie
natale, y compris les courants roumain et slovaque. Il se lie
d’amitié avec Zoltán Kodály, et ensemble ils
voyagent à travers les contrées collectionnant à
l'aide d'un phonographe d'Edison des musiques folkloriques chez les
paysans: «C'est chez les paysans que j'ai passé les heures
et les jours les plus heureux de ma vie; là, j'étais chez
moi», écrit-il. Son errance devient un itinéraire
scientifique et une recherche des sources de la musique. Kodály
et Bartók publient leurs fabuleuses recherches en 1906. Elles
sont toujours d’actualité.
En 1907 Bartók succède
à son propre professeur, István Thomán, comme
professeur de piano à l'Académie Royale de Musique. En
1909, il épouse Márta Ziegler. Le premier fils,
Béla, naît l’année suivante.
Son intérêt pour la
recherche de la chanson folklorique le conduit à voyager en
Algérie en 1913. Deux ans plus tard, il s’installe à
Rákoskeresztúr.
En 1919 il devient, avec Dohnányi
et Kodály, membre du conseil d'administration musical de
l'éphémère République Démocratique
Hongroise, une République des Conseils –
«Räterepublik» – communiste; il est aussi directeur
adjoint de l'Académie de Musique.
Bien que pianiste brillant, il limite
ses programmes de concert principalement à ses propres
compositions. Il donne aussi des concerts avec des œuvres pour deux
pianos avec comme partenaire, sa deuxième femme, Ditta
Pásztory qui mourra à Budapest, le 21 novembre 1982,
à l'âge de 80 ans.
Bartók l’a épousée
en 1923, l’année même où il a divorcé de
Márta Ziegler. L’année suivante naît son
deuxième fils, Peter.
Dans ses compositions de sa jeune
maturité, il exprime sa fascination des couleurs tonales et des
harmonies impressionnistes comme les ont cultivées Debussy et
d'autres compositeurs français modernes. La texture de base de
sa musique reste fidèle à la tonalité qu'il a
étendue à des structures polymodales chromatiques et des
combinaisons dissonantes.
Dans ses œuvres pour le piano, il
exploite les registres extrêmes du clavier dans lequel, comme
Stravinsky, il voit un instrument de percussion. Il utilise de fortes
figures rythmiques asymétriques qui suggèrent les
modalités de la musique folklorique slave, dont l'usage a
donné un coloris quelque peu âcre à sa musique.
Celle-ci, par ailleurs, doit sa violence et sa sauvagerie aux rythmes
folkloriques. «Mais cette violence n'est pas destructrice, elle
est fondatrice. Bartók s'élève du rythme aux
sources du rythme.» (Marc Ledoux)
Si la ligne mélodique de ses
travaux, dans ses chromatismes, s'est parfois tournée vers
l'atonalité, si dans quelques œuvres, Bartók a même
employé des figures mélodiques comprenant les douze notes
différentes de l'échelle chromatique, il n'a cependant
jamais adopté les techniques de la méthode
dodécaphonique. Son œuvre se nourrit plutôt de
l'opposition entre l'union de la forme et l'élan du devenir qui
lui confère sa tension.
De décembre 1927 à
février 1928, Bartók entreprend une tournée aux
Etats-Unis comme pianiste et, en 1929, il donne des concerts en Union
Soviétique. Il démissionne de son poste à
l'Académie du Budapest de Musique en 1934, mais continue son
travail de recherche en ethnomusicologie comme membre de
l'Académie Hongroise de Sciences où il est engagé
dans le cadre de la préparation du monumental «Corpus
Musicae Popularis Hungaricae».
En 1936, il conduit une recherche
éthno-musicologique en Turquie.
Cependant, à cette époque,
le fascisme est déjà omniprésent en Europe. Hitler
a accédé au pouvoir. Bartók y a réagi, en
interdisant à la radio allemande la diffusion de ses oeuvres.
