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Editorial

Assez!


Les images des bûchers sur lesquels brûlaient des milliers de cadavres de bovins, sont toujours dans nos mémoires, et déjà d’autres se superposent à elles: celles de toutes ces espèces de la gente aviaire happées, exterminées et enterrées souvent encore vivantes.

Aussi ouvrons-nous dans l’indignation ce „kulturissimo“ le dossier „Produit: Animal“, et nous remercions de tout cœur les associations et les personnes privées qui y ont contribué. Nous souhaitons que nos lectrices et lecteurs soient incités non seulement à des réflexions, mais aussi à des actions et à un engagement personnel.

Quelques réflexions comme point de départ:

On parle déjà de cent millions de poules, coq, poussins, dindes, canards, oies, cygnes … qui ont été massacrés, face à moins de cent morts chez l’homme qui a pris peur d’un virus appelé H5N1.

On comprend, et c’est normal, que l’être humain se „défende“ et se prémunisse, mais faut-il vraiment qu’il y ait une telle disproportion? Un pour un million?

Ce qui nous semble révélateur dans la façon dont on gère cette crise, c’est qu’elle part toujours de la même „philosophie“ que les précédentes: Les animaux sont considérés comme des produits qu’on use et dont on abuse – jusqu’à ce que mort s’en suive. Ainsi, récemment, quand il y a eu le troisième cas de BSE au pays, quinze veaux ont immédiatement été abattus. Résultat des analyses post mortem: ils avaient été en parfaite santé. C’est ce gaspillage, ce gâchis qui devient intolérable.

Faut-il rappeler que dans „animal“, il y a „anima“ – le terme latin pour „âme“ – et que de cette façon on distingue ce règne du minéral et du végétal?

Est-il vraiment devenu indispensable de souligner que les animaux sont des êtres qui ressentent de la douleur, qui souffrent? Qui connaissent la peur, l’angoisse, la frayeur?

On s’en fout, semble-t-il, dans les laboratoires, dans les industries – et c’est bien le terme approprié – pharmaceutique, cosmétique, militaire, et j’en passe. Allez voir sous: http://www.reseaulibre.net/rage/page2.html, pour avoir une petite idée de ce dont l’homme est capable.

Il faut d’ailleurs se poser une autre question: Comment se fait-il que ce soit précisément ces dernières années que les épidémies et les épizooties se manifestent si fréquemment? Une des raisons ne serait-elle pas précisément qu’à côté de la nature qu’on viole, on exploite aussi les animaux de manière de plus en plus industrielle, les rendant toujours plus faibles et vulnérables à toutes les infections?

Malheureusement, déjà le Livre „saint“ avait appris aux hommes que Dieu leur aurait dit: „Soumettez-vous la Terre“, et depuis Adam et Eve, ils n’ont rien fait d’autre.

Précisément, au moment où nous clôturons ce numéro, le Luxembourg est confronté à un magnat de la ferraille qui se croit l’incarnation même de la Mittalurgie et qui veut gober ce qui a fait la prospérité de notre pays. Et que constate-t-on? Que le mobile est le même chez lui que chez ceux qui ont fait de l’élevage, du transport et de la mise à profit des animaux une „industrie“: exploiter pour grandir, grandir pour avoir de plus en plus de bénéfices, de puissance et de „grandeur“, sans égards pour rien ni personne. Mais comme l’a écrit judicieusement Danièle Fonck (28.01.06): „La vraie grandeur est ailleurs. C’est celle du cœur et elle a pour nom humanisme et non point fric.“

 

Guy Wagner

p.s.: Plus que 1.077 jours de Bush.



© Guy Wagner, kulturissimo (Tageblatt) - 08.02.2006

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