Mais la barbarie étend ses griffes meurtrières sur
l'Europe, menace l'Autriche, absorbe la Tchécoslovaquie, la
voisine de la Hongrie.
Après le «Anschluss»
de l’Autriche, Béla Bartók quitte, en signe de
protestation la Société des Auteurs de Vienne. La
même année, il exprime publiquement la crainte que la
Hongrie ne se rende à ce «système de brigands et
d’assassins». Il n’allait pas si bien dire.
Le régent Miklos Horty,
celui-là même qui avait écrasé la
«Räterepublik», prend des mesures anti-juives.
Bartók est parmi les premiers qui, le 5 mai 1938, signe un
manifeste de protestation d’artistes, de scientifiques et
d’écrivains contre cette loi ignoble. Horty fait brûler
des livres et déporte ses principaux ennemis politiques en
Ukraine. Parmi eux, il y a l’élève et ami de
Bartók, Jenö Deutsch, qui est tué par des fascistes
hongrois.
Déjà dans «Le
Mandarin merveilleux», Bartók avait hurlé sa haine
de la guerre, sa haine d’un monde dans lequel l’artiste,
étranger au monde, incompréhensible et incompris dans sa
grandeur, est tué. Sa pièce avait fini par une danse
macabre et avait provoqué un scandale, auquel le maire de
Cologne avait répondu en interdisant la production peu
après sa création, le 27 novembre 1926. Ce maire
s’appelait Konrad Adenauer.
Maintenant, c’est
précisément la menace de la guerre qui s’abat sur
l’Europe et sur le monde.
Ditta, la femme de Bartók, tombe
malade; sa mère adorée meurt. Traumatisé, le
compositeur répond par le refus. Rien ne le retient plus en
Europe.
Le 8 octobre 1940, Bartók donne
son dernier concert à Budapest. Il est au piano, Janós
Ferencsik dirige la Philharmonie Hongroise.
Avec sa famille, il part aux Etats-Unis.
Il vit jusqu'à sa mort dans des conditions précaires,
mais est libre, et cette liberté lui ouvre un nouvel espace
musical.
«Mon idée maîtresse
véritable, dit-il, celle qui me possède
entièrement depuis que je suis compositeur, c'est celle de la
fraternité des peuples, de leur fraternité envers et
contre toute guerre, tout conflit. Voilà l'idée que, dans
la mesure où mes forces me le permettent, j'essaie de servir par
mes œuvres». De plus, Bartók est dans la nature où
il vit sa sympathie avec les éléments.
Il obtient un doctorat honorifique
à l'Université Columbia; il y fait de la recherche sur le
folklore. Un lectorat à Harward est interrompu par la maladie
qui lui sera fatidique. A partir de 1943, sa situation
financière s’améliore: Serge Koussewitzky, Leonard
Primrose et Yehudi Menuhin lui font des commandes de partitions: le
Concerto pour orchestre, le Concerto pour alto, la Sonate pour violon
seul.
Bartók n’arrive pas à les
terminer toutes. Le 26 septembre 1945, il meurt au West Side Hospital
de New York des suites d’une leucémie seulement
diagnostiquée aux Etats-Unis.
Dix personnes suivent le cercueil au
cimetière Ferncliff à Hartsdale, N.Y.
Après sa mort, les performances
et les enregistrements de sa musique augmentent considérablement
et les honneurs posthumes ne manquent pas: La Hongrie publie une
série de timbres à l'effigie du compositeur; une rue dans
Budapest a été nommée d’après lui; le
centenaire de sa naissance (1981), de même que le cinquantenaire
de sa mort (1995) sont célébrés dans le monde
entier par des concerts et festivals consacrés à ses
travaux.
Quarante-trois ans après sa mort,
ses restes sont transférés à Budapest où on
lui fait un enterrement d'Etat, le 7 juillet 1988.
Guy
Wagner
|